‹ La Grèce éternelle. Traduit de l'espagnolChapitre 45 sur 48 · DEUX POETES · texte numérisé non relu

DEUX POETES

Donis Solonios avait cciil en ilalien quelques poèmes, ([uaiid, un jour, se promenant aux environs de Corfou, il aperçut, au milieu d Un oroupe de campagnards, un aveugle qui récitait les strophes dune romance populaire.

— Ci'st ainsi (pie je vondi-ais m'exprinier, — s"écria-t-il en ["('nicndanl.

— Fu dcNiais essayer — Ini réplicpia son ami Spiridon rricoii|)is.

\'A d«.'s lors, le j)oèt(\ (pu cùi pu coiiiiiic son comj)atriote Hugo Foscolo hnller v\i un pariiasse illustre, se consacra à cultiver une langu(; à peine j)olie, en la(|uelle le travail littéraire devait loi-cément lui (Hre ardu. Car le grec vulgaire, (|ii'eiiipl(»ieiil aiijonrdliiii (|iiel(pies-uns des plus grands lellres alhenieiis, était alors lin instrument grossier, iniililisaMe ponr l'i'crilure. Dans la \ ie (pi( ilidiemie chacun Teiii-

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j)loyail; mais en liltôrature, il ne S(M'vail (|ii(^ ])oiir les aiionyiiios chanteurs KUqilites. Les poètes cultivés usaient de ce qu'on appelait ridiomc « (''pui'('' », (|ui est, aujourd'hui encoi-e, celui des uui\ cisilaires, des liisloiiens, des lionnnes |)()iiliques. « Solomos — dit Psichari — tàcliail (le faire bénéficier le grec uaissant de tout l'art, de toute la dcdicatesse, de toute la linesse d'une langue fort antique: l'italienne. » Des efforts auxcjueis il dut se livrer, ses papiers que l'on conseive en Athènes, donnent une idée à peu près exacl<'. Il n'est point, en effet, parmi tous les artistes parisic^us, nri seul ('crivaiu (|iii ait autant limé et corrigé (|ue cet Hellène. (Jiomparés aux siens, les mauuscrits de Flaubert, de lîenau, de (ioncourt, sont des pages spontanées. Chacun de ses vei-s est fait et refait de dix ou douze façons. Chacun de ses mots est changé quatre, cinq ou six fois. Son labeur apparaît comme une véritable lutte. ?\lais en cette lull(\ une idée admirable de patriotisme le guidait et le soutenait : l'idée hellénique. Pour lui, en effet, la première chose dont eût besoin le peuple, c'était un instrument pur, capable d'exprimer ses idéaux de liberté. Et cet instrument, il voulait contribuer à le lui foui-nir, et l'on peut dire (pi il le lui procura (piaud il coujposa riiynuK^ magiii(i(pie (pii sert aujoiird'iuii de chant national aux llellèii(\s.

« J'(Uit(>U(ls l(> ])ruit sourd des fusils — dit

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cet hymno : — j'ciileiids les cliquetis des épées; j'entends les e()U|)s des massues et des haches; j'entends les dents gi-incer. — Ah ! {|uelle nuit ! — Le souvenir m'en fait iVémir. — Oli ! nuit sans autre sommeil (|ue celui des morts

horrihh^s ! \utrefois, ils étaient nombreux;

maintenant la halle ne sifflera plus à leurs oi"eilles, — ils sont tous étendus sur le sol, tous. — Le sang forme un ruisseau qui serpente dans la vallée et dans l'herbe pure, tout se mouille de cette rouge rosée, fraîche brise de l'aurore, — tu ne souffleras plus sous les étoiles des tyrans; — souflle, souflle de la croix!... — N'oici maintenant les plain(^s de Corinth(\ le soleil ne bi-ille pas seul au-dessus des arbres, des vignes et des eaux, — Dans lair ne résonnent plus les chants pastoiaiix ni les b<''lenients des brebis : — les ennemis par milliers envahissent la cùl(»; — mais les braves ne s"eff rayent pas devant le nombre. — Oh, hf'ros des Thermopyles, levez-vous, acconrrez. et xons verre/, (pie vos fils sont bien dignes de vons ! « Quand les (irecs récitent ces strophes, un grand orgueil illumine leurs visages. Le poète en cette occasion est le véritable verbe du j)euple. Dans sa voix palpite l'inné de la race, l'ont ce qui existe de g('Mieren\. de fort, de sublime dans le patriotisme, est enl'einie en le bean chant unerrier.

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Il ne faut cependant pas considérer Solomos comme un poète exclusivement patriotique. Sa lyre, ainsi que celle de presque tous les grands poètes, est omnicorde. Suivant d'où le vent souffle, telle corde vibre. Et c'est, parfois le madrigal avec toutes ses douceurs insinuantes et ses aimables frivolités; et c'est l'épigramme attique qui rit ou pleure de la plus délicate façon ; et c'est l'élégie, la profonde élégie, qui gémit harmonieusement, « en longs habits de deuil » ; et c'est le récit, enfin, d'étranges aventures qui font trembler les hommes. Personnellement, j'ai pour le narrateur de légendes une grande prédilection. Son poème de Lambros me semble une u'uvre digne de tout enthousiasme. Mais je dois avouer que, sur ce j)oint, les plus doctes admirateurs du poète ne partagent pas mon avis. « Ce poème — disent-ils — présente quelque chose de tourmenté, de monstrueux, de bari)are. Ce n'est pas une (Euvre grecque, mais un produit de caractère romantique. » Romantique, ce poème l'est, sans doute ; et il ne pouvait guère ne point l'être, puisque Solomos vécut à l'époque où Lord Byron sacrifiait noblement sa vie pour la grande idée hellénique. Seulement, on sent dans ce romantisme comme un souffle de la formidable bouche d'Eschyle. Lambros est un

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