LE CIEL DE L ATTIQUE IH
minets nous ont prouvé que môme en Grèce la sobriété n'est pas absolue. Les orangers chargés de fruits d'or ont souri à nos yeux et les oliviers nous ont salué gravement. A chaque instant nous croisons des campagnards qui passent, montés sur de tout petits ânes, traînant les pieds et sans même tourner la vue vers nos barl)ares personnes. La vie commence à nous entourer. Mais cette vie n'est pas la véritable vie de campagne telle que nous la voyons ailleurs. Ceux qui animent le chemin vont sûrement jusqu'au Pirée ou jusqu'en Athènes, et ceux qui vendent du vin n'ont pour seule clientèle que ces passants. La terre elle-même, sèche et ardente comme une plage abandonnée par la mer, n'a point l'air de produire beaucoup ni de nourrir de nombreuses familles.
Se peut-il ({ue ce soit ici la campagne de Périclès?
Mon ami Maurice qui entend ma demande me dit :
— Sans doute, ce l'est. Les Turcs doivent avoir arraché (juelques bouquets d'arbres et les siècles [)euvent avoir tari (pielques fontaines. Mais la campagne est telle aujourd'hui que les anciens nous la décrivent. Car si, il y a deux mille ans, l'abondance des arbres eût été efTective, les Athéniens n'auraient pas eu besoin d'édicter les nombreuses lois (|ui protégeaient les oliviers. Les proj)riélaiios (h's fermes ne pouvaient point détruire plus de deux oliviers par
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an sous peine fie fortes amendes, et ceci dans les propriét(''s privées, car les oliviers des plantalions louées j)ar l(>s leiuples étaient sacrés et celui (|ui les déj)Ouillait d'une seule de leurs branches se voyait condamné à l'exil. En outre, il n'y a qu'à se rappeler les comptes (pi'établissait Démosthène dans le procès contre Foenipe pour comprendre combien peu produisait, à son époque, cette terre. Pour gagner douze drachmes [)ar j<Hir, un campagnard devait exploiter plus d'une lieue de terrain. Les j)aysans de l'Attique enviaient la richesse de Thèbes et la beauté de leur ciel ne pouvait les consoler de la stérilité de leur sol...
La science historique de mon ami est, à n'en pas douter, fort exacte. Cependant, cette fois, ses paroles ne me convain(juent pas. Car si réellement ces cham|)s attiques étaient, dans l'anquité, aussi stériles qu'aujourd'hui, comment les bourgeois du cinquième siècle, les compagnons de Phidias, les amis de Sophocle, les modèles d'Aristophane, les admirateurs d'Alcibiade, les adversaires de Cléon, les puissants seigneurs de la démocratie ruiale, comment, dis-je, pouvaient-ils vivre dans ces déserts sans ombre et sans richesse ? Dans l'antiquité il faut s'en souvenir, la cité n'était point ce qu'elle est aujourd'hui. Une capitale se composait d'une acropole et d'une agora, de quelques édifices