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de l'île une singulière construction souterraine, sur laquelle on a fait déjà bien des hypothèses et qui remonte très-certainement aux époques assez obscures où Thomme de ces contrées, vivant de sa pêche et de sa chasse, passait la majeure partie de sa triste vie dans des repaires naturels que son industrie grossière n^avait pas encore beaucoup améliorés.
Le Trou des Fées de Pîle de Cordes a éveillé inutilement la sagacité des archéologues et a beaucoup surexcité l'imagination ardente des Provençaux et surtout des Arlésiennes; les légendes les plus variées, mais sans intérêt et surtout sans 4a moindre couleur locale, n'ont cessé de se répandre au sujet de cette grotte semi-naturelle que les Sarrasins du huitième siècle ont transformée en une sorte de réduit couvert, d'une assez bizarre ordonnance. Elle présente, en effet, en plan la forme d'une épée ou plutôt d'un poignard à courte lame. On y pénètre par une sorte de descente qui conduit tout d'abord dans une petite cour ovale; à la suite se trouve un long corridor qui figure assez bien la lame de l'épée dont la partie principale, tracée d'équerré, représente la garde ou la poignée, et qui va en se rétrécissant jusqu'à la pointe. La hauteur de la voûte est de trois mètres; la longueur du corridor couvert, de près de trente mètres; sa largeur diminue progressivement de quatre à deux mètres. Cette singulière construction est taillée dans le calcaire tendre de la mon-
tagne ; les parois en sont lisses , nettement tranchées, et, malgré leur ancienneté relative, on n'y aperçoit que très-peu de dégradations.
La montagne de Cordes présente d'ailleurs d'autres traces de fortifications défensives qui pouvaient la mettre à Tabri d'un coup de main.
Tous ces vestiges permettent d'affirmer que ce castellutn était connu et habité par les populations primitives de la vallée du Rhône; et trèscertainement le Trou des Fées a été, dans le principe, un de ces antres mystérieux dans les profondeurs duquel se traînait assez pauvrement la vît presque végétative de quelque peuplade isolée, et dont les membres actifs et valides trouvaient dans la pêche, sur les étangs circonvoisins , leurs principaux moyens de subsistance.
La montagne est d'un accès difficile ; son altitude ne dépasse pas soixante mètres; et, sur presque tout le pourtour de l'île , à l'exception* de la face méridionale, elle est bordée de précipices et de ravins. Aujourd'hui encore on ne peut l'aborder facilement que du côté du midi et lorsque les marais sont à sec. Au moyen âge , les eaux l'environnaient de tous côtés, et elle pouvait résister presque indéfiniment à une attaque sérieuse.
Le consciencieux Anibert, qui a exploré avec tant de soin les environs de la ville d'Arles nous donne sur l'île de Cordes, ses fortifications' et les ravins qui l'entouraient, des détails d'une précieuse exactitude. « Au bord du dernier de ces
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ravins, dit-il, en tirant au midi, on découvre les premiers vestiges d'une muraille de bonne maçonnerie, qui, après avoir couru quelques toises Nord et Sud, fait angle, continue Ouest et Est, et entoure toute la partie méridionale de la montagne.
tt Quoique cette muraille tombe en ruine , et qu'elle soit plus qu'à demi détruite dans la plus grande partie de sa longueur, on en voit quelques pans presque entiers, à peu de distance de l'angle dont je viens de parler. On reconnaît en cet endroit que c'était un véritable rempart, construit en talus, suivant la forme ordinaire. On distingue un morceau du parapet ; mais on n'aperçoit ni créneaux ni meurtrières. Ces restes, dans leur état actuel, peuvent avoir de quinze à dixhuit ou vingt pieds de haut.
« L'épaisseur du rempart, dans toute son étendue, est de six pieds et demi dans le bas ; et celle des restes du parapet, d'un pied huit pouces et demi. Le tout est bâti en pierres de différentes grosseurs, liées avec du mortier blanchâtre mêlé de petits cailloux. La manière de cette bâtisse mérite quelque attention. Les plus grosses pierres sont en bas, et la diminution de leur volume semble proportionnelle à la hauteur oîi on les a placées. Elles ne sont point plantées dans le mur dans leur longueur, comme dans les ouvrages de maçonnerie qu'on sait être incontestablement des Romains; mais leur grand côté se présente au dehors
suivant la façon moderne. Il paraît résulter de là que la muraille en question n'est pas d^une antiquité des plus reculées, et que sa construction ne remonte guère au delà du moyen âge.
(( Ce rempart forme plusieurs angles plus ou moins ouverts, suivant les sinuosités du rocher, et son enceinte tend à s'arrondir dans sa prolongation. Après l'avoir suivi trois ou quatre cents pas en tirant à l'Est, on trouve les vestiges des fondations d'une tour carrée fort saillante, maïs peu large. Environ quarante à cinquante pas plus loin, on découvre les restes d'une seconde tour de même forme, sur le bord du vallon qui partage la montagne en deux portions. Malgré les arbustes qui les couvrent, on démêle dans le fond de ce vallon les ruines du rempart ; et l'on reconnaît qu'il venait finir du côté du levant, à l'endroit où les précipices recommencent (i). »
Les RR. PP. bénédictins de l'abbaye de Montmajour affirment même que des anneaux d'anaarre pour les bateaux avaient été scellés dans les murailles du castellum. La chose n'eût pas été absolument impossible, malgré une certaine difTérence de niveau qui existe entre les remparts et la surface des étangs; on n'en a pas malheureusement trouvé la confirmation; et il est très-probable que ces anneaux n'ont pas plus d'authenti-
(i) Anibert, Dissertation topographique et historique sur la montagne de Cordes et ses monuments. — Arles, 1 779.
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cité que les trop célèbres amarres qui attachaient aux remparts d'Aiguesmortes la galère du roi de France avant son départ pour la Palestine, et dont la fantaisie et la crédulité publique ont fait tous les frais, puisque les remparts de la ville de saint Louis n'existaient pas à Pépoque des croisades (i.).
Ce que l'on voit de la fortification extérieure de Pîle de Cordes remonte incontestablement à cette époque troublée oîi les Sarrasins d'Espagne infestaient toute la région méridionale de la Gaule. Tout le monde sait que, vers le commencement du huitième siècle (713 ans après J. C), les mahométans d'Afrique, après avoir formé en Europe de grands établissements avec les débris des États des Visigoths, franchirent les Pyrénées et se répandirent dans le Roussillon et le Languedoc. Ils s'emparèrent des principales villes, s'établirent à Narbonne, à Béziers, à Nimes, et, dès l'année ySo , commencèrent leurs incursions en deçà du Rhône.
Il est bien difficile de mettre un peu d'ordre dans l'inextricable fouillis de tous les récits et chroniques du moyen âge qui traitent des exploits des Maures sur notre territoire; il est certain ce-
(i) Voir les Villes mortes, etc., ch. xi.
pendant que, jusqu'à la grande expédition de Charles Martel, les bandes sarrasines exercèrent sur tout le littoral de la Provence une série de brigandages, sans jamais y posséder d'établissement bien durable. La bataille des Aliscamps, la prise et le sac de la ville d'Arles, que Ton place généralement en Tannée 73i,ne furent que des actes de vandalisme et de violence; et les hordes commandées par Abder-Raman et ses successeurs paraissent n'avoir eu d'autre mobile que de capturer tout ce qui était pour eux d'un trafic quelconque, hommes, femmes, objets précieux, butin, et de détruire et brûler aveuglément ce qui ne leur paraissait pas devoir être d'une utilité ou d'une jouissance immédiates.
Il est même assez curieux de remarquer que cette race sarrasine, dont l'origine orientale semblerait devoir comporter des mœurs assez douces et une civilisation plus raffinée que celle des races du Nord, a presque subitement modifié son caractère en franchissant les Pyrénées et surtout' le Rhône; et, tandis qu'en Espagne elle avait fondé un empire stable, créé des institutions durables, une architecture élégante et poétique, des travaux d'art considérables dont on utilise encore aujourd'hui les magnifiques débris , elle n'a plus été dans toute la Narbonnaise qu'une soldatesque effrénée et stupide, et une véritable bande de pillards et d'incendiaires, dont la brutalité a dépassé toutes les violences des populations les