‹ La Grèce l'Orient en ProvenceChapitre 5 sur 13 · DOM. M. DCC. XXIII · texte numérisé non relu

DOM. M. DCC. XXIII

regrettable surtout qu'elle ait été gravée dans un encadrement antique, qui a dû être mutilé et gratté et aurait pu nous révéler quelque sculpture ou quelque trace de l'inscription primitive. Malgré la célébrité de l'Esculape au serpent, on doit renoncer à cette interprétation et voir, dans le torse mutilé d'Arles, une des plus curieuses représentations du dieu Mithra. « La tête de lion désigne la force du soleil, parce que c'est quand cet astre se trouve dans cette constellation qu'il a le plus d'ardeur; le serpent, par ses circonvolutions, est l'emblème de l'année réglée par le cours du soleil, qui semble s'avancer en serpentant sur l'écliptique (1). »

On sait que le culte de Mithra avait été importé à Rome, vers l'an 67 avant Jésus-Christ, par les soldats de Pompée, après les premières guerres en Asie. Il resta d'abord secret pendant un certain temps; mais il eut bientôt tout l'attrait des rites mystérieux et sanguinaires ; les légions d'Héliogabale, notamment, le propagèrent avec beaucoup d'ardeur. Le taur obole devint bientôt un des grands mystères de la religion de la basse classe; et c'est ainsi que, sur plusieurs points de la Gaule Narbonnaise et principalement sur le

(1) A. L. Millin, chap. xciv.

littoral et dans la vallée du Rhône, on trouve des vestiges d'autels tauroboliques portant en général, comme attributs, des bucrânes (i), des têtes de béliers et le glaive du sacrifice, avec l'inscription qui les consacre au dieu soleil invincible (d. s. inv. mithr.e, Deo soli invicto Mithrœ), et dont les caractères romains de la belle époque témoignent que le monument avait été élevé du deuxième au troisième siècle de notre ère.

Les sacrifices tauroboliques avaient d'ailleurs perdu en général le caractère de férocité qui les distinguait, à leur origine, dans l'extrême Orient;" et, si le sang y jouait un grand rôle, on se contentait le plus souvent de celui d'un taureau , d'un bœuf ou même d'un simple bélier. Le cérémonial seul avait conservé quelque chose de sa barbarie primitive. On creusait ordinairement une fosse profonde que l'on recouvrait de planches percées en différents endroits. Celui qui offrait le taurobole, désigné sous le nom de tauroboliatus , descendait dans la fosse. L'animal, couvert de guirlandes et de fleurs, était conduit au-dessus de lui; le prêtre l'égorgeait en grand appareil, et le sang fumant coulait à flots sur le corps du principal

(i) Notamment à Tain, à Valence, à Bourg-Saint-Andéol, à Orange, à Gap, à Nimes, etc.

M. D. M. I TAVROBOL DENDROPHOR. VAL

sva (tête de taureau sculptée), p. f

[Inscription du taurobole de Valence.)

auteur du sacrifice. Il sortait alors de la fosse dans un état horrible; à sa vue, le peuple se prosternait, et on le regardait pendant longtemps comme un homme extraordinaire, protégé des dieux , presque sacré. Le contact des Grecs civilisés n'avait pas enlevé, on le voit, à ces pratiques religieuses leur grossièreté traditionnelle.

Le culte de la Bonne Déesse était loin d'être aussi repoussant. Comme celui de Mithra, il remonte à la plus haute antiquité et se perd dans les profondeurs de l'Inde et de l'Asie. Mais il est assez difficile, d'ailleurs, de dire au juste quelle était cette bonne déesse, que Ton retrouve sans cesse dans la cosmogonie orientale. Appelée très-souvent la Grande Mère, elle semble avoir été dans l'Orient une sorte de divinité symbolique résumant en elle tous les attributs de la puissance et de la fécondité terrestres, type fort vague à la vérité, mais qui, par cela même, exerçait sur l'imagination des peuples primitifs un attrait et une influence irrésistibles.

Les saturnales de la Vénus phrygienne ou phénicienne, les mystères redoutables d'Eleusis et en général toutes les pratiques secrètes de provenance orientale se rattachent plus ou moins directement au culte de la Bonne Déesse. Sa forme grecque la mieux définie est Cybèle; et c'est sous

ce nom qu'elle est le plus généralement connue.

Toutefois Cybèle, Rhée, Ops, la Terre, Déméter, la mère Idéenne, Astarté, Cérès même, ne sont que des variantes et des dérivations de cette divinité mystérieuse et souveraine (i), qui a été honorée avec passion dans tout TOrient et dont le culte avait des fidèles d'autant plus fervents qu'on l'accompagnait toujours de danses, de libations et de débauches nocturnes. L'orgie sacrée était en effet le complément obligé de toutes les fêtes de Cybèle.

Après avoir offert à la déesse les couronnes de chêne, le miel et les fruits qui lui étaient consacrés , après avoir arrosé son autel avec l'eau lustrale et sacrifié, comme pour le dieu Mithra, des taureaux ou des béliers, quelquefois même des victimes humaines, les prêtres et les prêtresses se retiraient au second plan. Les ménades entraient alors en scène; échevelées et demi-nues, l'œil animé et la lèvre ardente, elles préludaient par ces ondulations cadencées dont les aimées de

(i) 1DAEAE MATRI MATRI DEVM

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