Milice licenciée depuis quelques années
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ments de cette atmosphère à peine respirable, je n'eus d'antre ressource que de humer le parfum moins acre du tchtbouk que l'hôte vint m'offrir avec le café brûlant, et dont tons mes compagnons avaient usé à la ronde. Ces derniers chantaient à tour de rôle les monotones couplets d'une romance populaire dans laquelle le nom de Golocotronis était souvent répété; lorsqu'ils furent las de chanter, celui qui paraissait être leur chef, vieux soldat à la figure osseuse et farouche, à la moustache grisonnante, entreprit le récit des campagnes qu'il avait faites sous les ordres de Golocotronis lui-même. Excité sans doute par la présence d'un étranger, il cita de ce chef célèbre des traits capables de rivaliser avec ceux que les anciens racontaient d'Hercule et de Thésée. J'écoutais avec d'autant plus d'intérêt que ce nom avait déjà frappé mes oreilles quelques jours auparavant, à Athènes et dans une circonstance bien différente, au bal de la cour où Gennaios Colocotronis, fils de Théodore et -grand maréchal du palais, se faisait remarquer par la richesse et l'éclat d'un costume évalué à je ne sais plus quelle somme fabuleuse : costume qu'il tenait de son père, que celui-ci tenait lui-même de ses aïeux, et qui, sans doute, se transmettra longtemps encore dans cette famille d'une génération à l'autre par ordre de primogéniture, suivant l'ancienne coutume des armatoles.
Quelques semaines plus tard, en parcourant le Péloponèse, j'y rencontrai à chaque pas la confirmation des récits qui m'avaient surpris à la première étape de mon voyage. Théodore Colocotronis occupe dans les légendes de la Morée et dans la mémoire de ses habitants la place que Tsavellas tient dans celles de l'Épire. Le Péloponèse est peuplé du
souvenir de cet homme qui présida pendant un demi- siècle aux destinées orageuses de son pays, qui, pendant toute la durée des guerres de l'indépendance, exerça sur la Morée une sorte de souveraineté militaire à laquelle cette contrée dut son salut, et qui enfin, frappé par des revers immérités, aima mieux céder aux coups de ses ennemis personnels que d'exposer sa patrie aux calamités d'une guerre civile en opposant une résistance que son influence et sa popularité lui aurait rendu facile. Des confins de l'Argolide à ceux de la Messénie, si vous visitez les lieux en détail et que vous eu interrogiez les habitants, vous trouverez partout les traces des exploits et des aventures de ce capitaine. Il n'est guère de village, de montagne, de défilé, qui ne soit consacré par quelque histoire dont il est le héros : ici, c'est l'arbre de Golocotronis; plus loin, le rocher de Golocotronis; ailleurs, le khan de Golocotronis. Là, c'est le tertre du haut duquel sa voix, que les poètes grecs comparent à celle du tonnerre, dominait le tumulte du combat, ou la chaumière dont la toit lui servit un jour de tribune pour haranguer les primats et apaiser leurs discordes. Près de Tripolitza, à l'entrée d'an ravin au fond duquel serpente l'Alphée, dont le cours sinueux conduit aux vallées de Lacédémone, les guides vous font faire halte auprès d'un vaste rocher couronné par les vestiges massifs d'une enceinte cyclopéenne; de larges entailles, où les oiseaux sauvages viennent boire l'eau des pluies, sont creusées sur sa surface; deux de ces entailles ont la forme de pieds humains. Là, dit-on, Colocotronis se tint debout un jour de bataille, agitant d'une main son étendard, brandissant de l'autre son sabre redoutable et ralliant autour de lui ses soldats dispersés au premier moment. Ses
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pieds, selon la tradition populaire, laissèrent sur ce roc nne empreinte ineffaçable, et ce lieu s'appelle le pas de Colocotronis. A Garytène * enfin, à six cents pieds au-dessus du niveau de la mer, sur un pic aride qui domine toutes les contrées environnantes, je visitai un château fort que raessire Hugues de Brienne construisit du temps des croisades et dont les ruines passèrent, au bout de plusieurs siècles d'abandon, entre les mains de Golocotronis. Celui-ci releva le vieux donjon, retailla ses créneaux et garnit de canons ses épaisses murailles. Il porta toujours une affection particulière à ce nid d'aigle du haut duquel il brava plus d'une fois impunément ses ennemis; il en fit son lieu de repos dans ses rares moments de loisir, son asile dans ses moments de détresse. Aussi, avons-nous recueilli là de nombreux renseignements sur ce personnage. Mais c'est surtout aux Mémoires 2 de Colocotronis lui-même que nous avons emprunté les éléments de notre récit : Mémoires non point écrits, mais dictés par lui. Cet homme, en effet, qui fut longtemps le maître <Ju Péloponèse et qui mérite d'occuper l'une des plus glorieuses pages des annales modernes de la Grèce, savait à peine lire et n'écrivait que pour signer grossièrement son nom. Il possédait en revanche une intelligence peu commune, une rare pénétration, une finesse digne de celle d'Ulysse, un esprit audacieux, tous les dons nécessaires pour dominer et conduire les hommes. Suivons-le donc dans la relation pleine de verve, de chaleur et d'originalité qu'il a laissée des aventures à travers lesquelles il