Mémoires de Colocotronis, p
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dehors même de son pays. A'ous trouvons dans les mémoires de son fils, Gennaios, une lettre, trop longue pour trouver ici sa place, d'un philhellène habitant le fond de la Bohême. Cet homme, âgé de quatre-vingts ans et rajeuni par les récits qu'il entendait faire des Grecs et de leur intrépide chef, écrivit à ce dernier des pages enthousiastes où il le compare aux héros les plus célèbres de l'antiquité. Bien que la campagne de 1826 n'ait pas été signalée par de grandes batailles ni par de retentissantes victoires, elle n'en fournit
pas moins à Golocotronis l'un de ses meilleurs titres de gloire. Par son énergique attitude, par la terreur qu'il inspirait même aux siens, par ces combats désespérés de chaque jour et de chaque heure, par son invincible constance au milieu de continuelles alternatives de succès et de revers, cet opiniâtre chef remonta le moral un instant abattu de la nation, maintint le règne de la liberté et, en dépit d'obstacles presque insurmontables, parvint à prolonger la lutte jusqu'au jour où l'indépendance hellénique fut enfin définitivement consacrée par les puissances alliées qui, sans lui, seraient peut-être arrivées trop tard et auraient trouvé la Grèce écrasée et reconquise.
Cependant, au sein même des périls causés par Ibrahim, les représentants de la Grèce se livraient aveuglément à leurs haines de partis; les politiques, retirés à Egine, et les militaires, établis à Hermione, continuaient à scinder en deux camps les assemblées de la nation. Lorsqu'on engageait Colocotronis 5 clore ce différend funeste et à rejoindre les députés d'Egine, il répondait, non sans raison, que, pour le bien du pays, ses législateurs et ses gouvernants devaient rester en terre ferme au lieu de se retrancher au loin dans
une île. < D'ailleurs, ajoutait-il, depuis le jour où j'ai fait malgré moi la traversée d'Hydre, j'ai juré de ne plus me risquer en mer. • L'arrivée de Ghurch et de Cochrane, appelés, l'un à la tête de Tannée, l'autre à celle de la flotte, mit fin à cette scission; leur intervention détermina les politiques à céder et à se transporter à Hermione. H faut reconnaître qu'au fond tous ces hommes étaient animés d'an véritable patriotisme; c'est ce qui explique ces rapprochements continuels que la violence de leurs passions rendait malheureusement éphémères. Ils comprirent cette fois que pour terminer le conflit des ambitions et l'ère des discordes, il fallait un homme étranger à toutes les disputes et à tous les partis, mais rattaché au pays par son origine. Ils songèrent d'un commun accord au comte Capodistrias, célèbre par ses talents de diplomate, par son influence, par son philhellénisme et par ses liaisons avec les hétairistes. Le nom de Gapodistrias fut bientôt dans toutes les bouches. Les Anglais, représentés alors dans les parages de la Grèce par le capitaine Hamilton, se montrèrent peu favorables à ce choix; ils craignaient que la Grèce ne se plaçât d'elle-même sous la domination russe en confiant sa destinée au ministre et à l'ami du czar Alexandre. Un soir, Hamilton entre chez Colocotronis et lui demande s'il est vrai que les Grecs veulent appeler Gapodistrias. — « On t'a trompé, lui répond Golocotronis. Pour le moment, il ne nous convient pas de ïious laisser gouverner par un ministre de l'empereur de Russie, puisque nous dépendons de l'Angleterre, qui nous a pris sous sa protection. » — Peu de jours après, Colocotronis venait de rentrer chez lui à une heure assez avancée delà nuit et de se mettre au lit, lorsque la visite de Georges Con-
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douriotis, de Caradjanis et de Macris le tira de son premier sommeil. Ces derniers arrivaient pour l'entretenir de l'affaire de Capodistrias et lui annoncer qu'une adresse 5 ce personnage était rédigée, mais qu'on n'osait rien entreprendre sans l'assentiment des Anglais. Où trouver cependant un homme assez hardi et assez habile pour entamer des pourparlers à ce sujet avec Hamilton? — C'est bien, je vous comprends, fît Colocotronis; c'est sur moi que vous comptez pour remplir cette mission; allez au diable. — Et il se retourna de l'autre côté, en apparence décidé à reprendre le cours de son sommeil interrompu. Mais l'appel fait au dévouement du vieux klephte n'avait pas été vain. A peine ses visiteurs furent-ils sortis, qu'il se ravisa, s'habilla en toute hâte et descendit vers la mer. Voici la conversation qu'il eut avec le chef anglais, telle qu'il l'a consignée dans ses Mémoires * :
« — Capitaine, lui dis-je, tu as été le bienfaiteur de la Grèce, et tes conseils ont servi à sa liberté. C'est pourquoi je viens y recourir aujourd'hui.
« — Parle, dit Hamilton, je suis tout disposé à te répondre.
« — Il me semble, repris-je, que tu connais les Grecs depuis de nombreuses années, et que tu es au courant de toutes leurs affaires. Tu n'ignores donc pas que nous nous sommes tous mis à la tête du gouvernement les uns après les autres, hélas! sans succès. Reconnaissant qu'il n'existe pas parmi nous d'homme politique en état de nous gouverner, nous voulons avoir ton avis. Cochrane commande notre flotte, Church notre armée. L'Angleterre voudra-t-elle nous donner encore un président, un roi?
« — Non, répondit-il, cela ne se peut.
« — Et la France?
« — Pas davantage.
« — Et la Russie?
« — Encore moins.