‹ La Grèce moderne: héros et poetesChapitre 30 sur 48 · Page · texte numérisé non relu

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« — La Prusse?

« — Non.

« — L'Espagne? Naples?

«• — Non plus.

« — Eh bien ! puisque nous avons examiné à peu près toutes les cours d'Europe sans en trouver une seule qui puisse nous venir en aide, que faut-il faire?

« — C'est à vous de choisir : prenez un Grec.

« — D'accord; nous en avons un; nui autre que lui ne peut nous gouverner : c'est Capodistrias. »

«A ce nom, H am il ton se redresse, me regarde avec surprise et reprend :

« — N'est-ce pas toi, Colocotronis, qui me disais il y a peu de jours : « Nous ne voulons pas d'un ministre du czar? »

« — C'est vrai, répondis-je avec assurance. Mais le temps a marché; les choses ont changé. Le bras droit de la Grèce, c'est la mer; nous en avons remis le sceptre à un Anglais. Son bras gauche, c'est la terre; un Anglais en tient aussi le sceptre. Et si l'Angleterre voulait nous donner encore un homme pour nous gouverner civilement et politiquement, nous le prendrions et nous nous soumettrions à lui. Mais, tu l'as dit toi-même, cela ne se peut; l'Angleterre ne peut plus rien pour nous; c'est pourquoi nous voulons Capodistrias.

« — Alors, dit Hamilton avec colère, prenez Capodistrias... on le diable, si bon vous semble ; mais vous êtes perdus. »

Colocotronis n'en demanda pas davantage; cette adhésion lai suffisait, et l'adresse à Capodistrias fat promptemeat expédiée. Ce dernier répondit aux vœux des Grecs et toucha bientôt le sol du pays qui lui réservait une mort tragique. Au milieu des troubles qui signalèrent l'orageuse administration du président, Colocotronis ne cessa de se montrer son plus ferme soutien.

Quelques années plus tard, la Grèce étant pacifiée et dotée d'un roi, le rôle de l'iiommegie guerre finissait, et Colocotronis devait naturellement descendre de la scène qu'il avait si longtemps occupée du bruit de sa valeur et de ses exploits.

Il pouvait espérer de jouir désormais en repos du fruit de ses services, de sa célébrité et de son immense popularité. Sa destinée ne le voulut pas. Sa vieillesse, il avait plus de soixante ans, s'ouvre sous de tristes auspices. L'aventureuse épopée du klephte se termine par une série de disgrâces dont il nous reste à faire le récit. A ce moment, notre héros se transforme et nous apparaît sous un aspect tout à fait inattendu, opposant à l'infortune un front calme et résigné offrant tout à coup l'exemple du sacrifice, du silence et de l'abnégation, vertus les plus opposées en apparence à ses instincts et à son tempérament. Les dernières années de sa vie justifient ainsi le portrait que M. Tricoupi a fait de lui en disant : < Golocotronis avait le visage terrible et le cœur doux. »

Lorsque le roi Othon toucha le rivage deNauplie, Colocotronis descendit à sa rencontre revêtu de son plus brillant costume, escorté de ses aides de camp et de ses trois cents hommes d'armes. Ce fut un beau spectacle que de voir ce chef populaire, cet héroïque athlète de l'indépendance, ce

type énergique, et quelque peu barbare, 11 faut le dire, du génie militaire de la Grèce, se porter au-devant du jeune prince dont l'avènement mettait fin à la suprématie du sabre, et qui allait initier aux bienfaits de la civilisation et de la paix ce peuple régénéré sur les champs de bataille.

Telle ne fat pas l'impression produite snr l'esprit du roi et de son entourage. Les adversaires de Colocotronis avaient répandu contre lui les bruits les plus invraisemblables: on l'avait représenté comme un klephte jaloux de son immense pouvoir et résolu à ne céder jamais l'empire de ses sauvages montagnes; on avait été jusqu'à dire qu'il s'opposerait avec quinze mille hommes au débarquement des Bavarois. Aussi ces derniers virent-ils une sorte de défi et de menace dans la fière attitude de Colocotronis, dans la pompe guerrière dont il avait eu soin de s'entourer, jusque dans le luxe éclatant et bizarre de ses vêtements et de ses armes. L'accueil qui lui fut fait lui laissa voir clairement que de fortes préventions avaient pénétré dans l'esprit du roi, auquel l'expérience n'avait pas encore appris à connaître les hommes et les choses d'un pays tout nouveau pour lui. Colocotronis comprit la nécessité d'un acte public de soumission pour dissiper les nuages amoncelés contre lui. Le premier sacrifice auquel il se résigna dans ce but fut de licencier ses aides de camp et ses gardes du corps, hommes connus de lui dès l'enfance, ses compagnons de périls depuis quinze ans, les instruments de ses victoires et de sa renommée. « Allez, dit-il, mes enfants, il faut nous séparer; retirez-vous dans vos maisons et tenez-vous tranquilles; notre souverain récompensera chacun de nous selon ses services. » Ces paroles furent prononcées d'une voix ferme mais pleine d'émotions, et des larmes coulèrent sur ces visages bronzés. Quelques jours plus tard, il fit don au roi de son château de Carytène, reconstruit et fortifié à ses frais. Tout désarmé qu'il était, on le craignait encore, et l'on ne pouvait croire ' que le klephte abdiquât ainsi volontairement sa royauté

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populaire. « J'étais content, dit-il 1 , car la Grèce était libre; j'assistais à la réalisation de ce que j'avais désiré, de ce qu'avaient désiré mon père, mon grand-père et toutes les précédentes générations de ma famille, ainsi que tous les Grecs. Je m'installai dans un jardin que je possédais aux environs de Nauplie; j'employai mon temps à cultiver ce petit coin de terre, et je prenais plaisir à voir grandir les petits arbres que j'avais plantés. » L'isolement et la tranquillité n'écartèrent point de Golocotronis les haines et les soupçons. L'été suivant, chassé de son jardin par les intolérables chaleurs de la plaine, il alla chercher à Tripolitza la fraîcheur des hauts plateaux de PArcadie. On attribua son voyage à des motifs de rébellion, et quelques insurrections survenues en ce temps-là .dans les provinces accréditèrent les bruits injurieux semés contre le vainqueur de Drama-Ali et de Kourchid. Cependant Colocotronis revint en automne à Nauplie, ne se doutant guère que son absence avait donné lieu à d'étranges rumeurs, que ses ennemis l'avaient dépeint à la cour comme le plus redoutable adversaire de la royauté nouvelle, qu'une cour martiale, sous l'empire d'une aveugle animosité, instruisait contre lui un procès de haute trahison et préparait son arrêt de mort. Aujourd'hui l'on s'explique à peine comment un homme qui avait rendu de tels services à son pays put être traduit devant un conseil de guerre et obligé de défendre sa tête comme un criminel; mais il faut se reporter à ce temps où l'anarchie était à peine- réprimée, où les inimitiés et les passions rivales, qui avaient eu libre carrière pendant les guerres de l'indépendance, étaient

i . Mémoires, p. 256.

occupées à se livrer leurs derniers combats. Une nuit, quarante gendarmes cernèrent la maison de Colocotronis. Kléopas, leur chef, s'attendant à une vive résistance de la part du vieux klephte, pénétra chez lui armé jusqu'aux dents. Colocotronis se laissa facilement arrêter. Lorsqu'il vit aux portes de sa demeure les soldats destinés à l'escorter, il se mit à rire et dit : « A quoi bon tant d'hommes? Il suffisait qu'un seul de ces chiens qui font leurs lois à Nauplie vînt avec un ordre et une lanterne dans la gueule pour nous éclairer en route. • Plongé dans un étroit cachot du fortin d'Itsch-Kalé, il y fut tenu six mois au secret le plus absolu. Ses Mémoires ne contiennent rien au sujet des souffrances qu'il endura pendant cette longue détention : fier silence qui nous parait tout à fait digne dq ce cœur inébranlable et de ce caractère de fer. Colocotronis fut enfin tiré de sa prison pour répondre à une accusation de haute trahison; il corn* prit qu'il était perdu. Des hommes sortis de la plèbe et gagnés à prix d'argent accumulèrent sur sa tête et sur celle de son ami Kolliopoulos les charges les plus accablantes; le témoignage des honnêtes gens accourus de toutes parts pour déposer en sa faveur fut à peine écouté. Le ministre de la justice Schinas, voyant que le président Polizoïdis hésitait à sanctionner l'iniquité qui se préparait, usa de la force des baïonnettes pour le contraindre à signer un arrêt de mort. Les deux accusés furent condamnés. Après avoir entendu la sentence fatale, Colocotronis se leva et s'écria d'une voix haute et ferme : « Seigneur, souviens-toi de moi quand ton jour sera venu! » — Puis il fit un signe de croix et prit une large prise de tabac. Son mâle visage ne trahit nulle émotion et son regard ne perdit rien de son audace habituelle.

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D'un geste, il aurait pu réunir encore assez de pallikares pour ouvrir les portes de sa prison et défendre sa vie les armes à la main; son ascendant sur le peuple, le grand nombre des mécontents, la fragilité d'un gouvernement installé de la veille et composé en grande partie d'étrangers, assuraient presque le succès de cette tentative. Il aima mieux subir héroïquement son sort que d'exposer son pays aux maux de la guerre civile. Quelques lignes lui ont suffi au récit de cet émouvant épisode; il n'a point cherché à l'entourer des sombres couleurs qui lui conviennent. Une telle infortune stoïquement supportée et racontée sans plainte ne jette- t-elle pas sur cette vie comme un reflet de la grandeur antique?

* J'avais vu tant défais la mort, dit-il, que je ne pouvais la craindre. Après tout, mieux valait être condamné injustement que justement. Je ne plaignais que Koliiopoulos, parce qu'il laissait après lui une jeune et nombreuse famille. Nous prîmes en silence notre repas du soir; au point du jour, nous fîmes notre testament et nous attendîmes la mort. »

Cependant le jeune roi, mieux inspiré que ses conseillers, ne voulut pas inaugurer son règne par l'effusion du sang de l'un des hommes qui avaient le plus contribué à l'affranchissement de la Grèce.

« Bientôt, ajoute Colocotronis, on nous annonça que le roi nous faisait grâce de la vie; nous fûmes alors transférés dans la Palamide, où nous restâmes onze mois. Enfin, le jour de son couronnement, le roi nous rendit à la liberté. L'accueil que je reçus du peuple en descendant de la forteresse me fit oublier tous les maux que j'avais soufferts. Les uns pleuraient de joie; les autres criaient : «Vive le roi ! Vive Co- « locotronis ! » Je passai quelques jours dans ma maison de Nauplie ; puis je vins à Athènes, où je suis demeuré jusqu'à ce jour. »

Ainsi finissent les Mémoires de Colocotronis. Ce livre est

d'un émouvant intérêt, tant par les événements qui le remplissent que par la manière originale et pittoresque dont ils sont racontés. Ecrit dans l'idiome vulgaire que parlait Colocotronis, idiome infiniment expressif, sauvage, hardi, puissamment coloré, il reflète à merveille la physionomie tout à la fois héroïque et barbare de ce temps-là. M. Terzetti ^ à eu le privilège de l'écrire tout entier sous la dictée de Colocotronis, dont il était l'admirateur et l'ami. Sa plume, ainsi qu'il nous le dit dans ses Prolégomènes, avait peioe à suivre la parole impétueuse et rapide du vieux klephte, sur les lèvres duquel «les souvenirs et les impressions se pressaient en foule. Tout en parlant, celui-ci allait, venait, gesticulait et s'imaginait assister encore aux batailles et aux orageuses assemblées dont il traçait ea quelques mots Je tableau. Tout à coup, comme pour rafraîchir sa mémoire à quelque bouffée d'air venue de ses montagnes, il ouvrait une fenêtre et respirait en silence; puis il retournait s'asseoir dans un angle, allumait son tchibouck et reprenait, au milieu d'un nuage de fumée, le fil un instant interrompu de sa narration.

Ce dernier retour vers le passé étant accompli, une sorte d'apaisement immense se fit dans l'âme de Colocotronis. Les

croyances superstitieuses, qui avaient toujours dominé son

esprit et qui marquèrent plus d'un acte de sa vie de leur poétique empreinte, se transformèrent peu à peu chez lui en une religion plus saine, plus pure et plus élevée. Sous cette influence, se sentant décidément vieillir, il résolut d'opérer avec ses anciens ennemis une paix plus sincère et plus durable que les réconciliations passagères auxquelles la politique ou l'intérêt avait autrefois présidé. Dans ce but, il

sortit un jour sans bruit d'Athènes : c'était en 1839. Il s'en alla d'abord à Hydra tendre une main désormais amie au vieux Lazare Condouriottis, qu'il avait toujours estimé à cause de ses vertus et de son patriotisme, mais en qui il avait constamment rencontré un redoutable adversaire. Il passa ensuite dans le Péloponèse, demandant et accordant à tous ceux qui s'étaient fait remarquer dans les partis opposés au sien, l'oubli des torts et des injures passés. Il couronna enfin ce voyage de pacification générale et de pardon en se réconciliant avec Schinas, celui-là même qui avait si violemment contribué à sa condamnation.

De retour à Athènes, il vécut quelques années encore jouissant d'une solide et légitime popularité, entouré d'un petit nombre d'hommes d'élite qu'il charmait par la verve intarissable de ses récits et par l'originalité de sa parole. Devant cet auditoire intime, il se livrait sans contrainte à son goût bien connu pour les allégories et les contes, qu'il improvisait avec un rare talent et une remarquable finesse. M. Terzetti regrette avec raison que les fables de Colocotronis n'aient point été recueillies et publiées; un tel livre aurait donné une juste idée de la variété et des ressources infinies de cet esprit que les circonstances avaient malheureusement condamné à rester inculte. Peut-être nous saurat-on gré de reproduire l'apologue suivant, tiré des intéressants Prolégomènes de M. Terzetti. C'était le premier jour de l'année 1842, jour consacré à Athènes comme chez nous aux visites qu'impose l'étiquette. Afin d'échapper aux imporportuns, Colocotronis avait fermé sa porte, et, pour plus de sûreté, il s'était réfugié dans la mansarde la plus élevée de sa maison. Deux amis, résolus à le voir, forcèrent la con-

signe, le cherchèrent partout et découvrirent enfin sa retraite. Ils étaient à peine entrés, qu'un convoi funèbre passa dans la rue. Colocotronis s'approcha de la fenêtre et dit : Le pauvre diable s'en va-t-il aux enfers ou au paradis? Si le philosophe persan était ici, il nous le dirait.

— Est-ce une histoire? fit l'un des visiteurs.

— Oui, répondit Colocotronis.

— Contez-nous-la donc.

— Volontiers.

« Autrefois, un philosophe renommé arriva du royaume de Perse à Athènes. Les Athéniens le reçurent avec distinction et furent promptement captivés par le charme de ses entretiens. Un jour, ils étaient assis autour de lui, attentifs à ses discours, lorsqu'un convoi funèbre vint à passer comme aujourd'hui. (Pour vous, mes amis, qui êtes jeunes, vous ne vous laissez point attrister par ce spectacle, car vous êtes loin de ce moment; mais moi, j'ai fini de manger mon pain.) Le philosophe appelle un de ses serviteurs et lui dit: « Va voir si cet « homme a gagné le ciel ou mérité l'enfer. » Quelques instants après, le serviteur revint et murmura quelques mots à l'oreille de son maître, qui ajouta : « Il est aux enfers. » Les Athéniens, très-curieux par nature, mais trop vaniteux pour donner la preuve de leur ignorance à un barbare, quelque savant qu'il fût, gardèrent le silence et ne l'interrogèrent point sur la façon dont il réussissait à pénétrer le g secrets de l'autre vie. A quelque temps de là, les mêmes personnages étant assemblés autour de l'étranger, leur conversation fut de nouveau interrompue par le passage d'un convoi funèbre. Le philosophe donna la même mission à son serviteur qui, au retour, lui parla encore à voix basse. « Enfin, s'écria le philosophe, ces mânes habitent « le paradis. » Pour le coup, les Athéniens ne purent contenir leur curiosité et demandèrent au philosophe comment il s'y prenait pour deviner ainsi les choses de l'autre monde. «C'est bien simple,» dit-il; « il suffit pour cela d'assister aux funérailles faites à celui dont tous « voulez connaître la destinée. En effet, les méchants, ceux que l'enfer « réclame, sont poursuivis jusque dans la tombe par la colère publique « et parles malédictions des citoyens, sombres avant-coureurs desana- « thèmes de la justice divine. Les bons, au contraire, ceux que le ciel

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« attend, reçoivent, en quittant ce monde, le tribut mérité des béné- « dictions du peuple. La foule pleure en célébrant ses bienfaits et ses « belles actions, et chacun jette une poignée de terre sur ses dé « pouilles mortelles d'une main tremblante et désolée. »

Colocotronis mourut à l'âge de soixante et treize ans. La Grèce entière prit son deuil, et l'accompagna jusqu'à sa dernière demeure de ces larmes et de ces regrets universels qu'il regardait comme le plus sûr présage d'une éternité

bienheureuse. Au contraste formé par les orages qui agi-

tèrent longtemps cette longue carrière, et le repos religieux, la tranquillité grandiose au sein desquels elle se termina, on se rappelle involontairement cette mer superbe de l'Archipel qui voit souvent en quelques heures à de subites et terribles tempêtes succéder un calme enchanteur, de magiques crépuscules et des nujts splendides.

Les Colocotronis, ainsi que les Botzaris, les Miaoulis, les Tsavellas et les Diakos, et d'autres encore, ont fondé ce qu'on peut appeler l'aristocratie de la Grèce moderne : aristocratie qui ne ressemble en rien à nos aristocraties européennes; qui ne possède ni titres, ni privilèges; qui, tout à fait en harmonie avec le génie libéral de la nation grecque, ne se distingue que par l'éclat de ses services et de sa renommée du peuple avec lequel elle se confond d'ailleurs par son langage, par ses idées, par ses espérances, par ses mœurs. Les hautes et les basses classes vivent encore en Grèce dans un parfait accord, étroitement liées entre elles par la similitude et l'ardeur de leurs croyances religieuses, par le souvenir de leurs maux et de leurs combats récents, par l'amour du pays, par le besoin d'une indépendance nationale plus complète. Cette bonne harmonie atteint parfois la familia-

rite, et l'homme du peuple, usant des libertés de la langue grecque, peut sans crainte tutoyer le plus grand personnage et l'appeler : A &X?l, frère. Loin de se montrer jaloux du prestige attaché au nom de ses principales familles, le peuple grec aime au contraire à faire remonter leur origine jusqu'aux temps les plus reculés et à voir dans l'ancienneté parfois fabuleuse qu'il leur attribue un symbole de sa propre antiquité. Les rivalités de castes et les partis sociaux qui déchirent notre vieux monde n'ont point encore pénétré au sein de ce pays, tout occupé à reconquérir la plénitude de ses droits et à monter au niveau de la civilisation moderne. De tous les vœux que nous formons pour la Grèce, le plus ardent est qu'elle jouisse longtemps de cet accord de toutes les clauses entre elles, de cette communauté d'aspirations et de patriotisme, de cette unité dont l'Europe n'offre actuellement pas d'autre exemple. Car cette unité porte en elle le germe de tous les progrès ainsi que de toutes les victoires auxquelles les Hellènes prétendent encore.

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