‹ La Grèce moderne: héros et poetesChapitre 37 sur 48 · POÈTES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

POÈTES DRAMATIQUES

On connaît le goût passionné des anciens Grecs pour le théâtre, et la place que la tragédie tenait dans leurs fêtes religieuses et populaires. Pour se faire une idée du caractère imposant des représentations qui accompagnaient d'ordinaire ces solennités, il faut aller à Athènes, à Corinthe, à Argos, contempler les vestiges des vastes amphithéâtres où le peuple s'assemblait, où il décernait des couronnes à Eschyle, à Sophocle, à Euripide. On ne saurait trop admirer avec quel art les Grecs savaient choisir, pour remplacement de leurs théâtres, les sites les plus propres par leur, magnificence à élever l'esprit. Celui d'Argos surtout frappe par la splendeur et la réalité de la mise en scène. Au premier plan,

le spectateur apercevait la colline et le bois sacré où les sup-

pliantes se réfugièrent lorsqu'elles vinrent implorer l'hospitalité des Argiens; plus loin, la haute roche de Palamède qui domine le port des Argonautes *; à sa droite, il avait le marais pestilentiel de Lerne, au pied des sombres défilés qui ferment le Péloponèse ; à sa gauche, Tirynthe, la ville des Cyclopes, et Mycèaes, la ville des Atrtdes. Lé seul aspect de ces lieux, témoins des tragiques aventures qui ont inspiré à la poésie grecque la plupart de ses chefs-d'œuvre, ne devaitil pas merveilleusement disposer la foule à la terreur, à la pitié, à toutes les émotions que le poète se proposait de faire naître en elle? En parcourant cette enceinte si admirablement conservée qu'on dirait une scène abandonnée d'hier et prête à recevoir demain un nouveau public et de nouveaux acteurs, nous nous sommes plus d'une fois demandé quand viendra le jour où les Hellènes modernes, peuple si accessible aux impressions poétiques, ressentiront à leur tour la passion enthousiaste de leurs aïeux pour les représentations théâtrales. Mais l'heure de ce réveil n'a pas encore sonné. La poésie dramatique brilla jadis de son plus bel éclat au moment même où la Grèce atteignait son plus haut degré de civilisation, de richesse et de gloire; où la prospérité publique permettait à l'État, aux particuliers même, de subvenir aux dépenses de la scène avec une magnificence sans égale. Aujourd'hui, les Hellènes parcourent encore une époque de transition, mélange de difficultés et d'espérances qui agitent l'âme tout entière de la nation et la détournent par les émotions réelles de chaque jour des émotions factices de la scène.

Cependant il s'est publié à Athènes, depuis quelques an-

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