Recueil de M. Zampélios
%• Toute la côte du golfe de Corinthe opposée au Péloponèse porte le nom de Roumélie.
qu'elle se retire au souffle des vents du nord, et que les tempêtes qui viennent du midi l'enflent au contraire et lui font envahir les maisons les plus rapprochées d'elle. Avant les guerres de l'indépendance, quelques familles de navigateurs enrichis par les courses lointaines , et avides de jouir des magnifiques horizons du golfe, possédaient là 3e pittoresques résidences, plus humbles assurément que les palais vénitiens, mais construites aussi sur pilotis. Cette ville se trouve ainsi défendue d'un côté par ses lagunes, qui tiennent à distance les bâtiments de guerre, et de l'antre par ses marais, qui offrent une route difficilement praticable à une armée.
Nous avons visité Missolonghi, et c'est sur les lieux mêmes, en interrogeant quelques-uns de ses anciens défenseurs, que nous avons étudié l'histoire du mémorable siège qu'elle eut à soutenir. Une lettre de recommandation donnée par Phégoumène du grand monastère de Mégaspiléon { nous servit d'introduction auprès du protopappas de Missolonghi. Ce prêtre était un ancien soldat; il n'avait embrassé la carrière ecclésiastique qu'à la suite de la pacification de la Grèce, et après avoir vu ses deux fils tomber à ses côtés. L'érudition théologique de ce vieillard, qui avait servi sous Botzaris, se ressentait un peu de son éducation première et des aventures de sa jeunesse; en revanche il possédait un trésor de souvenirs dont il n'était point avare, et qu'il racontait avec une véritable éloquence, puisée dans sa haine contre les Turcs et dans la satisfaction qu'il éprouvait à parler de ses propres prouesses.
i. Situé dans les montagnes du Pôloponèse, à une journée du golfe de Corinthe.
MARC BOTBAMS. 95
Une antique muraille, datant des Vénitiens, un fossé large de sept pieds et comblé en plusieurs endroits par les décombres des remparts, quatorze vieux canons de fer, tels étaient les moyens de défense que les Grecs, suivis de près par Omer-Brionès, trouvèrent à Missolonghi. En entrant dans cette place le 21 octobre 1822, Mavrocordato avait avec lui vingt-cinq soldats, Botzaris trente-cinq, et lorsque les habitants en état de porter les armes se furent joints à eux, ils atteignirent le chiffre de trois cents. La plus grande partie de la population avait fui. Justement alarmés sur le résultat d'une lutte aussi disproportionnée, quelques capitaines émirent l'avis de se jeter dans les embarcations et de gagner sans retard le Péloponèse. « Si nous partons, leur dit Mavrocordato, l'ennemi passe sans obstacle, envahit la Moréè, et tout est perdu. Pour moi, je mourrai ici. — Et moi aussi ! » s'écria Botzaris. Ces paroles mirent fin à toute hésitation. « Elles furent, dit M. Tricoupi, comme la pierre fondamentale de la défense de Missolonghi. »
En quelques jours, la ville fut débarrassée des femmes, des enfants et des vieillards qui, protégés par une nuit obscure, passèrent inaperçus à travers trois vaisseaux turcs occupés au blocus; ils se rendirent pour la plupart dans les SepMles. Après une séparation de deux années, Botzaris venait de retrouver Chryséis et ses enfants 1 . Ce bonheur fut de courte durée. Assiégé par de tristes pressentiments, il résolut d'éloigner sa famille du théâtre de la guerre et de l'envoyer à Ancône, sous la garde du vieux Nbthi, son oncle et le dernier polémarque de SouK. Chryséis le supplia