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greffon lui-même donnera une taie plus opaque et
plus disgracieuse que ne le ferait ia cicatrisation simple de la cornée après l’excision du pterygion sans aucune autoplastie. De plus, il n’est pas logique de créer un tissu, dont la vie sera ralentie pendant une assez longue période, au voisinage et même au contact d’une tumeur qui ne demande qu’à envahir ce tissu alors même qu’il est dans des conditions normales de vitalité et de nutrition.
Devant les échecs très fréquents des autoplasties à l’aide de tissus identiques à ceux envahis par le pterygion, il était intéressant d'essayer l’utilisation de tissus différents par leur constitution histologique et
par leur résistance à l’envahissement.
Le premier tissu utilisé fut la peau sous forme de greffon dermo-épidermique selon la méthode de Thiersh. Le résultat, parfait au point de vue arrêt du pterygion, l’est beaucoup moins au point de vue esthétique ; mais surtout le lambeau cutané, continuant à posséder ses fonctions physiologiques, desquame et provoque une pseudo-secrétion conjonctivale telle que la greffe dermo-épidermique est à peu près abandonnée. Néanmoins les résultats de cette thérapeutique sont une preuve que la peau est une barrière absolument infranchissable pour le pterygion.
En utilisant des muqueuses faciles à prélever, muqueuse bucale ou vaginale, on a un tissu à peu près identique à la peau tant par sa constitution que par les résultats thérapeutiques obtenus, mais sans les défauts esthétiques ni fonctionnels de la greffe de Thiersch. Le premier cas de pterygion traité par l’autoplastie de muqueuse buccale fut présenté en 1906 par Rollet à la Société des Sciences médicales de Lyon : le malade atteint de pterygion récidivé avec symblépharon partiel a été complètement guéri. Pour ma part, en quatre ans, j'ai vu opérer à la clinique ophtalmologique de Limoges, vingt-trois cas de pterygions progressifs suivant la technique décrite plus loin, aucun d’entre eux n’a récidivé, les résultats esthétiques étant variables suivant le stade auquel les malades étaient opérés. Et ceci nous permettra de
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discuter les indications opératoires d’après l’importance du pterygion.
Une observation du professeur Duverger semble bien prouver que le lambeau de muqueuse buccale offre une barrière absolument infranchissable à toute récidive du pterygion, et par là même montre l’excellence du procédé : « le lambeau de muqueuse mal suturé, avait glissé de bas en haut de telle sorte que son extrémité supérieure qui ne reposait plus sur un plan cruenté a dû être résequé et que l’extrémité inférieure dela plaie n’était plusrecouverte de muqueuse. Trois mois plus tard il y avait une récidive partielle qui contournait l’extrémité inférieure de la greffe et envahissait la cornée, mais il n’y avait aucune trace de récidive sur toute la partie correspondant à la greffe
de muqueuse ».
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Technique chirurgicale
La technique est essentiellement celle qui a été publiée par le professeur Duverger dans les Archives d’Ophtalmologie (Tome XLIII, n° 12, décembre 1926) mais nous jugeons utiles d'apporter un certain nombre de détails supplémentaires, facilitant son exécution, et de préciser quelques indications qui sont apparues
peu à peu au cours de l’application de la méthode. ANESTHÉSIE
Elle est obtenue d’une manière absolument par-
faite par :
19 Instillation d’une goutte de solution de chlo-
rhydrate de cocaïne à 10 %.
20 Infiltration sous le corps du pterygion de 1 /2 cc. environ de solution de novocaïne à 4 % contenant une goutte d’adrénaline à 1 °/0 par cc. Cette infiltration se fait avec la plus grande facilité aussitôt que le
blépharostat a été mis en place, sans utiliser de pince
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à fixer ,en priant seulement le malade de regarder du côté temporal. |
La pointe de l'aiguille très fine est glissée sous un des replis qui correspondent à la région du col du pterygion et aussitot qu’elle a pénétré de 1 mm, on pousse l'injection. On obtient ainsi le triple avantage de l’anesthésie totale et toujours parfaite et immédiate à cause du taux assez concentré de la solution, une diminution de l’écoulement sanguin par la présence de l’adrénaline, et la mise en évidence parfaite de tous les détails du pterygion qui se trouve gonflé, déplissé et fait saillie sur le plan scléral.
Pour le prélèvement du lambeau, on choisit généralement l’envers de la lèvre inférieure à cause de la grande facilité présentée par ce prélèvement. Le bord libre de la lèvre inférieure est confié à l’aide qui maintient celle-ci retournée à l’aide d’une compresse, le malade tenant les dents fermées. La même solution que précédemment est injectée aussi superficiellement que possible par une injection traçante de 3 ou 4 cm. de long, parallèle au bord libre et à égale distance du bord libre et du sillon gingivo-labial. Il n’y a aucune raison d’attendre, on peut opérer aussitôt. Les soins d’antiseptie préalable et de lavages aussi bien de l’œil que de la bouche peuvent être nuls ou réduits au minimum. Jamais nous n'avons vu d'infection se
produire, même avec des bouches du plus triste aspect:
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Premier temps
Le malade regardant au maximum du côté temporal, le pterygion est saisi à 2 mm du limbe avec une pince à fixer tenue de la main gauche ; la pince serre le col du pterygion, elle le soulève légèrement pour que l'opérateur puisse bien apprécier les limites exactes du pterygion. Un couteau de Graefe tenu de la main droite est introduit, tranchant tourné vers le limbe, sous un des bords du pterygion à 1 mm du limbe. Il chemine parallèlement à la sclérotique et le plus près d’elle possible de façon à ne pas laisser, ou à laisser le moins possible de tissu néoplasique sur la coque fibreuse de l’œil. Il ressort, en un point symétrique de celui où il a pénétré, de l’autre côté du pterygion à 1 ou 2 mm. du limbe.
La main gauche fixant solidement l’œil et la tumeur il est relativement facile de faire avancer par des mouvements de scie le couteau vers le limbe, puis de dépasser ce dernier en se tenant dans l'épaisseur des lames superficielles de la cornée. Cette manœuvre est assez délicate car il faut prendre suffisamment de tissu et cependant pas trop. Il faut de plus se maintenir dans les limites supérieure et inférieure du pterygion pour ne pas laisser un de ses bords, d’une part, et d’autre part pour ne pas créer dans la cornée une perte
de substance plus étendue qu'il n’est nécessaire.