LA GREFFE DU LOBE POSTERIEUR DE L'HYPOPHYSE
La faveur dont a joui le lobe antérieur, toujours généreux à livrer au chercheur une nouvelle hormone, a quelque peu fait négliger l'étude du lobe postérieur et en particulier celle de sa crefle. Celle-ci n'a jamais fait l'objet d'aucun travail expérimental systématique. HizL et GARDNER sont les seuls à avoir signalé que dans leurs expériences le lobe postérieur était dégénéré. Mais comment expliquer alors que d'authentiques diabètes insipides aient pu être guéris, et définitivement, par l'implantation de la pars nervosa isolée ou d'hypophyse entière ?
Précisons d’abord un point : quoiqu on en ait dit, il est aujourd'hui bien établi que le lobe postérieur, et lui seul, élabore les hormones antidiurétique, pressive et ocytocique. Les belles recherches de FiscHEr (1937) en apportent une preuve décisive. Chez le chat, la section élective des fibres supra-optico-hypophysaires de la tige pituitaire, qui laisse intact Île tuber, entraîne l'apparition d'un diabète insipide des plus caractérisés (les urines passent de 100 à 600 centimètres cubes). A l'autopsie, on constate l'intécrité histologique des lobes antérieur et intermédiaire et l'on éprouve leur activité physiologique qui se révèle normale. Seul le lobe postérieur est complète-
ment dégénéré.
Il faut donc admettre — bien que l'aspect des pituicytes suggère assez mal l'idée d’une sécrétion endocrine, — que le lobe postérieur, et lui seul, four-
nit le principe antidiurétique (1).
Ces expériences de FISCHER permettent de tirer la conclusion suivante : puisque le lobe postérieur dégénère dès lors que l'on supprime la continuité des voies nerveuses qui l'unissent aux noyaux du diencéphale, il ne faut pas compter qu il reprenne son activité lorsqu'on le soustrait à la fois à ses connections nerveuses et vasculaires pour le transplanter dans un autre organisme. La greffe du lobe postérieur ne peut pas réussir. Ce qui ne veut pas dire quelle soit inefficace, et les succès qu a enregistrés la clinique doivent, selon nous, s'expliquer par l'action homostimulatrice qu'elle exerce.
(1) Ne nous étonnons pas trop du rôle endocrine de cette « ruine nerveuse ». La médullo-surrénale n'offre-t-elle pas un autre exemple d'une hormone élaborée par les cellules originellement nerveuses ? +
GREFFE HYPOPHYSAIRE ET ANTIHORMONES
Il est un chapitre que nous avons réservé pour Ja fin de cette étude, parce qu il est le plus mal connu, le’ plus indécis, encore qu il ait fait depuis une dizaine d'années l'objet de nombreuses publications françaises et étrangères : c'est celui des antihormo-
nes. If nous intéresse à plus d'un titre.
a) Il nous importe, en effet, de savoir si la orefle hypophysaire dans ses diverses variétés provoque l'apparition de ces substances antagonistes, et d'établir sur ce point un parallèle entre l'opothérapie et la greffe.
b) Ceci fait, nous tâcherons, en élargissant le problème, d'esquisser l'étude critique des valeurs respectives de l'une et de l'autre méthode telles qu'elles peuvent être utilisées à l'heure actuelle.
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CoLzip a montré en 1934 que des extraits gonadotropes de lobe antérieur de bœuf injectés pendant une longue période à des animaux de laboratoire. perdent peu à peu leur pouvoir stimulant et peuvent même, comme s ils inversaient à la longue leur action, provoquer la régression des gonades ou du
corps thyroïde. Des faits identiques étaient bientôt mis en évidence pour l'hormone de croissance et le facteur cétogène, pour la prolactine (YounG, 1938), pour l'hormone diabétogène (Evans). L'opothérapie hypophysaire allait-elle s'en trouver bouleversée ? Et les cliniciens n'avaient-ils pas manié parfois avec trop de générosité des produits encore imparfaite-
ment connus ?
Cozzir expliqua ces faits en invoquant [a présence de ces antihormones même chez l'individu normal. Leur rôle, pour lui, était de maintenir le juste niveau des sécrétions hypophysaires, et, par un accroissement de leur propre taux, de prévenir tout excès hormonal dans le sang.
Mais de plus en plus les auteurs voient dans ces phénomènes la traduction d'une réaction immunitaire :
1° parce que dans presque tous les cas où ils apparaissent chez l'animal de laboratoire, il s'agit d'extraits préparés avec du lobe antérieur d'espèces différentes ;
2° parce qu'un animal réfractaire aux extraits d'une espèce ne l'est plus à ceux d'une autre (1);
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3 parce que Î injection prolongée d'extraits homozoïques n entraîne aucune diminution de la sensibilité des organes récepteurs.
(1) Corp (cité par RivoirE) a montré qu'un animal devenu réfractaire aux injections de gonado-stimuline de bœuf réagit encore comme un animal neuf si on lui administre du Prolan de femme enceinte ou de jument gravide.
Ainsi, ce sont des anticorps et non des antihormones qui seraient responsables du phénomène.
Si l'on se tourne vers l'homme, il y a toute raison de penser que les choses se passent de [a même manière et qu'aux mêmes agressions succèdent les mêmes eflets.
1. — Les injections d'hormones hypophysaires extraites de l'urine de femmes enceintes (prolan B) ou castrées (gonado-stimuline A) ne doivent donc pas, par leur répétition, entraîner [a formation d’anticorps. Ft de fait Twomgzy (cité par KATzMAN et col.) n'a pu démontrer la présence de substances empéchantes dans le sang d'une femme traitée pendant un an avec de fortes quantités de Prolan urinaire.
2. — Tous les autres produits, préparés à partir d'hypophyse de bœuf (gonado-stimulines À et PT de sérum de jument gravide (Prolan NT): provoquent à la longue un état réfractaire. Au bout d'un certain temps, ils agissent moins ou plus du tout (extraits du lobe postérieur mis à part).
Ainsi l'hormone gonadotrope de l'urine de femme enceinte (unique extrait hypophysaire humain) (1) apparaît seule incapable de former des substances antagonistes. Seule elle peut, croyons-nous, être utilisée à doses longuement répétées sans inconvénient
(i ) Nous ne faisons pas état de l'hormone gonadotrope de femme castrée dont il sera toujours difficile de préparer un extrait à usage commercial.
(2) BErGLINGER (cité par Nienans) prétend cependant avoir obtenu par une cure prolongée un arrêt de la spermatogénèse,
Maiheureusement, elle semble beaucoup moins active que tous les autres extraits hypophysaires L chez l'animal, c'est un fait acquis (1): chez l'homme il semble bien, d'après les relations des cliniciens,
quil en soit de même.
On tourne dès lors dans un cercle vicieux : le Prolan de femme enceinte ne provoque pas la formation d'anticorps, mais nest pas très actif: les extraits hypophysaires sont actifs mais cessent de l'être
par un emploi trop prolongé.
Nous n'avons certes pas l'intention de discuter la valeur des extraits hypophysaires dans nombre d’affections (surtout gynécologiques) où ils ont fait leurs preuves. Fout dépend de l'usage que l'on en veut faire. Mais nous nous dernandons si, dans certaines insuffisances hypophysaires antérieures qui exigent un traitement prolongé (maladie de Simmonds, syn-
(1) L'augmentation du poids des ovaires chez [a souris (Fvaxs), des testicules chez le canard (SCHOCKAERT) et chez le coq (Hamsurcer) est beaucoup plus faible avec le Prolan humain qu'avec les extraits hypophysaires. De plus l'injection de Prolan à des animaux hypophysectomisés ne détermine qu'une lutéinisation atrétique de la thèque interne des follicules, alors que l'administration d'extraits hypophysaires à ces animaux détermine la même maturation folliculaire et la. même lutéinisation que chez un animal intact. (Nocucnr puis CoLir) cités par RivoirE).
On ne sait d'ailleurs pas à quoi correspond exactement le Prolan. Peut-être est-ce une hormone déjà utilisée en partie par l'organisme, hormone de deuxième qualité.
drome adiposo-génital, infantilisme hypophysaire), où les doses d'hormones injectées atteignent parfois des chiffres considérables, on ne va pas à l'encontre de l'effet recherché. Et ceci d'autant plus qu'en dehors de l'effet dit antihormonal, dont nous avons de bonnes raisons de supposer l'existence, il est un autre danger, certain celui-là, prouvé à l'évidence par de nombreux faits expérimentaux : la mise au repos d'une clande trop longtemps soumise à un excès d'hormone du même nom, qui peut même aller jusqu à une sorte de sidération parois réversible, mais d'autres fois définitive (ZonDEK).
Certains ont pu émettre l'opinion que ces inconvénients seraient supprimés le jour où l'on arriverait à isoler parfaitement et à purifier les hormones hypophysaires. Mais l'individualité chimique de ces hormones n'est pas certaine, et leur isolement, nous l'avons vu, s'avère très difficile. Ecoutons sur ce point P.-E. Surr : «If semble curieux que deux types seulement de cellules sécrétrices aussi spécialisées puissent donner naissance à huit hormones, peut-être plus. Il semble de plus étrange que le contrôle et le maintien de la structure et des fonctions d'un système tel que celui de la reproduction nécessite l'action de quatre hormones sonadotropes. Quoi qu il soit osé de faire des prédictions, il semble pourtant probable que l'on découvrira que toutes ces hormones ne sont pas des entités chimiques individualisées.. J[ ne nous semble pas très logique d'attribuer chaque réponse physiologique à une hormone spéciale jusqu à ce que ces hormones aient été isolées et puriliées. Et même, si l’on obtenait une, telle
individualisation, il faudrait encore faire attention à des modifications possibles de leur action, dues aux
processus chimiques employés pour les isoler. » La srefle offre-t-elle les mêmes inconvénients ?
Un point est dès maintenant acquis: l'homogrefte — qui représente dans l’une ou l'autre de ses variétés l'avenir de la grefle hypophysaire — même répétée, ne forme pas d'anticorps. L'implantation journalière chez de jeunes rates d'une ou deux hypophyses homologues pendant neuf mois, donne des ovaires de 50 à 400 % plus gros que ceux des témoins, et contenant de nombreux corps jaunes. De plus, le sérum de ces rates, éprouvé sur d'autres congénères porteuses d'une grefle hypophysaire, ne diminue en rien l'effet ovarien de celle-ci, mais au contraire l'augmente (KATZMAN et coll.).
Ainsi, les produits homozoïques, qu ils soient introduits en injection ou sous la forme de greffes, ne provoquent pas de réactions immunitaires de la part de l'organisme receveur.
Mais, alors que le seul extrait homozoique que nous possédions (Prolan urinaire) a une action inconstante et d'ailleurs limitée à l'appareil génital, l'homogreffe hypophysaire adulte ou embryonnaire est capable, sans provoquer d'effet « antihormonal », de suppléer aux principales fonctions de la glande absente.
Etude clinique
Etude clinique
Il n'est pas encore permis, à l'heure actuelle, avec les observations dont nous disposons, de mener une étude clinique qui soit en quelque sorte la réplique de ce que l'expérimentation nous à appris. À cha- . que modalité de grefle expérimentale ne correspondent pas encore suffisamment de cas cliniques pour qu il soit possible dès maintenant de statuer de façon définitive sur la valeur de tel ou tel procédé. La méthode que le laboratoire nous a autorisé à considérer comme « méthode d'avenir », la greffe bréphoplastique, en est encore à ses premiers pas.
Nous n'en apportons que deux observations :
l'une de Vocr, dans un cas de maladie de Simmonds, avec un excellent résultat : l’autre qui nous est personnelle, chez un adiposo-génital, suivie d'une
amélioration.
Quant à la grefle, après culture in vitro, elle n'a, à notre connaissance, été mise en pratique que par STONE Owixcs et GEY pour les grefles de thyroïdes et de parathyroïdes, Jamais encore pour les greffes d'hypophyse.
L'homozgrefle d'hypophyse adulte a été utilisée par Hirsc dans un cas de diabète insipide. Son malade était encore guéri deux ans et demi après la
greffe. Bocoraz l’a appliquée dans un certain nombre de cas de nanisme hypophysaire avec des résul-
tats imconstants.
Toutes les autres observations que nous avons recueillies dans la littérature (75) ou qui nous sont personnelles (3), ont trait à des crelles hétéroplastiques (singe, veau, mouton). C'est donc seulement sur ces cas quil est possible aujourd'hui de baser une
opinion.
Nous groupons ces observations en :
. — Indications principales ;
a) Maladie de Simmonds (40 cas) 3
b) Aménorrhées et hypoplasies cénitales d'origine hypophysaire (6 cas) :
c) Diabète insipide (15 cas).