LOUE
Condition de l'Etat pour atténuer les effets des grèves.
Il faut reconnaître qu’une pareille solution est gènante pour les commerçants, pour les industriels, pour les ouvriers, pour la nation entière.
Il y a à cela un remède, il faut organiser le travail, le soustraire aux influences politiques, électorales. Il faut que les ouvriers redeviennent des ouvriers et quittent la profession d’électeurs. Le syndicalisme intégral donnera à leurs associations un patrimoine et une responsabilité ; cette responsabilité dont on veut faire supporter la charge à l'ouvrier isolé. Le syndicat traitera de puissance à pussance avec les patrons. Chaque partie agira dans la plénitude de ses franchises et de ses privilèges.
Tout cela suppose une organisation politique indépendante de l'opinion. A la loi de l’or, du capitalisme démocratique, égalitaire, étroitement, mesquinement Juridique, il faut substituer la loi du sang, dela compétence et du métier.
Nous ne pouvons ici insister surces points. Cela sortirait du cadre de cette modesteétude. Nous avons voulu simplement signaler la solution naturelle et logique du conflit permanent, endémique qui dresse, l'un contre l'autre, capital et travail. Les confits locaux ou partiels n’en seraient, peut-être, ni moins
aigus, ni moins fréquents ; mais une vue plus juste de l'intérêt familial, corporatif, national, substitué au mesquin et égoïste intérêt individuel, une confiance réciproque plus grande, le sentiment de la responsabilité développé, permettraient la solution amiable de la plupart avant qu'ils ne deviennent irréparables. Pour le reste, les interventions de l'Etat exerçant son droit de haute police les solutionneraient conformément aux privilèges de la corporation et à l'intérêt public.
De cette étude historique et juridique il faut conclure que la grève est un état de droitet qu’elle constitue en même temps au profit de l’ouvrier — comme le licenciement au profit du patron — un droit.
Mais il convient d'ajouter : par là même qu’il appartient à la collectivité, 1l doit être exercé non parles ouvriers réunis aux hasards des revendications plus politiques que professionnelles, mais par des ouvriers groupés en syndicats permanents, responsables, parce que doués de la pleine personnalité civile, de la possession d'Etat qui ferait peser sur eux la lourde responsabilité de la richesse, de la propriété. C'est ainsi d’ailleurs que se tempèrent tous les droits par un devoir correspondant de responsabilité en cas d'abus.