LE MOUVEMENT SYNDICAL CHEZ LES AGENTS DESDIVERS-SERVIGES PUBLICS
Le mouvement syndical ne pouvait pas manquer de s'étendre aux agents des services publics.
Il ya une antinomie profonde entre la situation faite au fonctionnaire etle régime démocratique.
Voilà un agent qui doit à son supérieur hiérarchique obéissance passive ; etqui cependant ne laisse pas d’être son égal devant la loi.
Bien plus voilà un agent humble, un cantonnier, qui dans tout ce quitouche au service public auquel il appartient doit se plier docilement à une discipline étroite et qui en droitet en fait, par l'intermédiaire de son représentant est le juge de son chef suprême, le
Ministre des Travaux publics ! Naturellement, ces 4 G
agents penseront : Mais la compétence et les égards que l’on nous accorde quand :l s’agit de politique générale, de la direction suprême du pays, pourquoi ne nous les accorderait-on pas quand il s’agit de diriger un service public que nous connaissons ?
L'administration, telle qu’elle est organisée, est d’ailleurs sortie toute armée du cerveau de Napoléon, dont on peut bien dire qu'il fut un dictateur et même un tyran. Il supprima l'Etat en l’absorbant tout entier et créa les administrations. Depuis l'Etat n’a pas été reconstitué; mais les administrations ont subsisté avec leur discipline comparable à celle de la grande armée, leur hiérarchie étroite, leurs habitudes, leurs mentalités, leurs chinoiseries paperassières.
L'Etat a disparu du jour où il a voulu trop embrasser. A ses missions jadis traditionnelles : ordre et justice, diplomatie et défense nationale, il a ajouté toute une série d’occupations, de métiers, de professions, qui l’étouffent. Il est devenu maître d'école, fabricant d’allumettes, de cigares, de cigarettes, marchand de soupe, il s'est improvisé entrepreneur de transports, il a même voulu faire la charité. Toutes choses pour lesquelles il n'est pas fait, qui sont étrangères à son essence d'Etat libre et justicier. Il a cessé d’être l'Etat pour devenir un patron. Comment ses employés, ses salariés, en plein mouvement révolutionnaire, n’auraient-ils pas écrit, eux aussi, leurs cahiers de revendications et prétendu lui imposer leurs desiderata ?
PER Rec
Il faut donc reconnaître que ces mouvements sont assez logiques. On ne peut que mal aisément séparer le fonctionnaire du citoyen, le contrôlé, le soumis, du contrôleur, de l'électeur. Le contrôleur, l'électeur, appuiera, naturellement, de tout son pouvoir l'élu quile protégera et c’est ainsi qu'est né le favoritisme (1). Un mouvement de protestation inverse ” s’est créé, surtout chez les petits, moins à même de se faire pislonner que les grands. Et voilà la lutte et voilà une contingence faite pour exciter et porter au paroxysme les jalousies fondamentales nées de l’antinomie que nous avons signalée.
A une époque où chacun réclame des garanties, un contrat de travail, un statut, les fonctionnaires n’ont pas échappé à l’évolution associationniste. Il n’y a pas encore vingt ans — puisque jusque vers l’année 1898-1899, ils sont hésitants, — que les fonctionnaires ont pris conscience de leur force, c’est qu'ils ne savent pas ce qu’il leur est loisible de faire ; ils ignorent s’il est de leur devoir ou de leur intérêt d'agir. Quelques catégories d'agents se groupent, par un vague sentiment de solidarité, sans but défini. Leurs unions restent locales, peu nombreuses ; ce sont surtout des sociétés de secours, de mutualité, des cercles de camarades. Quelques-unes d’entre elles commencent cependant à s'émanciper. Elles causent avec
(1) V. Georges Cahen. Les fonctionnaires, chapitre IT.