L'ETRES
L’Etat-patron.
Toutefois cherchons s’iln’y a pas des agents payés par l'Etat et attachés à des services exploités par lui à l'égard desquels ces principes puissent fléchir. Cherchons si parfois l’Etat n’est pas un simple patron. Certains l'ont pensé.
Et notamment les socialistes. Ils ont considéré l'Etat comme un patron, en tant qu’il emploie des postiers, des télégraphistes, des cheminots. Les postes, les chemins de fer, les télégraphes ne sont pas nécessairement des attributs de l'Etat. On peut concevoir des pays où tous ces services soient exploités par des particuliers. En France les postes, les télégraphes n’ont pas toujours été services d'Etat ; etil n’y a pas un demi-siècle que le téléphone était exploité par une Compagnie privée. Aujourd’hui encore,les chemins de fer sont à l'exception d’un seul réseau,exploités par des Compagnies.
Donc concluent, les syndicalistes, l'Etat n’a fait que succéder à un patron ordinaire dans des services qui sont, au fond, des entreprises commerciales. Erreur ; les postes, les télégraphes, les téléphones rendent de très grands services au commerce et à l'industrie. Et c'est là justement une raison pour laquelle il convient de ne pas considérer l'Etat comme un patron et de ne pas accorder aux employés des P. TT. le droit de grève.
L'Etat remplit là une fonction de serviteur. Il doit rendre ce service puisqu'une fois il s’en est chargé. À l'heure actuelle, dans l’état de civilisation auquel les sociétés sont parvenues, supprimer ces communications c’est ramener le commerce, l’industrie, l’agriculture à ce qu'ils étaient au début du XIX' siècle. Les syndicalistes révolutionnaires qui ne parlent que de progrès, de civilisation, en réclamant l’assimilation de l'Etat à un patron et le droit de grève pour les fonctionnaires, ne tendent à rien moins qu’à rendre vains les progrès accomplis dans l’ordre scientifique et économique.
Et l’on sent bien qu'alors même que l'Etat n’exploiterait pas les Postes, Télégraphes et Téléphones, le droit de grève ne pourrait pas être accordé aux employés de ces services. Ce qui fait la qualité d’un service public c’est, non pas le fait, que l'Etat le dirige mais que ce service rend service au public.
Mais cherchons encore. Les employés des services fiscaux peuvent-ils faire grève ? Les allumettiers, les employés des manufactures de tabac, des poudreries,ne peuvent-ils pas soutenir que l'Etat est à leur égard un véritable patron ? A nos observations d’intérêt général, de service public ne peuvent-ils pas répondre : Est-il d'utilité publique qu’il y ait des chasseurs, des fumeurs ; ne peut-on pas avoir du feu de mille autres moyens qu’à l’aide d’allumettes ? Fort bien, disons-nous. Mais ces services sont institués moins en faveur des particuliers qu’en faveur de l'Etat. Etant