‹ La Grève Dans Les Services PublicsChapitre 20 sur 29 · JEU · texte numérisé non relu

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situation de l’agent qui est au service d'une compagnie privée. À l’heure actuelle, j'attends que l’on me démontre que les ouvriers et employés des chemins de fer n’ont pas le droit de se mettre en grève, qu'ils n’en ont pas le droit légal » (Très bien! Très bien! à gauche. Protestations à droite et au centre).

Les arguments de M. Barthou - arguments du gouvernement — furent rétorqués par M. Ribot à la séance suivante, dans un magnifique discours. Sans se soucier des mesquines considérations développées par M. Barthou sur les fonctionnaires qui ont prêté serment et qui par conséquent, d’après lui, sont les seuls à ne pas avoir le droit de grève, M. Ribot prit dans l'argumentation du ministre le point essentiel celui de la légalité, et l’opposa à l’ordre public : « Si vous voulez dire tout simplement que la loi pénale ne permet pas de punir les ouvriers des chemins de fer qui se mettent en grève, ce n’est pas la peine d’affrmer que c'est une thèse nouvelle apportée à la tribune. Cela est trop clair, mais cela pourrait aussi nous amener bien loin, et plus loin que vous nele pensez, car le droit pénal, que je sache, ne punit pas davantage la grève des fonctionnaires. Au-dessus de la loi il y a les devoirs de la fonction et les obligations de l’ordre public. » Et M. Ribot ne craignait pas de dire qu’on préparait « l'anarchie et le chaos ». M. Ribot n'était pas opposé à une loi sur le statut des fonctionnaires, accordant des garanties.

Il alla même jusqu’à faire remonter jusqu’au régime

LL TRES électit lui-même les déclarations intéressées de M. Barthou avant les élections législatives : « Vous me direz peut-être — mais vous ne nous le direz pas, car 1ly a des choses que l’on pense et que l’on ne dit pas — que le moment n’est pas bon, parce que nous sommes trop près des élections et que les employés des chemins de fer forment une grande clientèle électorale, mais il y a beaucoup d’autres clientèles électorales, et c’est de cela Messieurs que nous souffrons, c’est de cela que nous mourrons.» [ci M. Clémenceau proteste et M. Ribot réplique : «On subordonne des intérêts permanents, supérieurs du pays à des considérations secondaires électorales. C’est de cela que la France souffre et c'est de cela qu’elle peut mourir un jour ». D'ailleurs, les deux thèses en présence se manifestèrent beaucoup plus clairement encore, M. Ribot disait : « Cela m'est bien égal que les uns aient prêté serment, que les autres n'aient pas prêté serment; je ne regarde que l'intérêt national ». M. Clémenceau répliqua: « Cela ne vous empêche pas d’être obligé de respecter le droit indipiduel ». Voilà les deux mots qui jugent le débat. Raison d'Etat ? dira-t-on. Et pourquoi pas? Sans l'Etat que seraient les individus ? Et la civilisation ne se mesure-t-elle pas au degré d'indépendance et de puissance des Etats ? On voit à quelle hauteur atteint le débat. Il touche au principe même d’où découle toute notre vie politique, depuis la Révolution, aux Droits de l'Homme et du Citoyen.

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