‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 13 sur 436 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

SUITE

Étrange misère de Thomme ! infinie petitesse ! Nous ne pouvons voir Dieu sans cesser à l'instant même de le voir. On dit que Dieu est couvert d'un nuage : non, ce n'est pas vrai ! L'intelligence divine éclate dans toute la Nature, nous vivons pour ainsi dire en pleine Divinité. Subjectivement, objectivement, nous trouvons Dieu. Nous le sentons en nous, nous le découvrons dans chaque grain de poussière. Prenez un microscope, et regardez cette goutte d'eau : vous y trouverez des mondes, et vous y trouverez Dieu. « Je n'ai besoin que de ce fétu de paille, » disait Vanini à ses juges, « pour me prouver l'existence d'un Etre créateur». Dieu n'est donc pas couvert d'un nuage. S'il était couvert d'un nuage, ce serait la nuit. Mais non, il est lumineux, resplendissant, c'est le jour.... et en même temps c'est la nuit.

Oui, c'est la nuit.... Lalande regardait les étoiles, et ne voyait pas Dieu... a Je n'ai jamais rencontré d'âme sous mon scalpel, >» me dit un jour un savant parmi les savants; il n'avait pas plus rencontré Dieu qu'il n'avait rencontré l'âme.

LIVJiE II. 19

Omysttee! la moitié de l'Humanité est athée, l'autre moitié est croyante.

Un siècle est croyant, celui qui le suit est athée. Newton croit fermement en Dieu^ ses disciples raillent la foi de leur maître. Après l'athée Lucrèce, le croyant Virgile; après Milton, qui chante Dieu, Byron, qui le cherche et qui ne le trouve pas.

Nous sommes comme la planète que nous habitons : un hémisphère voit le soleil pendant que l'autre est dans l'obscurité. Notre lye, à cet égard comme à tant d'autres, est une alternative : c'est comme la systole et la diastole da cœur, comme la veille et le sommeil, comme l'acte d'inspirer l'air et l'acte de l'expirer.

Nous inspirims Dieu, si j'ose ainsi parler, et nous l'expirons tour à tour.

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