LIVRE II. l*i
négation de toute la religion du Fils !... Tu n'adores donc que Dieu le Père!...
Dis-moi , est-ce que tu es le premier homme qui ail été ému en voyant la Lune monter à Thorizon ? Là, tout près de nous, dans Tile de Sain, il y avait un oracle de la Lune desservi par les Druidesses. Ce que tu as éprouvé, ce sentiment de la grandeur de Dieu manifestée par la lumière de cet astre, ces filles des forêts Tout senti avant toi.
Tous les poètes de l'antiquité l'ont également senti. Pindare appelle la Lune l'œil de la nuit, et Horace la reine du silence : Diana quœ silentium régis. Virgile, qui s'entend si souvent avec Horace, promène Nysus et Euryale, ces deux amis, per arnica silentia Lunœ. •
Tous les écrivains de ce siècle ont peint des Levers de Lune. Chateaubriand fait lever la Lune quand il enterre Atala. La Lune vient répandre dans les bois ce grand secret de mélancolie qu'elle aime à raconter aux vieux chênes et aux rivages antiques des mers. L'incrédule Obermann est célèbre pour avoir vu lever la Lune sur le Vélan. Son livre est tout plein de la Lune : c'est cette lumière qui lui fait voir la Nature. Il ressemble, lui, aux oiseaux de nuit, il fuit le Soleil, il aime la Lune* Quand elle se lève, c'est alors qu'il s'élève; c'est alors qu'il rêve sur cette Nature inconcevable qui, contenant toutes choses, semble pourtant ne pas contenir ce que cherchent nos désirs.
Tu aurais du penser que ce que tu voyais en toi était en germe ou développé dans tous les hommes. Ce qui t'appartient à toi, c'est le rapport étrange que tu as été saisir.
Mais sais-tu pourquoi ce rapport, bien que bizarre.
a un air de vérité et de grandeur, un air de religion ? Précisément à cause de cette religion du Fils que tu nies. Si cette religion n'avait pas été avant toi, tu n'aurais pas vu ce rapport, et ce rapport même n'existerait pas.
Âs-tu réfléchi quelquefois à ceci : Comment la Poésie existe ?. . .