‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 171 sur 436 · LIVRE II. r · texte numérisé non relu

LIVRE II. r

ses trois hôtels, de laeaTe au grenier, pleins de monceaux de livres ; il achetait pour mettre au tas.

Pendant que je cherchais à démêler ce vieillard, qui semblait encore sain et dispos, et dont je voyais Toeil fauve briller sous ses lunettes, il s'avança lestement vers Hugo; et, avec un sourire vraiment amical, nullement ironique, il lui dit : Prends garde aux tables! !!

^— Mon fils, continua-t-il , il est parlé dans TÉcrilure de neuf espèces de divination. La première se faisait par l'inspection des étoiles, des planètes, et des nuées : c'est l'astrologie judiciaire ou apotélesmatique , que Moïse nomme Memen, La seconde est désignée dans l'Écriture par le mot Menachesch, que la Vulgate et la plupart des Interprètes ont rendu par celui d'Augure. La troisième y est appelée Mecaschephy que les Septante et la Vulgate traduisent maléfices ou pratiques occultes et pernicieuses. La quatrième est celle des Hober ou enchanteurs. La cinquième consistait à interroger les esprits pythons y qui me paraissent avoir beaucoup de rapport avec les somnambules. La sixième, que Moïse appelle des Judeoni, était proprement le sortilège et la magie. La septième s'exécutait par l'évocation et l'interrogation des morts, et c'était par conséquent la Nécronuincie. La huitième était la Rabdemande 9 ou sort par la baguette ou les bâtons, dont il est question dans Osée, et à laquelle on peut rapporter la Bélomanciey qu'Ézéchiel a connue. — C'est celle-là en ce moment, mon fils, que je redoute pour toi. — Là neuvième et dernière èlSLil V Hépatoscopie , ou l'inspection du foie. Le même livre fait encore mention des diseurs de bonne aventure, des interprètes de songes, des divi-

f7é LA GRÈVE DE SAMAREZ.

ûatians par l'eau, par le feu, par Tair, par le vol des oiseaux, par leur chant; par les foud^es', par les éda1r$ et en général par les météores, par la terre, par des points, par des lignés, par les serpents, etc y elc^

Je ne te parle pas, poursuivit le Vieux Savant, de tou9 les modes de divination qu'employèrent les Grecs et les Romains , ou qu'on connut au Moyen Age. C'est une science immense , et je sais que tout n'est pas illusion dans ces faits miraculeux. Nul doute même que, comme ceux que nous appelons naturels, ils ne tiennetit à des causes aussi réelles que celles qui président au mouvement des astres et à tous les autres phénomènes de la nature. On les expliquera, ces cau^s, on les connaîtra un jour. Je ne suis donc pas de ceux qui professent rincrédulité en cette matière. H y a plus de choses, comme dit Shakspeare, entre le ciel et la terre, que la cervelle humaine n'en peut comprendre, ou du moins qu'elle n'en comprend aujourd'hui. Mais le mécanisme de tous ces phénomènes étranges est encore bien inconnu. C'est une mer féconde en naufrages. 11 n'y a pas plus de vaisseaux engouffrés dans l'Océan que de grands esprits perdus dans ces abîmes. Gomme ce Romain qui avertit César en lui disant : a Prends garde aux ideç de mars, » je dis au César des poètes : Mon fils, prends garde aux tables ! ! ! Je connais ton courage ; tu dis^ avec Corneille :

Et qui veut tout pouvoir doit savoir tout oser.

Et moi je te réponds avec Corneille :

Et qui veut tout pouvoir ne doit pas tout oser.

A peine le Vieux Savant avait-il achevé ces dernières

paro^ qu'on éclMr siltobna la dm, illamina le rocher, les FMldntis^ h. motei te rivage^ et fut anivi presqoe instantAQément d'un époutantabit coup de tonnerre répété sourdw^ent par les flots et avec éelat par tous lês éehoH à0 nie.

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