CHAPITRE XV
ERIPUIT COBLO fULMEN.
Quand le bruit du tonnerre eut cessé,
— Vive la Science! s'écria Seigneuret, et g^oir^ à Franklin, qui
Ravit la foudre au ciel et le sceptre aux tyrans.
— Eripuit cœlo fulmen sceptrumque tyrannis, dit le Vieux Saluant.
— Citoyens, continua Seigneuret, ce coup de tonnerre semble venu tout à point pour montrer au citoyen Hugo ce que doit être la poésie de Tavenir. Au lieu de cberclier l'Eucharistie dans la Lune, je l'engage à faire un poème sur le fluide électrique.
Les Fantômes se livrèrent à un nouvel aecès d'hilarité.
— Je oç sais, reprit l'orateur, ce que je dois conclure de yos> xiv^; mais la question est plus grave que voua ne croyez, elle est immense. Il s'agit de toutes le$ supereti*tions qui ont encombré et qui encombrent encore la terre. Dupuis et d'autres ont éclairé l'origine de toutes les religions. Toutes se rapportent à l'adoration du Soleil, de
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la LuDe, et des Planètes. Les hommes «frappés surfout de ces deux globes lumineux qui brillaient sur tous les autres avec tant de grandeur et de régularité, se persuadèrent aisément que c'étaient là les maîtres du monde et les principaux dieux qui le gouvernaient. Ils les crurent animés; et, comme ils les voyaient toujours les mêmes et sans aucune altération, ils jugèrent qu'ils étaient immuables et éternels. Mais on ne s'arrêta pas là. Tous les phénomènes de la Nature furent divinisés; et, parmi ces phénomènes , la Foudre obtint le premier rang. Quelle était autrefois, je vous le demande, la plus solennelle manifestation de ce qu'on appelle la Divinité?
— C'était le tonnerre, répondirent plusieurs voix.
— Et c'est, ajouta le Vieux Savant, ce qui a fait dire à un poète que la crainte a donné naissance à tous les dieux de l'Univers : Cunctos in orbe Deos fecit timor. Le Ciel, suivant la Fable, ayant été délivré par Jupiter de la prison où le tenait Saturne, lui fit présent delà foudre, qui le rendit maître des dieux et des hommes. Jupiter ne marchait jamais sans sa foudre.
— C'était sa Garde Impériale, dit un des Fantômes. ^Mais quand il avait lancé son dard? dit un autre.
— Oh! répondit le Vieux Savant, il en avait de rechange. Je ne sais combien de forgerons étaient toujours occupés à lui en fabriquer : c'étaient les Cyclopes.
— Et comment s'y prenaient-ils? je voudrais le savoir, moi qui suis forgeron, demanda un autre Fantôme.