‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 205 sur 436 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

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grand poète, continuai-je , mes regards fixés sur Hugo, il en est temps encore, ta vie n'est pas finie. Si l'Art est dans un abîme, ne saurais- tu l'en tirer? S'il a fait fausse route, ne pourrais-tu le remettre dans sa voie?

Si la théorie de l'Art est une erreur, ne devrais-tu pas y renoncer, et dire ton meâ culpâ ?

Je t'affirme qu'en te parlant ainsi, je n'ai d'autre mobile que la Solidarité qui nous unit tous, et qui fait de tous les hommes un seul homme.

Cependant je pourrais aussi alléguer l'Amitié , continuai-je. On doit à ses amis la vérité. Je n'ai jamais été de ta Camaraderie; mais j'ai toujours été, si on peut s'exprimer ainsi, de ton Amitié.

Tiens! laisse-moi me retracer un souvenir. J'étais jeune, plus âgé pourtant que toi , plus âgé d'un grand lustre. Je m'étais fait volontairement ouvrier imprimeur. Un jour, ou me donne des vers à composer. Je trouve ces vers fort beaux ; je ne savais pas qui les avait faits. Tu rapportas toi-même l'épreuve à l'atelier. Ce fut alors que je te vis pour la première fois. Oh! tu peux bien , comme Ovide, te vanter d'avoir été un poète précoce :

Et quidquid tentabam scribere versus erat.

Ton habit bleu était trop court pour ta taille, et tes bras, qui avaient grandi, dépassaient de beaucoup tes manches. Si nous avions été, nous autres ouvriers, diseurs de belles paroles comme M. de Chateaubriand, nous t'aurions comme lui, avant lui, appelé V enfant sublime.

C'est donc moi qui ai imprimé tes premiers vers, ou du moins qui ai tiré de la casse les lettres qui servirent à les imprimer.

Nous sommes loin, bien loin de ces anciens jours; le sablier de notre vie a coulé, il est presque écoulé. J'ai une révélation à te faire.

Je regardai Hugo. Sa figure exprimait la tristesse et la raillerie.

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