CHAPITRE X
l'esthétique de byron
On lui parlait du parti que la Poésie pouvait tirer du Christianisme. Il sourit avec un air d'incrédulité, et voici ce qu'il répondit :
« Sur les huit cent millions d^hommes qui peuplent aujouru d'hui le globe , on ne compte que deux cent millions de Chrè- « tiens. Que deviendront les six cent millions qui ne croient « point , et ces incalculables millions qui ont vécu avant la venue « du Christ? 9
On osa lui soutenir que le Christianisme, sans révélation nouvelle, parviendrait à convertir TUnivers tout entier, et aurait un effet rétroactif sur les trépassés. Cette fois il rit beaucoup, et il répondit :
« Les Anglais ne rêvent que sociétés de missionnaires et mis- « sions à envoyer dans TOijent. On m'a proposé de souscrire « pour ces établissements, une fois, avant ^ue j'eusse quitté « l'Angleterre, et plusieurs fois depuis. J'ai toujours refusé. « Catholiques et Protestants rivalisent depuis un siècle à qui a fera des prosélytes. Eh bien ! quel a été le résultat de tant « d'efforts et de soins ? Combien a-t-on converti d'hommes parmi « les quatre-vingt millions qui peuplent Tlnde? Sir John Mal- « colm dit un jour chez Murray que los Padres (c'est ainsi qu'il « appelait les Missionnaires] n'avaient opéré que six conversions « à Bombay pendant tout le temps qu'il y était resté., et que <t même ce petit troupeau noir abandonna ses pasteurs quand le a rhum fut bu; leur foi s'évaporait avec les fumées du rack.
« Gomment le Christianisme séduirai l-il les Indiens? Ceux-ci
« croient qu^ils ont eu neuf Incarnations , et les Chrétiens pré-
« chent que notre Europe n*en a eu qu'une. Voilà donc, pour les
ix Indiens, un avantage de neuf contre un, d'après la doctrine
a même des convertisseurs. Il y a bien d'autres raisons à donner
if de rimpuissance du Christianisme. Les Salomons de TOrient
« ne sacrifieront jamais leur doctrine polygame, Une femme en
« ce pays est vieille à vingt ans. Comment feront les hommes ?
<t Ils ne sont pas tous des saint Antoine. »
On revint à la question, en lui demandant s*il n'avait jamais trouvé une sorte de charme au service divin de l'Eglise Anglicane :
<r II est impossible, dit-il, à un homme sensible de ne pas « éprouver, au milieu des cérémonies de ce culte , un sentiment « religieux. Cependant le Christianisme n'est pas la meilleure « source d'inspiration pour un poète. Un poète, au temps où . « nous sommes, ne doit pas être enchaîné à une pareille pro- « fession de foi. »
Mais, lui' dit-on, expliquez-vous. Où puisera-t-il ses inspirations ? Il répondit :
« A trois sources : 1® dans la Métaphysique, 2® dans la Nature, \ et 3** dans des opinions précisément contraires à la Genèse sur « l'origine du monde. »
La conversation n'avait plus de but ; tout était dit avec précision. Cependant on insista ; on lui cita Le Tasse et Milton, qu'on lui donnait pour des poètes Chrétiens. De nouveau il rit beaucoup •.
« Ces deux poètes ont écrit sur des sujets Chrétiens, il est vrai ; « mais comment les ont-ils traités? Là Jérusalem Délivrée n'a,