CHAPITRE XIX
SUITE
C'est le sort des émigrants! Voyez-vous ces troupes d'hommes^ de femmes, d'enfants (des millions depuis
quelques années)^ qui quittëat leur pays, Tlrlande, la France, PAUemagne, pour aller en Amérique ? Les voilà qui marchent avec leur bâton de voyage, portant leurs petits-enfants dans leurs bras, sur leurs dos, et suivis des plus grands. Ah ! je verse des pleurs» tout vieux que je suis , en songeant à ce que j'ai vu! Ils font ainsi péniblement des centaines de lieues; ils arrivent enfin sur les bords de la Tamise, de TElbé, de la Seine, où on les a attirés par Tappât d'un passage peu coûteux , et par toutes sortes de promesses quand ils seront là^as !
Auri sacra famés! on les embarque : sur quoi ? sur des planches pourries, sur des navires vermoulus. Et puis , un mois après, tous les journaux du monde racontent un affreux naufrage, comme celui de la Méduse, plus affreux peut-être, si l'horreur s'accroît en raison du nombre des naufragés.
Vous avez sans doute entendu, Mesdames, le chant des émigrants, ce chant mélancolique, qui a l'air d'une marche, et qui est une plainte : CAe^r, boys, cheer!