CHAPITRE V
SUITE
Mais venons à Ryron, et voyons ce que pensait de lui le futur Ministre de Tlnstruclion Publique , avec approbation (je le dis à regret) de Béranger et de Lamennais :
« Le Faust de Byron , c'est Manfred , c'est Caïn , c'est Don Juan, c'est Harold, c'est le Giaour, c'est le Corsaire, c'est Lara; c*est un Faust anobli, lord Faust, membre du haut parlement d'Angleterre, posant les grands problèmes du doute dans son château de Newstead ; c'est Vimpuissance aristocratique. Lord Byron résume dans ses créations toute la beauté de l'aristocratie ancienne. A ses types il donne la jeunesse, la force, le courage, Tamour, toutes les qualités brillantes; ses types ainsi embellis, il les brise. L'aristocratie a été grande ; elle ne le sera plus ; il la maudit. Il lui met la couronne sur le front, et la livre au bourreau. Il amplifie sa gloire passée , pour faire ressortir le néant de son avenir ; il la déclare regrettable, mais déchue.
« Il y a deux natures dans Byron , et un duel entre elles deux : la nature humaine et progressive foudroie la nature aristocratique et condamnée. Toutes deux sont héroïques ; l'une pousse l'autre dans l'abîme ; celle-ci y entraine celle-là ; et, avant que ce suicide s'accomplisse, la voix vibrante du poète insulte Dieu et l'humanité. L'aristocratie ne pouvait pas mourir chrétiennement , au milieu de l'encens et des cantiques ; elle avait trop de brigandages sur le coeur ; elle devait crever en blasphémant.
« Lord Byron , qui venait d'en haut , qui avait traversé Taristocratie , qui avait , avec son œil d'aigle , vu ce qu'elle valait , jugea qu'elle était pourrie jusqu'à la moelle, corrompue dans son sang et dans ses chairs , complètement irréparable. Il pensa donc qu'il fallait lui faire des funérailles dont on se souvint. Pour ce
De Profanais , il convoqua toutes les muses amères et ricaneuses qu'il avait rencontrées dans ses rêves. Cette effroyable musique lui causa un cauchemar dont il mourut. »
Quel étrange jugement! Je ne puis lui comparer que le jugement sur Goethe.