‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 24 sur 436 · LE I^OCHER DES PROSCRITS · texte numérisé non relu

LE I^OCHER DES PROSCRITS

Tout en pensant ainsi en moi-même, j'étais arrivé à l'endroit où une rangée de maisons empêche de suivre le bord de la mer. Un gros rocher s'élève en avant de ces maisons, et leur sert de promontoire. On l'appelle (c'est nous qui lui avons fait donner ce nom) le Rocher des Proscrits.

Cette pierre barrait le chemin du rivage bien des siècles avant qu'aucun homme pût en fouler le sable. Un partisan des Causes finales dira-t-il que la Providence l'avait créé tout exprès afin que les hommes vinssent un jour y adosser leurs cabanes ?

J'ai souvent rencontré, en parcourant la Suisse, un chalet abrité sous une roche. A deux pas de là un bloc tout semblable s'est détaché de la montagne. L'insensé

qai a construit ainsi s^ demiBitre n'a^t^il donc p9$ pensé que son toit pourrait l'écraser ?

N'importe ! l'iionïiîie est si transitoire, qjie iL^ fprow toujours changeante de la Nature lui paraU éterpeU^. ]Ët puis cet homme s'est dit : C'est la Providence qui a fait les rochers pour nous servir de toit.

Il est bien certain q^% \?l haute mer ce gros b|pe de granit que j'ai devant les yeux, aidé du monticule 4e sable qui s'est amoncelé derrière lui, et où il est comme engravé, empêche ces maisons d'être inondées ! Mais l'argument des Causes finales pourrait encore ici, d'un moment à l'autre, avoir tort. Que faudrailr-il pour cela? Bien peu de chose : une grande marée, avec un vent favorable ; une secousse de la terre peut-être. La terre est-elle chiche de ces légères émotions qu'on appelle des tremblements? L'an dernier, toutes les maisons de Saint-Hélier tremblèrent.

Ne peut-il pas arriver ce qui est arrivé déjà ? Jersey n'a pas toujours été une ile. Où je vois des flots, c'était la terre autrefois. Les Druides se promenaient au puilieu des grands chênes, 1^ où le vent ne reiicontre 4'autr« obstacle, que quelques pointes de granit.

Voyez-vous cette élévation qui était darrière iRpi tout à l'heure pendant que je marchais , ce petit mop>t co(^ vert d'un bouquet d'arbres, qui doqine la maison d'où je viens de sortir? Si votre œil était assez perçant, vous y découvririez un Autel Druidique. J'ai vu lever le soleil, assis sur les pierres de cet autel, où, au lever du soleil, les prêtres d'Esus faisaient couler le sang des victimes.

Après les Druides , vinrent les Moines Chrétiens, ces novateurs en leur temps. Les uns vivaient en ermites au

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