‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 327 sur 436 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

«( noD pitts que les prés d*eau, les abeilles de cytise, les « ohèvres de feuillage :

41 The metdows witli firesh streams, the bées with thyme, « The goals with Ihe green leaves of budâing spring, a Are satarated not , — oor LoTe with tears. •

Es-tu con lente? je l'ai servi tes trois vers !

— Et crois-tu que le souvenir de Gallus me rendra moins sensible aux souffrances de Sbelley?

— Non, dis-je. La similitude des situations dans des temps si divers indique seulement une sorte de loi de continuité qui n'est pas sans charme; elle corrige ce qu'il y a de trop atroce dans la fatalité. Il nous faut toujours généraliser; car à quoi servent les faits particuliers, sinon à en tirer une conséquence? Nous généralisons donc, et nous disons : Vamour rC est jamais rassasié de larmes. Et cela nous calme et nous console.

Mais laissons la parole à Sbelley :

« le cberaneb^is un soir avec le comte Maddalo sur le rivage qtti brise les flots de TAdriatiqae, près de Venise : une grève nne, des montienles de sables toujours mouvants, nattés de chardons et d'herbes amphibies; comme la vase salée, quand elle embrasse la terre ferme , en produit ; plage inhabitée que le pécheur solitaire abandonne aussitôt que ses filets sont secs. Nul objet n'arrête la vue, si ce n*est quelque arbre rabougri, et, çà et là, un petit nombre de poteaux brisés , jamais réparés. Au bord , une bande étroite de sable uni, que la marée dépose. C'était notre habitude de nous promener à cheval en ce lieu pendant que le jour baissait. Cette promenade faisait mes délices. J'aime tous les lieux vastes et solitaires, où nous goûtons le plaisir de penser que ce que nous voyons est sans limites , comme nous voudrions

que nos ftmes le fassent. Or tel était cet immense océan , et ce rivage plus stérile que ses vagues. Et encore , pa)r-rdessas tont , j*aime, avec un ami que je considère, à chevaucher comme je faisais alors. Car les vents nous chassaient Técume vivante , à travers Tair embrasé de soleil, en plein visage; les cienx bleus étaient ouverts, dégréés.dans toute leur profondeur par le nord (i], qui s'éveillait ; tandis que, du sein des vagues, sortait comme une musique délicieuse , en harmonie avec la solitude , qui versait dans nos cœurs une gaieté céleste. »

-^ Voilà un poète qui sait chanter et nous faire chanter, remarqua la Voix dans l'ombre.

9 Tout en chevauchant , nous causions^ et la pensée rapide, se donnant des ailes avec le rire , ne s'arrêtait pas , mais volait de cerveau à cerveau. Telles furent nos réparties, chargées des légers souvenirs des heures que nous nous retracions, — toutes se pressant trop pour être graves , — jusqu'au moment où nous rentrâmes en nous-mêmes; ce qui toujours dompte Tesprît. La journée avait été belle , mais froide , et maintenant le soleil baissait, et le vent aussi. Notre conversation devint tant soit peu sérieuse, comme peut être une conversation 0% Ttronie tout à coup se jette à la traverse , et qui ne se prolonge qu'en se mo» quant d'elle-même , parce qu'elle ne saurait méprisek* les pensées qu'elle voudrait étouffer. Elle était désolée, et cependant plaisante ; telle qu'autrefois « au dire des poètes , les Diables en tenaient dans les vallons de l'Enfer, concernant Dieu, le Libre Arbitre, et la Destinée. De tout ce (}ue la Terre a été ou peut encore devenir... »

— Ah ! ah ! interrompit là Voix dans l'ombre , j'aper-

(1) Le vent du nord.

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