QUELLE ÉTAIT CETTE LOUISE
Ah ! pauvre Louise ! toi dont la poésie fut la passion, peut-être la folie, la Mort, comme pour plaire à ton cœur.
i6 LA GREVE DE SAMAREZ.
fa rapprochée d*un grand poète! Victor Hugo a fait un discours sur ton cercueil. Il t'a peinte arrivant à Jersey par une froide matinée pluvieuse, à travers les brumes de la mer^ râlant et grelottant sous ta robe de toile toute mouillée.
Malheureusement il ne te connaissait point, et il ne prit pas le temps de pénétrer au delà des apparences. Il fit donc comme Simonide; il dit quelques mots sur son sujet, et puis parla d'autre chose, de Castor et de PoUux.
Ainsi le Sort implacable qui le poursuivit toujours ne t'a pas épargnée même alors. Tu es restée inconnue à celui qui a fait ton oraison funèbre, et cette grâce d'avoir un tel orateur pour panégyriste a été comme une dernière raillerie delà Fortune. Il était écrit au livre du Destin que tu aurais tout sans rien posséder, tout nominalement sans rien avoir, droit à tout sans usage, investiture réelle et chimérique à la fois, que rien ne te manquerait et que tout te ferait défaut : noblesse, illustration, richesse, beauté, poésie, amour, et jusqu'aux honneurs du tombeau !
Pendant que Hugo ne parlait pas de toi, moi qui te connaissais j'évoquais dans ma tête ton destin.
Vraiment la réalité fait quelquefois des merveilles auxquelles toute rimagination des poètes ne saurait atteindre. La Mort est bien étrange! la voilà qui apporte à Jersey le corps d'une prolétaire de Paris, d'une ouvrière, d'une femme du peuple :.... et il se trouve que cette prolétaire de Paris était de la plus haute noblesse de Portugal; que cette ouvrière, qui gagnait sa vie à faire des bonnets, avait, sur les bords du Tage, bien des champs qui lui appartenaient; que cette femme du peuple, enfin, descendait des rois et des héros.