‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 43 sur 436 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

montrai à Fâure le nom de Lamennais écrit à l'angle d'une rue qui débouche sur cette route : Lamennais Place,

Ah ! comme il a été bien inspiré celui qui , profitant du droit que chacun a de nommer comme il veut les constructions qu'il élève , se trouve avoir donné a cette rue un nom qui lui restera! ami, ami illustre! ta tombe n'est pas ici^ et ta charité n'a voulu d'autre tombe que la fosse commune, le grand gouffre où disparaissent les pauvres de Paris. Eh bien, soit! mais tu auras ici, du moins, un cénotaphe. Cette rue est un exemple pour ton pays Breton. Ont-ils pensé, de l'autre côté du détroit, à faire ce que la main d'un étranger a fait ici, depuis longtemps, pour toi?

Nous dîmes cela ensemble d'un commun accord : moi vieux, qui ai vécu des années dans le commerce de Lamennais; lui jeune, mais depuis longtemps l'ami et le disciple de ce maître vénérable.

Et puis nous nous dîmes adieu, nous nous séparâmes... Ce fut un dernier adieu.

A quelques jours de là, il mourut... Il mourut en quelques heures dans les bras de sa mère... Ah! pauvre mère !

Elle m'a envoyé ce matin demander les Paroles d'un Croyant ; elle veut mettre, sur le tombeau qu'elle fait ériger à son fils, ces strophes de Lamennais :

— Jeune Soldat, où vas-tu?

— Je vais combattre pour la Justice , pour la sainte cause des Peuples, pour les droits sacrés du Genre Humain.

* — Que tes armes soient bénies, jeune Soldat.

tt — Jeune Soldat, où vas-tu?

a — Je vais combattre pour que tous aient au ciel un Dieu, et une Patrie sur la terre.

« — Q\ie tes armes soient bénies, sept fois bénies, jeune Soldat. »

Jamais épitaphe n'aura mieux convenu au mort. Oli ! celle mère a bien choisi. Elle connaissait bien son fils, son trésor perdu. Elle el son fils ne faisaient qu'un. Ils n'avaient qu'un cœur, qu'une âme.

Comme on a raison de dire que la mort achève de tracer la vraie figure de notre vie! Je vois maintenant la vie de Philippe Faure bien plus clairement, quoique je l'aie toujours sentie et comprise. C'était un chercheur de la Vérité, sans doute; mais il lui fallait une action, une réalisation. Il était consacré.

Oui, il était vraiment consacré comme un Nazaréen.

Semblable à ces mères antiques qui consacraient leurs flls au Seigneur pour toute la vie, sa mère l'avait consacré dès sa naissance.

Cette mère avait connu, aiméFabre d'Olivet, une grande intelligence égarée dans les rêves des sciences occultes , dans les mystères de l'alchimie, et trop portée à s'envelopper des nuages de l'ésotérisme. Il voulut, au milieu d'un monde idéalement affranchi, réédifler un temple secret. Use fit prêtre à la façon antique, mêlant l'Egyptianisme au Christianisme. Mais il fut frappé d'apoplexie à cinquante ans, sur les marches de son autel, au moment, je crois, où il célébrait sa messe.

Que fera-t-elle de son fils, maintenant que l'initiateur n'est plus, que l'Epopte qui devait lui ouvrir les yeux a

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