LIVRE n. 5i
lui-même fermé les yeux ; que rHIéiophante a tlisparu , sans laisser de successeur? Elle ne peut que lui transmet- Ire, de souvenir, les enseignements qu'elle a reçus et que la reconnaissance a gravés dans son âme; car, hors ce culte de la mémoire, quel autre secours lui reste-t-il? Une lueur faible, incertaine, et qui semble enveloppée à dessein, se montre à peine dans des ouvrages inachevés. C'est une marche à travers l'obscurité des sinueux sentiers des Pyramides, avant d'arriver à la salle où s'achevait l'initiation et où brillait la lumière.
N'importe, il est consacré. Elle le destina, cette mère héroïque, aux plus nobles dévouements. Dès l'âge de huit ans, elle le conduisit à Sainte-Pélagie, dans la prison de Jeanne. L'enfant se lia avec le prisonnier; et Jeanne, emmené de Paris à Ham chargé de fers, écrivait sur les marges d'une lettre que Philippe lui avait adressée : —: H L'amitié et les paroles naïves de cet enfant me consolent Cl dans ma captivité, w Plus tard , après la mort du martyr républicain, Philippe reçut des mains du père et de la mère de Jeanne la croix que celui-ci avait gagnée en Juillet. Cette croix , Philippe la porta , quinze ans après, sur les barricades de Février.
Les visites de l'enfant a Sainte-Pélagie lui firent dès ce temps connaître Godefroy Cavaignac et Marrast. Un de ses parents le leur présenta. Philippe alors fut séduit par leur conviction républicaine.
Mais Godefroy mourut, et Marrast trahit.
Devenu homme, Philippe chercha.
Il s'approcha de nous; il vécut avec nous.
Mais il trouva le plan trop vaste; il y avait trop à méditer, il fallait trop de patience, la vie s'y consumerait. O désir de réalisation , combien tu en as égarés !
Alors il entendit Lamennais s'écrier : — « Seigneur, ils <( sont là gisants; mais ils n'y seront pas éternellement! « Encore trois jours, et le sceau sacrilège sera brisé ; et « ceux qui dorment se réveilleront, et le règne du Christ, •c qui est Justice et Charité, et Paix et Joie dans l'Esprit « Saint, commencera. »
Et Philippe répéta, après Lamennais : — Ainsi soit-il!
Oh ! je me souviens de cette nuit (c'était l'avant- veille du 22 Février) où l'on me conduisit avec quelque mystère, à cause des embûches de la police, dans une maison destinée à être démolie, au centre du quartier le plus populeux de Paris. Dans une chambre déjà abandonnée, à la lueur d'un lampion , je vis une foule de figures qui toutes me connaissaient. — « Que faut-il faire? La Bour- H geoisie prépare une émeute; mais, si nous nous en mê- « Ions, ce sera une révolution. >» — Ce fut Philippe qui posa ainsi la question. Et quand j'eus parlé, qui fut mon contradicteur ?... Ce fut lui.
Le surlendemain en effet (qu'il en ait la gloire), habillé en montagnard des Pyrénées, et remarquable par une énergie que sa faiblesse corporelle faisait encore ressortir, sur la place de la Révolution, il transformait une émeute de la Bourgeoisie en Révolution !
Lamennais aura donc fait l'épitaphe de celui qu'il aima ! de celui qui porta peut-être au plus haut degré la foi dans ses prophéties et le caractère de son école.
C'est à merveille! Mais que dirais-tu, mère infortunée, si , lorsque tu iras visiter le tombeau élevé par tes larmes, au-dessous de ton inscription tu lisais ces paroles de celui que Lamennais adora longtemps comme un Dieu :
« Quiconque tirera l'épée périra par l'épée. »