‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 45 sur 436 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Fatigué de tant de tristes souvenirs, je crus leur échapper en dirigeant mes yeux d'un autre côté.

Je laissai cette plaine devant moi; je laissai à ma gauche lé rivage que j'avais d'abord considéré, et je fixai mes regards sur le bord de la mer à ma droite, dans la direction de Samarez. C'était par là que j'étais venu.

douleur! je voyais la cabane où, il y a si peu de temps , moururent dans la même nuit, à la même heure, à la même minute, deux de mes petits-enfants qu'un autre avait précédés de quelques jours dans la terre. Je me rappelais les sanglots de leurs mères... Un souvenir d'Ossian traversa mon esprit. Et moi aussi j'ai entendu les plaintes de mes flUes se désolant sur le rocher battu des vagues. Et je ne pouvais rien pour elles !

Hélas ! me dis-je, j'ai donné trop de gages contre moi à la Fortune. Cette famille est trop nombreuse, elle fait envie à la Mort... Pierre était de l'âge de mon Louis; Catherine, sa sœur, avait l'âge de ma petite Joséphine; Eknest était un peu plus jeune... Chacun de ces enfants avait une épée de Damoclès suspendue sur sa tète... Mais pourquoi la Mort a-t-elle préféré frapper les enfants de mes filles? J'en avais moi-même de cet âge. Est-ce parce que c'était me frapper dans deux générations?

Ces trois berceaux vides dans cette pauvre cabane, vidés en si peu de temps, d'abord l'un, puis les deux autres à la fois!... Ces mères qui pleuraient, l'une ses deux enfants, l'autre son unique l... Cette mère qui avait trois

enfanls el qui n'en a plus qu'un !.... qui en pleure deux en allaitant le troisième , et en pensant que celui-là aussi peut lui être ravi!

Mais qui m'a ainsi enlevé mes petits-enfants ? me demândai-je. Je dis bien que c'est la Mort ; mais comment la Mort vient-elle?

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