‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 70 sur 436 · LA COURSE AUX CHATEAUX · texte numérisé non relu

LA COURSE AUX CHATEAUX

Cette idée ne pouvait que ramener la tristesse. Je fis donc un nouvel effort ; el, afin de continuer à tenir mes sens liors de moi, je me mis à me représenter tous les châteaux que j'ai visités.

Je songeai d'abord, et c'était tout naturel, au château de Boussac, bâti sur un rocher à pic d'une immense élévation. On domine le paysage doux et triste à la fois que George Sand s'est plu à peindre dans Jeanne. — Mais de notre imprimerie, me dis-je, nous n'avions pas une si belle vue; car nos fenêtres donnaient sur le cimetière, où le fossoyeur, pour vider les tombes et se procurer de la place, laissait les têtes de morts blanchir sur le gazon.

Je ne sais par quelle liaison d'idées je pensai alors au donjon de Yincennes, où j'allai serrer la main à Barbés et à Raspail la veille des journées de Juin, le cœur plein de sinistres pressentiments.

Ce souvenir me rappela la Conciergerie, où je fus enfermé moi-môme avec Louis Nétré, après le 15 Mai, dajis le cloître de la petite chapelle qui avait servi de prison à Marie-Antoinette.

Je revins dans la Creuse, et je me représentai le château de Bourganeuf, où fut emprisonné Zizime f... Un de mes gendres, Freizière, a été clôturé là, sous la république, pendant une année tout entière.

Bourganeuf me fit rêver, malgré moi, aux différents châteaux où mes deux autres gendres furent jetés sur la paille, quand on les conduisit à pied, en 1849, les fers aux mains, de Boussac à Lyon, pour les déposer finalement dans les casemates.

— Ah çà! me dis-je, toute la terre est donc couverte de prisons! car je suis à peine sorti de ma famille, et j'en ai déjà rencontré je ne sais combien !

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