‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 77 sur 436 · LE CACHOT · texte numérisé non relu

LE CACHOT

Et cette image me rappela à l'instant la dernière visite que j'ai faite à Mont-Orgueil.

J'étais avec mes deux jeunes fils Joseph et Frantz. Nous montâmes sur la tour, et nous y restâmes longtemps à regarder les côtes de France.

Nous descendons; à chaque étage nous visitona les appartements. Au-dessous d'une immense salle que je supposai avoir servi de réfectoire pour les hommes d'armes , . une porte étroite était ouverte ; nous entrons.

— c( Papa, me dit Joseph, comment est-il possible qu'on ait construit une pareille chambre? A quoi pouvait-elle servir? Comme elle est basse! comme on y respire mal! Pourquoi ces piliers informes? Ah! je vois! ils soutiennent des voûtes; mais elles sont tellement surbaissées, que je les ai prises pour un plafond comme on en fait aujourd'hui... Et puis, est-ce qu'on voit clair ici? Si la porte était fermée, nous serions dans les plus profondes ténèbres.

— a Non, lui dis-je, nous aurions une faible lueur par cette étroite ouverture. >»

Et je lui montrai une crevasse pratiquée dans l'épaisse muraille.

— u Mais tu ne réponds pas à ma question, reprit-il ; à quoi servait cette chambre? >»

— Hélas ! dis-je en moi-même.

Il me coûtait de blesser l'innocence de cet enfant en lui apprenant que, de siècle en siècle, l'homme enferma ses semblables comme des brutes dans des basses-fosses. Et puis les brutes elles-mêmes, devrait-on les enfermer ainsi ?

Mais je fus prévenu par Frantz. — « Ne vois-tu pas, ditil à son frère, que c'est un cachot? Tiens ! regarde! >»

Et il nous montra un anneau de fer scellé dans un des piliers.

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