‹ La Grève GénéraleChapitre 24 sur 32 · NA · texte numérisé non relu

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elle pourra passer de suite à leur réalisation et n'aura pas à craindre un retour en arrière; si, au contraire, elle n'a que des notions vagues, confuses, et qu’elle altende pour agir un mot d'ordre qui, forcément, viendra trop tard — ou qui ne viendra pas — elle se prépare de nouvelles et cruelles déceptions.

» Gelte question d'importance capitale : Que faire au cas de grève générale triomphante? sera examinée au prochain congrès corporatif de Montpellier. Le Comité confédéral a cru nécessaire de préluder à cette discussion par une enquête faite auprès de toutes les organisations ouvrières.

» Au lieu de procéder, pour répondre à cette interrogation, par une étude qui risquerait d’être le reflet d'idées personnelles, le Comité confédéral a cru préférable de soumettre la question à l'étude des organisations elles-mêmes, afin qu'elle soit discutée et largement étudiée et mürie par les intéressés, qui, au jour voulu, auront justement à passer de la théorie à la pratique.

» Il a donc décidé de soumettre la question aux orgauisations, en les priant de la discuter et de lui faire connaître leurs réponses, non point en se bornant à émettre des généralités et des abstractions, mais en se plaçant sur le terre à terre de leur corporation, alin d'avoir, autant que faire se pourra, la facilité de dégager de l’ensemble des réponses qu'il recevra, la

tendance qui présidera à la réorganisation sociale ».

Suivait le questionnaire : Camarades! nous vous prions... de nous faire connaître, en supposant le peuple maître de la situation, comment vous feriez pour réorganiser la production, dans votre corporation, et comment vous concevez que pourrait s'assurer la circulation et la répartition des produits ?

1° Comment agirait votre syndicat pour se transformer de groupement de lutte en groupement de pro duction ?

2° Comment opérerez-vous pour prendre possession de l'outillage vous afférant ?

3° Comment concevez-vous le fonctionnement des ateliers et des usines réorganisés ?

4 Si votre syndicat est un groupement de voirie, de transport de produits, de transport de voyageurs, de répartition de produits, etc..., comment concevez-vous son fonctionnement ?

5° Quelles seraient, une fois la réorganisation accomplie, vos relations avec votre Fédération de métier ou d'industrie ?

6° Sur quelles bases s’opérerait la distribution des produits et comment les groupes productifs se procureraient-ils les matières premières ?

7° Quel rôle joueraientles Bourses du Travail dans la société transformée et quelle serait leur besogne au point de vue de Ja statistique et de la répartition des produits ?

On ne pouvait pousser plus loin la prévoyance et le

souci du détail. Comme devaient le dire certains militants, « c'était tout le problème social posé en points d'interrogations (1) ». IL s'agissait de le résoudre. La tâche était lourde. Si le congrès de Montpellier conservait une attitude révolutionnaire (2), il était avant tout préoccupé de l'unité ouvrière. Il n'aborda pas la partie de son ordre du jour qui concernait l'enquête sur la grève générale. L'enquête restait ouverte. Elle l'est encore. Les points d'interrogation du questionnaire

sont toujours restés des points d'interrogation. $ IV. La grève générale, les mineurs, lés masses rurales.

Du moment qu'à partir du congrès de Toulouse on avait trouvé des moyens d'action pratiques, on devait être tenté de les appliquer. Les ouvriers devaient faire des « grèves généralisées » en attendant la grève générale. C’est ce qui eut lieu. Vers la fin de 1899, une grande grève éclatait au Creusot. En 1900, il y eut un essai de grève générale à Marseille. La même année,

les tullistes de Calais faisaient grève pendant trois mois.

(1) Pataud et Pouget, Comment nous ferons la révolution : Aux lecteurs, p. 3.

(2) Par 355 voix contre 1 et 37 bulletins blancs, l’ordre du jour suivant était adopté : « Le congrès approuve sur tous les points » le rapport du Comité confédéral et l’engage à continuer éner- » giquement son œuvre révolutionnaire et syndicaliste qui seule

» nous permettra de renverser la société bourgeoise ».

Au mois de septembre 1898, M. Guérard voulut faire déclarer la grève des chemins de fer alors qu'une grève de terrassiers venait d’éclater à Paris. Ce devait être le début de la grande grève générale. Mais le gouvernement intervint aussitôt et la grève échoua (1). Les efforts de la C. G. T. ne furent pas moindres, dans la suite, pour chercher à généraliser les grèves. Elle y réussit souvent, témoin la grande grève de Marseille, en 1901, qui, «à propos d'une querelle entre un entrepreneur et quelques ouvriers, fit un instant chômer 15.000 prolétaires » (2). Elle cherchait également à étendre Îles grèves minières.

Les mineurs constituaient en effet une corporation remuante. Devaient ils accueillir l'idée de grève générale? Il est d'autant plus intéressant de le savoir que l'industrie de la mine est une des industries les plus essentielles à la vie sociale. Un arrêt général dans l'industrie de la mine arrêterait les chemins de fer, les usines et aurait une répercussion sur toute la vie industrielle. C'était la seule forme de grève générale qui avait d’abord trouvé grâce devant les guesdistes. A Nantes, certains délégués voulaient que la grève générale finale commençât par la corporation des mineurs. On à vu que dans la motion Bourchet, le congrès de Lyon déclarait qu'une grève générale des mineurs pou-

(4) G. Weill, op. cit., passim.

Î 2) G. Weill, op. cit., passim.

vait entraîner l'émancipation de tous les travailleurs.

Quelle était donc à cette époque l'attitude de ceux sur lesquels le prolétariat fondait tant d’espoirs?

La grève générale fut d’abord discutée et votée à Montceau. Puis au congrès de Lens, au mois d'avril 1901, on décida que la grève serait votée si les ouvriers n'obtenaient pas satisfaction. « Le congrès, disait

M. Landrieu dans le Mouvement socialiste, s'est arrêté

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à la menace en remettant aux intéressés eux-mêmes

le soin de décider de leur attitude. Il à compris qu'il

n'est peut-être pas au pouvoir de quelques hommes

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» réunis sur un point du pays de mettre en branle une

» aussi vaste corporation. L'ouvrier lui-même, en met-

tant dans l’urne le bullelin qui décidera de son travail » du lendemain, comprendra toute l'importance de son » acte; il n'attendra plus l'amélioration de son sort de » je ne sais quelle intervention législative ou divine » agissant en dehors de lui; il saura que pour faire » aboutir ses revendications, il faut qu'il le veuille et

que ceux-là seuls qui sont conscients el organisés sont

capables de volonté ct d'action ».

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Un mois plus tard, du 27 au 31 mai, se tenait à Londres le congrès international des mineurs. Le congrès discula la grève générale. Elle fut attaquée par le citoyen Cotte (Français), qui demanda ce que feraient les mineurs des autres pays au cas où la grève générale serait déclarée dans quelques mois en France. Le

citoyen Brenez dit qu'ils devraient « diminuer l'expor-

» tation du charbon dans le pays gréviste ». La plupart des délégués anglais déclarèrent la solution peu praticable, mais ils envisageaient très sérieusement l’éventualité d’une grève générale de tous les mineurs d'Europe, qui, d'après le citoyen Smeling, devenait chaque jour plus réalisable. Leur président promit de faire tout le possible pour que la production fût restreinte pendant la durée de la grève, et les Belges prirent un engagement plus formel encore pour le cas où eux-mêmes ne pourraient pas déclarer la grève générale. Le principe de la grève générale fut admis par le congrès (1).

La question de l'internationalisation d’une grève pouvait en effet se poser à cette époque. Depuis de longues années, l'Europe jouissait de la paix et les travailleurs de tous les pays cherchaient à refaire une autre Internationale et, avant tout, à se solidariser dans la lutte. « Un patriote, un chauvin, chez les ouvriers » conscients serait considéré comme une anomalie, un » phénomène, un cas pathologique intéressant et » pitoyable (2). »

Mais le délai qui avait été acccordé au ministère

Waldeck-Rousseau pour donner satisfaction aux travail-

(1) Ce compte rendu est emprunté au Mouvement socialiste, 15 juillet 1901.

(2) G. Yvetot, Article sur le congrès de Nice, Mouvement socraliste, 15 juillet 4901.

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leurs, expira et la menace de grève générale ne fut pas mise à exéculion.

Le congrès d'Alais (mars 1902) vota à nouveau la grève générale ou plus exactement le principe de la grève, après une discussion violente. Il y avait eu une réduction des salaires par suite de la baisse du prix de vente du charbon. D'ailleurs, les revendications des mineurs étaient à cette époque ce qu’elles sont encore aujourd’hui. Ils demandaient la journée de 8 heures (1), la retraite de 2 franes par jour après 50 ans d’âge et 25 ans de travail.

Le congrès de Commentry décida que « la grève générale était le seul moyen d’arrêter les compagnies dans la voie des iniquités et des vexations ».

Le XIII° congrès international des mineurs se tint à Düsseldorf, au milieu de l’année. Il se prononça pour la grève générale internationale et décida la création d'un secrétariat international.

Au mois d'octobre, la grève était déclarée en France. Les mineurs firent appel à leurs camarades des autres pays. « Sûrs de votre approbation, disaient- » ils, nous vous laissons l'initiative des mesures qui » conviendront le mieux pour nous aider dans la lutte » que nous entreprenons ». Un appel était aussi adressé aux soldats.

Au début, le ministère Combes montra quelque mol-

(4) La loi de 1905 leur à donné une satisfaction partielle.

lesse à réprimer la grève. Puis il se décida à faire intervenir l'armée. M. Briand protesla vainement à la Chambre contre l'emploi de l'armée. Au bout d'un mois, le travail reprit peu à, peu, d’abord dans le Nord.

Le bureau international, qui avait été créé à Düsseldorf, ne fonctionnait pas, et il avait été impossible de tenter une grève internationale de la corporation minière. La Confédération générale du Travail avait fait de vains efforts pour essayer de généraliser la grève et de l’étendre à d’autres industries.

Cet échec ne découragea pas les mineurs qui sont restés d'ardents partisans de la grève généralisée et de

Une des objections le plus souvent opposées à la grève générale est tirée de l'indifférence des masses rurales à l'égard de la méthode syndicaliste. C'était Là un des arguments guesdisles.

L'idée devait cependant séduire jusqu’à ces masses qui furent longlemps réfractaires au socialisme.

Actuellement, les bûcherons du Cher sont fortement organisés et, quoique tard venus au syndicalisme, ils sont des plus révolutionnaires. Griffuelhes, dans son « Voyage révolutionnaire », vantait l'activité syndicale de Bourges.

Les premières organisations syndicales apparurent dans le Cher vers 1892. De 1892 à 1895, tous les con-

grès des bücherons sont uniquement préoceupés d'obtenir des avantages immédiats. Il y eut des grèves violentes en 1891-1892. À cette époque, le bois était déprécié. Il était dans beaucoup d'industries, et notamment dans celle de la construction, supplanté par le fer. Il s’ensuivait une baisse dans les salaires. Quand la prospérité revint et que les salaires revinrent à leur taux normal, les syndicats déclinèrent et disparurent peu à peu avec la disparition des besoins qui les avaient fait naitre.

Un second mouvement syndical se produisit en 1899. Dès 1896, Bourges possédait sa Bourse du Travail. Les syndicats se développèrent rapidement et en 1902 eut lieu le premier congrès de la Fédération des Bûcherons.

Le deuxième congrès de la Fédération qui se tint à Nevers en août 1903 est nettement animé de l'esprit révolutionnaire. Dès le début du congrès, le secrétaire de la Fédération, dans son allocution de bienvenue, montrait que le souci d'obtenir des réformes immédiates n'empêchait pas les bûcherons de désirer la révolution sociale : « Nous voulons... des réformes..…., disait-il, » en attendant qu'une société mieux organisée, dans » laquelle chacun pourra jouir du produit intégral de » son travail, ait remplacé la société bourgeoise dans » laquelle nous vivons aujourd’hui. Mais ce change- » ment, ce bouleversement de la société actuelle sera- » t-il un simple effet du hasard ou s’opérera-til en sui-

» vant la lente évolution des siècles? Nous ne croyons

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