‹ La Grève GénéraleChapitre 25 sur 32 · HAE · texte numérisé non relu

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» ni à l'une, ni à l’autre de ces hypothèses. 1/ n’appar- » lient qu'à nous et à nous seuls, par de vigoureux » efforts, d'en précipiter l'avènement ».

Au moment de la grève des mineurs, alors que la C. G. T. venait de lancer un appel pour essayer de généraliser la grève, le Conseil demanda à tous les syndicats bûcherons adhérents leur avis sur la question de la grève générale. Il y eut peu de réponses. Le secrétaire attribua cette négligence au manque de propagande dans les milieux ruraux, qui n'avaient pas de la grève générale une conception assez nette.

Le congrès de Nevers, par deux résolutions, montrait nettement son intention de se servir de la grève généralisée, de la grève générale de la corporation, comme moyen de menace et d’intimidation. Il vota les propositions suivantes : « Au cas où les pouvoirs publics

» refuseraient d'insérer dans les cahiers des charges,

» pour l'exploitation des bois des communes, des dépar- » tements et de l'Etat, une clause fixant un minimum

» de salaire et appliquant les conditions des décrets du

» 10 août 1899 (1), les bûücherons syndiqués prennent » l'engagement de ne pas travailler dans les coupes » domaniales el d'y déclarer la grève ». Cette grève générale équivalait, en somme, à un rigoureux boycot-

tage. La deuxième résolution était conçue en ces ter-

(4) Insertion d'un maximum d'heures de travail et d’un minimum de salaire.

mes : « Chaque syndicat mettra en demeure les conseil- » lers municipaux, les conseillers généraux, les députés,

» les sénateurs, les ministres de son département, de

» faire aboutir, dès la rentrée, les vœux émis par le

» congrès des bûcherons sur l'extension des lois ouvriè- » res aux travailleurs ruraux et sur la modification du » cahier des charges pour l'exploitation des bois doma- » niaux. Si l’État n'acceple pas les revendicalions des

» bûcherons, Les syndicats s'engagent à bloquer les

» coupes ». Voilà de l’action directe!

Les bûcherons étaient donc bien persuadés des bons effets de la grève générale de leur corporation. À propos de la discussion de l’article 10 des statuts, ainsi conçu : « La Fédération n’est tenue de soutenir que les » grèves qui auront été déclarées avec son assenti- » ment », le secrétaire expliqua que cet article avait pour but de prévenir les grèves partielles, souvent justes, mais presque toujours sans portée et sans résultats. Les grèves générales, faites avec l’assentiment du syndicat, pouvaient seules amener des réformes. Le congrès, enfin, manifesta son antimilitarisme : « Les délégués des syn- » dicats bûcherons protestent contre les poursuites » intentées aux auteurs du Manuel du soldat et décla- » rent se solidariser avec les auteurs de cette brochure » humanitaire ».

Toutes les populations rurales n'étaient cependant pas animées du même esprit agressif ni de la même foi

en la méthode violente. Dans le courant du mois d'août

Saulière 10

de cette même année 1903, se réunissait à Béziers un congrès régional des « prolétaires ruraux du Midi méditerranéen ». C'était le premier congrès des travailleurs des champs. Or, des divergences se produisirent au sujet de la grève générale. Au cas d’une grève généralisée à l’industrie, les uns pensaient que tous les organes de la production rurale devraient cesser de fonctionner ; d’autres admettaient, au contraire, que les paysans devraient continuer le travail, afin de fournir au prolétariat urbain les objets de consommation nécessaires à sa résistance (1).

En 1904, le deuxième congrès, tenu à Narbonne, émit bien un vote en faveur de la grève générale, mais avec des considérants qui n'étaient pas sans l’atténuer (2).

Au mois de décembre 1904, si la Fédération du Midi parvint à faire éclater une grève générale d'une semaine, il faut ajouter que la grève fut localisée dans l’arrondissement de Narbonne, là où pouvait le mieux s'exercer la propagande du Comité fédéral. En 1905, au congrès de Perpignan, se constitua une « Union fédérative terrienne », car les Fédérations horticole et bücheronne vinrent se solidariser avec la Fédération du Midi. Mais,

« depuis les sous-comités de grève jusqu'à l'Union

(1) Mouvement socialiste, 1903.

(2) « Considérant que les intérêts sont encore trop divers et présentent trop de particularités pour pouvoir entraîner les énergies nécessaires... ».

» fédérative, tous ces organismes sont sans vie. C’est un

» cadre vide » (1).

$ V. La grève générale et le congrès de Bourges.

Les révolutionnaires devaient pourtant dominer le syndicalisme. Leur doctrine était une doctrine extrême, et les doctrines extrêmes sont facilement saisissables à cause même de leur forme logique. Déjà, à Montpellier, une bataille entre réformistes et révolutionnaires s'était livrée autour de la représentation proportionnelle. Les réformistes furent battus à Bourges comme ils l'avaient été à Montpellier. Ils furent battus aussi au sujet des moyens d'action.

Le congrès de Bourges avait à décider quels moyens on emploierait pour obtenir la journée de huit heures, Il se prononça pour la grève générale pacifique, moyen d’agitation et de pression extérieure. Avant le congrès de Bourges, la grève générale pacifique avait été préconisée pour obtenir la suppression des bureaux de placement. Au congrès national des Travailleurs de l'Alimentation qui se tint à Lyon (24-26 sept. 1903), on adoptait cet ordre du jour : « Le congrès des corpora- » tions de l'alimentation décide que, si satisfaction » n'est pas donnée par les pouvoirs publics pour la

» suppression des bureaux de placement payants, patro-

4) Article de M. Lacombe, Mouvement social, 1911, 2, p. 903.

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» naux ou mixtes, la grève générale de toutes les sec- » tions fédérées sera déclarée à bref délai. Le soin est » laissé au comité fédéral d’agir et d’aviser les sections » fédérées du moment propice ». La grève fut faite, mais elle échoua.

C'était pour cette forme de grève, grève générale dirigée contre les pouvoirs publics, que le congrès de Bourges allait se décider (1). Il y eut bien des opposants. Keufer avait critiqué la méthode du Comité confédéral et s'était plaint de l'infiltration anarchiste. Son ordre du jour qui invitait le comité confédéral à rester fidèle aux statuts ne fut pas accepté. 825 syndicats sur 1.214 se prononcèrent pour le rapport du Comité confédéral. Les révolutionnaires dominaient. Aussi, la Commission pour la journée de huit heures qui avait à choisir comme moyen d'action entre l'intervention légale ou l'agitation et la pression extérieure, se prononça-t-elle pour cette dernière méthode par 12 voix contre 3.

La résolution votée choisissait le 1** mai 1906 comme date de l’action d'ensemble du prolétariat.

« Le congrès considérant que les travailleurs ne peu- » vent compter que sur leur action propre pour amélio- » rer les conditions du travail ;

» Considérant qu'une agitation pour la journée de

» huit heures est un acheminement vers l’œuvre défini-

(1) Il est intéressant de noter qu’à ce congrès sont représentés 30 syndicats agricoles du Midi et 40 des bûcherons du Centre.

tive d'émancipation intégrale ; le congrès donne man-

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dat à la C. G. T. d'organiser une agitation intense et

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grandissante à l'effet que :

» Le 1* Mai 1906, les travailleurs cessent d’'eux-

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mêmes de travailler plus de huit heures.

» Le Comité confédéral nommera une commission

spéciale et recueillera des souscriptions volontaires

pour couvrir les frais de cette propagande ».

C'était la victoire des révolutionnaires. « Dégagés de

» toute influence gouvernementale, disait Griffuelhes, » de toute autorité politique, anarchistes et socialistes » luttent ensemble, décidés à poursuivre leur action » sur le terrain syndicaliste qui leur est commun ». Le premier congrès de l'unité ouvrière se détournait tout à fait de l’action politique et se prononçait pour « l’action directe », même dans les circonstances où l'inter-

vention de la loi était de toute façon nécessaire.

S VI. La grève générale el les conférences internationales.

Le congrès internalional de Londres (1) de 1896 avait mis aux prises politiciens et syndicalistes. L'histoire du congrès est entièrement remplie de leur querelle et des efforts qui furent faits par les « politiciens » pour exclure les « syndicaux-antiparlementaires ». Un parti

politique avait cependant cherché la conciliation. II

(1) A. Hamon, Le socialisme et le congrès de Londres, 1897.

admettait la grève générale. C'était le parti allemaniste qui disait dans sa circulaire : « Nous prenons la liberté

» d'appeler votre attention sur le congrès international

de Londres qui est proche, parce que, selon nous, il

comporte, pour les syndicats ouvriers, une question

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