‹ La Grève GénéraleChapitre 26 sur 32 · S TZ · texte numérisé non relu

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primordiale : la grève générale ». Et plus loin : « La

» conquête des pouvoirs publics ne donnera jamais que

» des résultats inefficaces et n'est pas le seul but à [2

» atteindre »..….. « Camarades....., vous prendrez garde

au danger que nous vous signalons, et vous affirmerez » de nouveau que la grève générale est le seul moyen » pour arriver à une transformation économique pour » le bien-être de l'humanité tout entière ». La grève générale ne figura pourtant pas à l'ordre du jour: Avant l'ouverture du congrès avait lieu, le 24 juillet, salle Maubert, 123, rue Vieille-du-Temple, la réunion des délégués corporatifs. La grève générale était volée après des discours de MM. Lavaud, Allemane, Tortelier et Girard (1).

Quant au congrès de Londres, il déclarait dans ses résolutions que l'action politique élait « le moyen d'affranchissement par excellence ». La Commission de l’action économique et industrielle, dans sou rapport, proposaitdes monopoles, etc... M. Guérard, au nom de la minorité de la commission, présenta un autre rapport

dans lequel il rappelait les décisions des congrès de

(1) A. Hamon, op cit., p. 87-88.

Marseille (92), de Paris (93), de Nantes (94) et de Limoges (95). Il invoquait l'exemple de la Belgique. «Si, à priori, la grève générale internationale ne » paraît pas possible, disait ce rapport, il en est difré-

» remment d'une grève générale nationale... le con-

» grès Invite les travailleurs de toutes les nations, et en

particulier les syndicats, à étudier cette importante

question qui pourra être résolue dans un prochain

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congrès international ».

Le rapport de la majorité de la commission fut adopté. La grève générale n'eut de succès que dans la conférence anarchiste-socialiste qui se tint les 29, 30 et 31 juillet, à Saint-Martin’s-Town-Hall. Elle était à l'ordre du jour à côté de « l’action parlementaire et ses mensonges » et de la « grève militaire ». M. Pelloutier vint déclarer que les syndicats inclinaient de plus en plus vers la grève générale. On entendit aussi MM. Delesalle et Tortelier (1).

Désormais, les syndicats ne devaient plus prendre part aux congrès internationaux politiques. On ne devait plus voir de congrès mi-politiques, mi-syndicaux. Les congrès politiques ne se désintéressèrent cependant pas immédiatement de la grève générale. Au Congrès international qui se tint à Paris le 23 septembre 1900, elle fut énergiquement défendue par M. Briand, mais le

congrès la jugea impossible pour le moment. La grève

(4) A. Hamon, op. cit., p. 173-174.

générale ne fut nettement repoussée qu'au congrès international d'Amsterdam (1904).

Déjà au mois d'août(1}, le Parti socialiste de France (2), avait consacré trois séances à la question. Malgré Îles attaques de Jules Gueside disant : « Notre devoir est de libérer les travailleurs syndiqués de la nébuleuse idée grève-généraliste », « une résolution en faveur de la » grève générale... détruirait..….…. l'influence du parti » dans la masse ouvrière... car elle serait la condam- » nation de l'action politique », la grève générale ne fut pas repoussée. La résolution votée n'a pas la netteté de celle votée à Nantes (1894) par le parti guesdiste. On n'adopta pas l'ordre du jour présenté par la Fédération de la Seine qui déclarait : « Le Parti socia- » liste de France... ne peut qu'encourager la propa- » gande en faveur de la grève générale ». C'était beaucoup trop clair. La résolution votée par 114 voix contre 39 et 2 abstentions était quelque peu « nébuleuse ». Le congrès déclarait accepter la grève, puis ajoutait : « Considérant... qu'une grève, plus où moins » étendue ou générale, peut, l'organisation ouvrière et » les circonstances aidant, déterminer une explosion » révolutionnaire, pendant que là où les prolétaires ne

» possèdent pas de moyens d'action politique ou sont

(1) Au congrès de Lille.

(2) Le P. S. de France avait été fondé à Ivry, en novembre 1901. C'était l’union des groupes révolutionnaires.

» menacés de s'en voir dépouillés, cette suspension en » masse du travail peut s'imposer à eux pour les con- » quérir ou les conserver.

» Le Parti socialiste de France, sans prendre la res-

ou

» pousabilité de conflits qui échappent à son action

» propre, se déclare prét à faire tout son devoir dans de

» pareilles circonstances.

» Mais affirme plus haut que jamais que la reprise » par la société des moyens de production dépendant » de la prise du pouvoir politique par le prolétariat » organisé, Lous les travailleurs devenus conscients doi- » vent venir au socialisme révolutionnaire, seul capable » par l’expropriation politique et économique de la

» classe capitaliste, d'assurer le bien-être et la liberté

de tous ».

La résolution du Partisocialiste de France futrepoussée à Amsterdam par 36 voix contre 3. On adopta le texte du Parti démocratique socialiste de Hollande. Ce texte beaucoup plus net et qui repoussait (1) la grève générale fut accepté par 36 voix contre 4 et 3 abslentions : « Le congrès socialiste international... déclare « la

» grève générale, si l'on entend par là la cessation com-

» plète de tout travail à un moment donné, inexécutable,

» parce qu'une telle grève rendrail chaque existence,

» celle du prolétariat comme tout autre, impossible...

(1) Déjà à son congrès de Dordrecht (Pâques 1904), le parti

socialiste hollandais avait déclaré la grève générale € impossible ».

» Avertit (les ouvriers) de ne point se laisser influencer » par la propagande pour la grève générale, dont se » servent les anarchistes pour détourner les ouvriers de » la lutte véritable et incessante, c’est-à-dire de l’action » politique, syndicale et coopérative... ».

La scission était donc irrémédiablement opérée entre les « syndicaux et les politiciens » non seulement au point de vue national, mais encore au point de vue international. Les congrès de Paris et d'Amsterdam s'étaient tenus sans les anarchistes, aussi n’est:il pas étonnant de voir ce dernier leur donner un léger coup de patte. La vérité était maintenant dévoilée. Jules Guesde avait dit, la motion d'Amsterdam répétait après lui que le danger des succès de la grève générale dans les milieux ouvriers venait de ce que ceux-ci abandonneraient l’action politique quand ils croiraient fermement pouvoir se sauver eux-mêmes. Le danger n'était pas imaginaire et on verra que le congrès d'Amiens rejeta, en effet, définitivement l’action politique pour

préconiser la grève générale.

Après le congrès de Londres, les syndicats des divers pays avaient décidé de ne plus prendre part aux congrès politiques. Mais la grève générale ne devait pas être mieux accueillie dans les Conférences syndicales.

En 1900, la France tenta d'organiser un congrès

international de syndicats. L'année suivante avait lieu

une conférence à Copenhague. Elle reconnut la nécessité d'établir des « rapports internationaux réguliers pour un objet bien limité ». À Stuttgart, en 1902, on décidait la création d'un secrétariat international. Mais - ces conférences étaient un peu ternes et leur œuvre presque nulle. Aussi la France essaya-t-elle d'y apporter un peu de vie en introduisant à la conférence de Dublin (1903), deux questions qui pouvaient prêter à de longues discussions : l'antimilitarisme et la grève générale. Le programme français fut repoussé. 11 fut de nouveau présenté à la conférence internationale d'Amsterdam (1905); il comportait en plus la question des huit heures. Nouvel échec, décisif cette fois, car le deuxième paragraphe de la résolution votée était ainsi conçu : « Ne sont pas de la compétence de la confé- » rence toutes les questions théoriques et celles qui » regardent les tendances et la lactique du mouvement

» national des syndicats ».

S VII. La grève générale et le congrès d'Amiens (1906).

Le congrès d'Amiens allait se préoccuper de la situation que créait le vote de celle motion. Les révolutionnaires étaient au fond mécontents de l'altitude des syndicats étrangers et particulièrement de celle des syndicats allemands. Au congrès d'Amiens, M. Griffuelhes

rappelait avec une bonne humeur qui cachait peut-être

A yADGRES

un peu de ressentiment, l'échec de son voyage en Allemagne en janvier 1906.

C'était au moment des événements du Maroc. Griffuelhes partit pour voir si les syndicats allemands pouvaient organiser à Berlin une grande démonstration contre la guerre. Ceux-ci objectèrent que la législation allemande s'y opposait. Griffuelhes consentit à aller voir les « parlementaires » Singen et Bebel. Mais comme ceux-ci lui disaient que le « Comité confédéral devait s'entendre avec le Parti socialiste de France », Griffuelhes se retira.

Le congrès d'Amiens vota la proposition Delesalle, approuvant l'attitude du Comité confédéral qui demandait d'inscrire à nouveau les questions : grève générale, antimilitarisme, journée de huit heures au programme des conférences. M. Pouget fit ajouter l'amendement

suivant : « Au cas où le secrétariat international s’y

» refuserait, s’abritant derrière la motion d’Amster-

» dam..., le Comité confédéral est invité à entrer en

or

» rapports directs avec les centres nationaux affiliés en » passant par dessus le Secrétariat International ».

Les succès de la grève générale étaient donc purement nalionaux, mais ils allaient grandissant. Griffuelhes avait refusé, en janvier 1906, de s'entendre avec le Parti socialiste de France. La séparation devenait de plus en plus définitive entre les politiciens et les syndicalistes.

Cependant, le congrès d'Amiens devait donner lieu

à une lutte assez vive entre partisans et adversaires de l’action politique. La question n'avait jamais été posée aussi nettement qu'à ce congrès. De sa décision allait dépendre l'orientation définitive du syndicalisme soit dans le sens de la conciliation et des rapports avec les partis politiques, soit dans le sens de la neutralité absolue en matière politique.

Le 1* Mai 1906 fut l’occasion de la critique des modérés. Cette date avait été choisie à Bourges comme date d’une action d'ensemble du prolétariat. Celui-ci devait cesser de travailler au bout de huit heures. Le mouvement avait échoué et les modérés concluaient à la « faillite » du 1° Mai. C'était la thèse de M. Guérard. La résolution de Bourges disait : il faut « conquérir les » huit heures en quittant le travail les huit heures » accomplies ». L’a-t-on fait? Non. Donc, il y a faillite.

Mais la faillite du 1° Mai n’emportait pas la faillite de la méthode révolutionnaire. Pour être impartial, 1l faut reconnaître que les révolutionnaires ne croyaient pas d'une façon ferme au succès du mouvement. M. Pouget écrivait en 1904 : « Les syndicalistes ne » disent pas à la classe ouvrière : Nous vous donnerons » la journée de huit heures, mais : cela dépend de » vous ». On comptait donc sur la force des masses ouvrières. Avait-on une foi absolue en cette force? Loin de là. Dans son commentaire de la résolution de Bourges, M. Pouget ne croyait pas à la réussite assurée « du

1% mai ». Il considérait simplement que cet essai de

grève générale était une bonne chose, parce qu'il fallait « multiplier les chances de succès ».

Le congrès resta donc toujours fidèle à la tactique révolutionnaire. Une Commission fut nommée qui devait élaborer un programme d’action et « prendre comme plateforme la journée de huit heures ». Le 1* Mai était indiqué pour un essai de mobilisation générale. Il devait avoir un caractère agressif. Le congrès manifestait ensuite son hostilité à l'égard des réformes légales élaborées par le parlement bourgeois. Il repoussait les projets de lois sur le « contrat collectif de travail » et sur la « réglementation des grèves et l’arbitrage obligaloire » dont le but était « d’entraver le développement du syndicalisme et d’étrangler le droit de grève ». Le congrès affirmait enfin l’inutilité de toute action politique en déclarant que le droit nouveau « ne pou- » vait sortir que des luttes ouvrières sur le terrain éco- » nomique ».

La proposition qui devait essayer de ramener le syndicalisme sous l'égide des partis politiques était donc vouée à un échec certain. Cette proposition émanait de la Fédération du Textile. Autour de sa discussion se concentrait tout l'intérêt du congrès. « Elle invitait le con- » grès à décider la création de délégations intermittentes » où permanentes entre le Comité confédéral et le Parti » soctaliste ». Elle fut défendue par Renard qui soutenait que le syndicat était « inapte à la besogne d’expro-

priation et de révolution ». Mais comme il se rendait

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