SOU
compte de l'hostilité qui, dans le congrès, régnait contre cette motion, il demanda le vote par division. Dans une première partie, il affirmait la nécessité « de ne pas se » désintéresser des lois avant pour but d'établir une » législation protectrice du travail » et, par suite, l'obligation pour les syndiqués d'empêcher (par les moyens dont ils pouvaient disposer) les adversaires d'une législation sociale d'arriver au pouvoir. La deuxième partie de la résolution affirmait l'intérêt qu’il y avait à ce que « des relations s'établissent entre le Comité confédéral et le Conseil national du Parti socialiste », et invitait par suite le Comité confédéral à « s'entendre, toutes les » fois que les circonstances l’exigeraient, avec le Con- » seil national du Parti socialiste, pour faire triompher » Les principales réformes ouvrières ».
Le: congrès n’accepta pas la division et la proposition fut rejetée par 774 syndicats, 34 seulement étaient pour et il y eût 37 bulletins blancs.
Il restait pour les révolutionnaires à vaincre un autre courant que ce courant purement politique. C'était le courant réformiste. La motion Keüfer n'affirmait pas la nécessité d'entrer en relation avecle Parti socialiste, mais elle ne parlait pas de la grève générale, et disait que « l'action parlementaire devait se faire parallèlement à l'action syndicale ». Elle allait avoir encore moins de succès que la proposition du Textile. 830 syndicats affirmaient leurs idées révolutionnaires en votant la mo-
lion Griffuelhes contre laquelle se prononçaient seule-
ment 8 syndicats. La motion Griffuelhes était un rappel des statuts de la C. G. T. et du but révolutionnaire de la Confédération. « La C. G.T. groupe en dehors de toute école politique tous les travailleurs conscients de » la lutte à mener pour la disparilion du salariat et du » patronat »; ce but que Renard avait proclamé impossible à atteindre par le syndicat, car il «se meut obliga- » toirement dans Les limites que la loi lui a imposées ».
Il fallait expliquer cette affirmation théorique. Aussi la motion ajoutait que le désir de parvenir à cette transformation radicale de la société n’empêchait pas le syndicalisme « de poursuivre... l'accroissement du » mieux-être des travailleurs par la réalisation d'amé- » liorations immédiates, telles que la diminution des » heures de travail, l'augmentation des salaires, etc. ». L'utilité de l’action parlementaire se faisait-elle sentir pour obtenir ces réformes”? Nullement. La motion déclarait plus loin que « l’action économique doit s'exercer directement contre le patronat ». Et cette poursuite de réformes partielles, ce n'était qu'un côté de l’œuvre du syndicalisme qui poursuit aussi, ajoutait la résolution, « l'émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que » par l’expropriation capitaliste » et à cette fin le syndicalisme « préconise comme moyen d'action la grève » générale et considère que le syndicat, aujourd'hui » groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le » groupe de produclion et de répartition, base de la
» réorganisation sociale ».
L'adoption de l'action directe et de la grève générale était la conclusion logique du rejet de l’action politique. Le vote de la motion Griffuelhes s’imposait après le
rejet de la proposition du Textile.