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» arrêtée pendant un certain temps; qu'il suffirait donc » aux producteurs de cesser de produire pour rendre » impossibles les entreprises des gouvernements person- » nels et despotiques » (1). La grève universelle était donc une révolte pacifique. Ce fut aussi comme arme pacifique, doublement pacifique dans sa manière d'être et dans son but, que la grève générale fut recommandée aux travailleurs afin d'empêcher les guerres. « Le con- » grès recommande surtout aux travailleurs de cesser » tout travail dans le cas où une guerre viendrait à » éclater dans leurs pays respectifs ». Le but de cette grève était ici purement politique, sans aucune idée
d’expropriation économique.
SIT. La grève générale el les idées bakounistes.
Les progrès des idées d'abstention polilique el de grève générale violente
en Belgique et dans le Jura.
Cette idée de grève universelle ne pouvait pas plaire à Karl Marx. Il parvint à dominer les ouvriers anglais. Quant à l'influence des Proudhoniens, elle allait en décroissant depuis Le congrès de Genève. Marx était le véritable chef de l’Internationale qu'il orientait dans la voie du socialisme politique. Aussi ne retrouve-t-on
pas de traces de l’idée de grève générale dans les con-
(1) Cité par Pouget dans la Grève générale et le socialisme, par M. Lagardelle, p. 38.
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grès généraux de l'Internationale jusqu'en 1873. Mais l’idée fit du chemin parmi les travailleurs. À mesure qu'elle pénétrait sur le continent et qu'elle séduisait des ouvriers moins pondérés et moins calmes que les ouvriers anglais, elle allait changer de caractère. Elle allait peu à peu se transformer au contact de l'esprit révolutionnaire. On ne devait bientôt plus la considérer comme une grève pacifique et réformiste visant un but mesquin : la hausse des salaires. L'idée owenite d'exproprialion allait reparaitre, et de plus, la grève générale qui devait conduire les travailleurs jusqu'à leur complet affranchissement, allait être regardée comme une grève violente.
En Belgique et en France, on était pénétré de la gravité de la question et l’on avait confiance dans ce réveil de la classe ouvrière.
« Lorsque les grèves s'étendent, se communiquent » de proche en proche, disait « l’Internalionale », c'est » qu'elles sont bien près de devenir une grève géné-
» rale; et une grève générale avec les idées d’affranchis-
» sement qui règnent aujourd’hui, ne peut qu'aboutir à » un grand cataclysme qui ferait faire peau neuve à la
» société » (1).
Varlin, dans Le Travail (2), écrivait que la grève par-
(1) L'Internationale, de Bruxelles, mars 1869.
(2) Le « Travail » parut à Paris pendant quelques mois seule-
ment. James Guillaume, l'Internationale, t. 1, p. 241.
tielle était un « cercle vicieux dans lequel les efforts des » ouvriers semblaient tourner indéfiniment ». Mais « bientôt quand nous serons tous unis, comme nous » sommes les plus nombreux ef comme la production » tout entière est le résultat de notre labeur, nous pour-- » rons exiger la jouissance de la totalité du produit de » notre travail ». Dans ce passage, on peut voir un reste de l'idée de grève générale pacifique. La puissance économique des travailleurs leur permettrait d'exiger des patrons leur consentement à la révolution sociale.
C'est d’ailleurs cette conception bien utopique que l'Internationale semble avoir cherché à répandre au début de son existence. Une telle grève lui paraissait possible grâce à la solidarité et à l'argent. Aussi voulait-elle développer l'union entre les travailleurs et amasser un fonds de réserve. L'essentiel était avant tout de créer une véritable ligue universelle du travail. « Le premier » effet de cette ligue serait... de rendre les hommes » qui vivent du louage de leurs bras maîtres absolus de » la rétribution de leurs services. Quelle force compa-
» rable à la force d'inertie d'une grève faisant instanta-
» nément le vide sur un produit de première nécessité, » et avec quelque entente, un peu de discipline, les » ouvriers disposaient de cette force-là! Le beau spec-
» tacle qu'offriraient alors, au milieu des conflits d'am-
» bition et des disputes de territoire, ces légions
» d'ouvriers se donnant la main à travers les frontières,
d'autant plus unis qu'ailleurs on serait plus divisés,