‹ La Grève GénéraleChapitre 5 sur 32 · PE UE · texte numérisé non relu

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» guerre une grève internationale? Je suis persuadé » que dans ce cas la guerre serait terminée en quel- » ques jours, sans même que le sang ait coulé. Car de » même que la guerre rend impossible le travail rému-

» nérateur, de même la cessation du travail rendrait la

ou

» guerre impossible » (1).

Beaucoup d'ouvriers étaient peut-être de l'avis de ce socialiste, et louaient sa logique; mais la question demeura sans réponse et nulle grève générale ne vint empêcher la guerre franco-allemande. Bakounine vint en France et prêcha contre les Prussiens un soulèvement populaire et la guerre au couteau. Il organisa l'insurrection de Lyon et proclama l'État aboli. Mais son activité révolutionnaire n'eut de bons résultats ni pour les ouvriers, ni pour la France.

Après cetle dure épreuve, le socialisme allait perdre pour longtemps de son ancienne vigueur. Les proscriptions qui suivirent la Commune allaient lui enlever ses chefs. Les horreurs et les excès de la Révolution célébrés par les autres sections de l'Internationale allaient lui enlever des adeptes, et le passage des soldats prussiens allait réveiller dans le cœur de tout homme le sentiment patriotique.

Mais que devinrent le socialisme révolutionnaire et la grève générale en Belgique et dans le Jura ? Quelle était l'attitude de l'Espagne et de l'Italie ?

(1) J. Guillaume, op. cit., t. IT, p. 70.

Les opinions de Bakounine étaient peu à peu favorablement accueillies dans le monde latin. Une conférence secrèle espagnole qui se tint à Valencia en septembre 1871 déclara que « la véritable République démocra- » tique fédérale était la propriété collective, l'anarchie » et la fédération économique, c'est-à-dire la libre fédé- » ration universelle des libres associations ouvrières » agricoles et industrielles ». Cafiero, le grand agitateur italien, était devenu l'ami de Bakounine. Bientôt, s'était constituée une fédération italienne qui, dans une conférence à Rimini, adressa à Bakounine un « lémoignage de reconnaissance pour son œuvre révolutionnaire ».

L'année 1870 n'avait pas vu de congrès général de l'Internalionale. En 1871, une simple conférence s'était tenue à Londres. Elle était naturellement restée fidèle aux idées de Marx et avait proclamé que « la constitu- » tion du prolétariat en parti politique est indispensable » pour assurer le triomple de la Révolution sociale et » de son but suprême : l'abolition des classes ». Marx était préoccupé de la réunion d'un congrès général. Il eut lieu à La Have en 1872. Marx espérait trouver dans la Hollande un milieu soumis à l'influence germanique. Il se trompait, et les Hollandais votèrent contre lui. Mais cela n'empêcha pas son triomphe. Triomphe tout apparent du reste! Le congrès est entièrement rempli par les querelles des Marxistes et des Bakounistes. Karl Marx réussit à faire prononcer l'exclusion des délégués de la fédération jurassienne : Guillaume et Schwitz-

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guébel, amis personnels de Bakounine. Mais sa défaite était inévitable. [1 la reconnut en quelque sorte en transférant à New-York le siège du Conseil général de l’Internationale.

À la suite du congrès de La Haye, la fédération jurassienne — dont les idées bakounistes l'avaient fait mal voie de Marx — tint un congrès à Saint-[mier. Dans la même salle se tint quelques instants après uu congrès international dont voici les résolutions essentielles :

Le congrès déclare :

1° Que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat.

2 Que toute organisation d’un pouvoir polilique, soidisant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction, ne peut être qu’une tromperie de plus et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd'hui. |

3° Que, repoussant tout compromis pour arriver à l'accomplissement de la révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l’action révolutionnaire (1).

Le congrès repoussait donc nettement le socialisme politique. Ïl fallait donc, pour réaliser la Révolution sociale, entrer dans une autre voie que la voie politique

et, tout naturellement, le congrès examina la question

(1) J. Guillaume, op. cit, t. TT, p. 8.

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de la grève. Mais il n'examina que la grève partielle. Elle ne pouvait évidemment pas suffire.

Crise La grève est pour nous, déclara-t-il, un moyen

» précieux de lutte, mais nous ne nous faisons aucune

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illusion sur ses résultats économiques. Nous l’accep- » tons comme un produit de l’antagonisme entre le » travail et le capital, ayant nécessairement pour con- » séquence de rendre les ouvriers de plus en plus » conscients de l’abime qui existe entre la bourgeoisie » et le prolétariat, de fortifier l’organisation des tra- » vailleurs et de préparer, par le fait de simples luttes » économiques, le prolétariat à la grande lutte révolu- » lionnaire el définitive qui, détruisant tout privilège » el toute distinction de classe, donnera à l’ouvrier le » droit de jouir du produit intégral de son travail et, » par là, les moyens de développer dans la collectivité » toute sa force intellectuelle, matérielle et morale » (1).

Nous voyons dès cette époque s'affirmer une théorie aujourd'hui chère à la C. G. T. La grève partielle est insuffisante, sans doute, mais, en dehors de tout résultat économique, elle possède une grande puissance éducative. Elle donne au travailleur l'impression exacte de son rôle d'opprimé, lui fait matériellement voir le fossé qui sépare la classe ouvrière de la classe capitaliste. Elle est comme une manœuvre. Chacun y acquiert le

sens de la lutte et se prépare ainsi au combat final qui

(1) J. Guillaume, op. cit., t. II, p. 9.

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