‹ La Grève GénéraleChapitre 6 sur 32 · REMOTE · texte numérisé non relu

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renversera la société bourgeoise. Le mot n’est pas prononcé dans la déclaration du congrès de Saint-[mier, on ne parle pas encore de la grève générale violente, mais l'idée y est exprimée d’une façon très nette.

C'est qu’à cette époque régnait dans beaucoup d'’esprits une grande confusion. Peu d’hommes se faisaient une conception claire de la grève générale. On à vu que, vers 1869, on considérait la grève générale comme une arme pacifique. C'était le refus de produire, la simple cessation du travail qui devait amener un cataclysme et qui devait permettre aux ouvriers d'exiger la transmission des instruments de production. C'est encore sous un tel jour qu’un Journal anarchiste de Barcelone, /a Solidarité révolutionnaire, nous décrit, en avril 1873, la grève générale : « à jour fixé, l'immense » machine du travail s'arrête; les mines n'ont plus » d'ouvriers, les fabriques et les ateliers sont vides, les » chemins de fer s'arrêtent le long de leurs rails, les » rues sans éclairage, le commerce sans postes, le gou- » vernement sans télégraphe, les boulangeries sans » pain, les boucheries sans viande, le peuple entier est » dans la rue et répond à ses maîtres anéantis : 7e ne » recommencerai le travail que lorsque la propriété » sera transformée, que lorsque les instruments de tra- » vail seront dans ma main, dans la main des travail- » leurs ».

Cette conception ne pouvait pas être celle d'hommes

avides d'action, confiants en la victoire de la seule vio-

lence. Aussi comprend-on pourquoi, quand le comité révolutionnaire de Barcelone voulut organiser une insurrection (juin 1873), il opposait la grève à la révolution. « Il faut, disait-il, transporter... la solidarité ouvrière... sur un autre champ de bataille que celui de la grève, sur celui de la révolution {1). Au congrès général de Berne (1876), le délégué espagnol se plaignait encore de ce que beaucoup d'ouvriers « gaspillaient en grèves toutes leurs ressources ». Heureusement, ajoutait-il : « L'esprit gréviste perd du terrain à mesure que l'esprit révolutionnaire en gagne » (2).

Mais on peut dire qu'en 1873, la conception qui prévaut — en Belgique et dans le Jura par exemple — est une conception nettement et entièrement révolutionnaire. La grève générale esf conçue comme arme révolutionnaire non seulement dans son but, mais aussi dans sa forme. C'est en tant que grève violente qu'elle va être discutée au congrès anti-marxiste de Genève et ce caractère ira en s’accentuant dans les années suivantes. La grève générale pacifique réapparaîtra plus tard dans le P. O. B., en France dans le P. O. S. R. et dans les congrès de la Fédération des Bourses. Les conceptions de la grève générale restèrent d'ailleurs toujours un peu variées et confuses jusqu'au moment où elle s'in-

corpora dans la doctrine syndicaliste.

(1) J. Guillaume, op. cit., t. HIT, p. 90.

(2) J. Guillaume, op. cit., t. IV, p. 91.

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