‹ La Grève GénéraleChapitre 8 sur 32 · HOTTE · texte numérisé non relu

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» mettent en révolte, que ce soit sous la forme de grève » générale ou sous une autre forme, les autres peuples » combinent leurs efforts avec ceux du pays révollé ». C'était là une conclusion logique. La grève générale avait été aux yeux des ouvriers l’aboutissant nécessaire des grèves partielles. Mais elle aurait été incomplète, sans son caractère international. C'était l'avis de James Guillaume qui disait: « La grève générale pour » vaincre devra être internationale ». On ne pensait cependant pas à la décréter. Il ne vint à l'idée de personne au congrès de profiter de la puissance de l'Internationale pour, en secret, choisir le jour de la révolution finale. La grève générale pour réussir pouvait très bien commencer dans un pays, même dans une région d’un pays, pourvu qu'elle se généralisât, qu’elle fit tache d'huile. C’est encore aujourd’hui la doctrine de EN OETE EM

Si les travailleurs savaient comprendre les effets de la solidarité, quelle arme terrible ils avaient entre leurs mains ! Car la grève générale qu'était ce au fond, sinon la Révolution sociale ? Elle devait, pour réussir, être révolutionnaire et elle ne pouvait étre que révolutionnaire. « La grève générale, disait le rapport de la » commission, n'est rien autre chose que la Révolution » sociale; car il suffit de suspendre tout travail seule- » ment pendant dix jours, pour que l’ordre actuel » s'écroule entièrement ».. On peut dire, en somme, que

la grève générale est le prélude nécessaire de la révo-

ne

lution. C’est un acte inévitable. Pour se mettre en révolte, les travailleurs doivent quitter le travail, et cela fait, réaliser la révolution. « C’est un moyen d'amener un mouvement révolutionnaire », disaient les Belges.

Aussi s’abstenait-on de prophétiser à son sujet, d’en donner des descriptions fantaisistes. Un délégué italien, cependant, proposait un projet de résolution assez original, une merveille d’oplimisme : « Chaque grève générale partielle devait être organisée de telle façon qu'une seule catégorie de métiers fût en grève dans les différentes localités et que la catégorie en grève fût soutenue solidairement par toutes les autres. Le produit de l'augmentation de salaire obtenue par cette première victoire devait contribuer à soutenir une seconde catégorie de métiers qui se mettrait en grève à son tour, et ainsi de suite, jusqu’à complet triomphe ». C'était une suite de grèves réformistes et pacifiques qui devait amener la grève générale révolutionnaire. La théorie, il faut l'avouer, était d’une simplicité vraiment séduisante.

La conception dominante était celle d'une grève générale expropriatrice violente. Et cependant, le vote d’une résolution embarrassa fort le congrès. C'est que, si les débats allaient être tenus seérets, la résolution allait être publiée, et le congrès redoutait les suites de la publicité. Joukovsky vint bien dire au nom de la com-

mission : « La question n’a pas à recevoir de solution

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parce que la discussion mettrait nos adversaires au courant des moyens que nous avons l'intention d’employer pour la révolution sociale ». Costa vint bien affirmer que le congrès ne devait pas se prononcer, car ce serait risquer de faire sourire le bourgeois, — la vérité était que le congrès avait peur d’étonner par sa violence.

Tous les délégués, sauf deux, s'étaient malgré tout prononcés pour le vote d’une résolution. Ce vote fut accompagné de discussions assez obscures. On adopta finalement une résolution présentée par la commission en se contentant de changer certains mots de place, pour plus de clarté, et d'ajouter une phrase recommandant une active propagande socialiste et révolutionnaire. Mais le mot révolutionnaire lui-même disparut sur la demande de Verrycken. La résolution finale qui fut volée et qui suit n'est donc que le bien pâle reflet des discussions des deux séances.

« Le congrès, considérant que dans l’état actuel de » l’organisation de l’Internationale, il ne peut pas être

» donné une solution complète à la grève générale,

» recommande d’une façon pressante aux travailleurs

> l'organisation internationale des unions de métiers,

» ainsi qu'une active propagande socialiste ».

Le congrès modifiait en même temps les statuts de l’Internationale et déclarait notamment : « L'émancipation économique des classes ouvrières est le grand but

auquel tout mouvement politique doit « être subor-

donné ». Les mots « comme moyen » disparaissaient. C'était donc la défaite du socialisme politique, défaite d'autant plus éclatante que le congrès marxiste qui se tenait dans la même ville « faisait fiasco » au dire de Marx lui-même (1).

Mais la victoire du socialisme anti-parlementaire était-elle décisive? Était-elle durable? Loin de là. On assistait à celte époque à un affaiblissement du socialisme et non pas seulement à une décadence du socialisme parlementaire. L'Internationale va vivoter encore pendant quelques années et c'est à peine si le souvenir de la grève générale va se maintenir quelque temps au milieu d'elle. Bien des délégués avaient proclamé d’ailleurs cette grève impraticable dans les pays qu'ils représentaient. Que pouvait donc devenir la grève générale, alors qu'elle perdait ainsi un de ses caractères Les plus essentiels : Le caractère international? Fondant sur elle plus d'espoirs, d’autres membres du congrès l'avaient bien acceptée, mais sans se faire trop d'illusions et en se rendant compte qu'une longue propagande était nécessaire. La grève générale va agoniser lentement en même temps que les vestiges de l’Internationale. Tout en étant agitée de temps à autre, elle va

bientôt disparaître et tomber dans l'oubli.

(4) « Le fiasco du congrés de Genève étuit inévitable »... Lettre à

Sorge, 27 septembre 1873 citée par J. Guillaume.

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