PREMIÈRE PARTIE
La Réunion
Au fond une estrade avec une table. — Sur l'estrade, un président, un assesseur. — A la table, le secrétaire. — Au mur, quelcpies afliclies-réclames, quelques avis écrits ou imprimés. — Dans la salle beaucoup d'ouvriers; les uns sont endimanchés ; les autres sont en tenue de travail. — Sur l'estrade, l'orateur de Paris est supposé finir son discours. Il commence à parler avant le lever du rideau.
L'orateur. — ...Ainsi, camarades, la grève se fera. Vous le devez pour vous et pour vos amis des autres usines. La grève est la seule arme que vous ayez en mains ; servez-vous-en ; n'ayez pas peur de vous en servir. Mais pour qu'elle vous soit utile, ah! camarades! formez bloc; qu'il n'y ait pas de défaillance, car votre victoire à tous, vous entendez bien, à tous, en dépend.
Une voix, (i) — C'est vite dit... Murmures.
L'orateur. — Je sais bien qu'on me dira : une grève! une grève! Mais nous n'en avons jamais
Jean Hugues. — la Grèce
fait, de grève ; nous ne saurons jamais; à ceux-là, camarades, je répondrai : On sait toujours quand
on veut, on peut toujours quand on veut ! Applaudissements. Est-ce que vos amis de chez Gillard , en Auvergne, avaient jamais fait grève ? Ne se sontils point décidés ? N'ont-ils pas été payés de leur petit sacrifice par une victoire glorieuse et profitable? Si ! Vous aussi, camarades, vous réussirez... Une voix. (2) — Ne manquerait plus que ça. Rires. L'orateur. — Sachez ceci , camarades : vos patrons se sont formés en syndicat avant vous, contre vous, vous qui n'osez pas vous syndiquer. Réunis, vos maîtres escomptent votre peau, mais espérons qu'ils auront vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué et que vous vous réveillerez ! Applaudissements. Sachez encore ceci : seuls vous n'êtes rien; unis, vous êtes la force et le nombre, une force que rien ne pourra vaincre. Rien, entendez- vous. Que craignez-vous alors? Que pouvez-vous craindre? Une voix. — Personne.
L'orateur. — Vous l'avez dit, camarades, personne. En avant donc ! Enflant la voix et faisant de grands
gestes. Donnez le bon exemple, afin que, jusque dans le fond des provinces, la France de 1789 prépare au prolétariat du monde entier le triomphe du travail sur le capital, du travailleur sur le paresseux, de
l'exploité sur l'exploitant ! Applaudissements, cris : Oui ! la