ACTE III
BoNTEMPs. — Si, pourtant...
Le père Mautard. — Quoi? des rentes?
BoNTEMPS. — Qu'on soit tous à peu près heureux.
Une jeune femme (5) riant. — A la bonne heure, il a bon cœur... il pense aux autres; moi, il me plaît, Bontemps! On rit.
Une autre. (4) — Dommage qu'il soit marié, hein, la petite mère? On rit.
Bontemps. — Oui, je voudrais bien vous faire savoir ce que je sais, car lorsque vous saurez...
Un ouvrier. (4) — Mais on ne demande pas mieux...
Bontemps. — Vous voyez bien que la grève a servi à quelque chose, puisque vous vous intéressez à des questions qui vous paraissaient imbéciles. C'est bon, on vous les expliquera, ces questions, de façon à ce qu'à la prochaine grève...
Les ouvriers, avec étonnement. — La prochaine grève î
Le père Mautard. — Mais oui, celle-ci, c'est le premier acte...
Bontemps. — A la prochaine grève, on ne vous fera plus agir, vous agirez... comme des hommes.
On rit.
Le père Mautard. — Oui, et vous ne ferez plus ce que vous avez fait...
Les ouvriers. — Et quoi?
Jean Hugues. — la Grève
Le père Mautard. — Ils sont renversants, ces cocos-là ; quand je vous dis, qu'ils sont renversants. . . Quoi? Ils demandent quoi? Vous avez la mémoire un peu courte ; et samedi soir, sur la place Parisol ?
Un ouvrier. (3) — Avec la troupe ?
Le père Mautard. — Oui.
Un ouvrier. (3) — Pour en être fiers, on ne peut pas en être fiers...
Le père Mautard. — A la bonne heure! Je m'y vois encore... Nous étions là sur la place à crier comme des sourds... L'officier nous ordonne de nous cavaler... Oh! messieurs! mesdames! avant même qu'il ait fini, voilà Pierre qui fout son camp, et Jean de le suivre, et François, et puis tous, et chacun de gueuler comme un gosse : « Vive le patron ! Vive m^sieu Parisol! » Ça a pas été long ! Ah! dame...
Un ouvrier. (4) — Je te crois, ils avaient sorti leur sabre !
Un autre. (5) — On tient à sa peau... on avait peur de passer un fichu quart d'heure...
Une femme. (2) — Et puis on ne meurt qu'une fois.
Le père Mautard. — Je sais bien que vous aviez peur, je le sais fichtre bien; je suis payé pour le savoir ; eh bien ! la prochaine fois vous n'aurez plus peur, voilà tout !