ACTE III
Gros- Jean. — Ce sont eux qui auront la trouille.
Rires.
BoNTEMPS. — Et au lieu de laisser rentrer les compagnons qui ont peur de lutter. . .
Un ouvrier. (3) — Oui, oui, Maignan...
BoNTEMPs, l'interrompant. — La prochaine fois, ces quatre-là ne rentreront pas, ou on les empêchera d'aller à leur étau, ce qui reviendi^a au même.
Latour. — Mais, s'ils veulent travailler, ils ont bien le droit de...
BoNTEMPS. — Ils n'ont pas le di^oit de nous empêcher de nous défendre non plus. Il faut choisir. Il n'y a pas d'erreur. Ils se mettent avec le patron, ils deviennent nos ennemis, et quand on lutte, il faut lutter.
Gros- Je AN. — Parfaitement ; si nous allions manger. Il se fait tard et on a assez causé. Rires.
Les femmes. — Oui, oui, à la soupe!
Gros-Jean. — J'ai perdu vingt francs, j'ai été un peu Jacques de m'en plaindre... je vois ça... sérieux. Car c'est peut-être un bonheur pour tous, si je les
ai perdus... Et puis quoi?... Avec un geste pour lo prendre
à la blague. Je boirai moins. On rit.
Bontemps. — Ben oui, arrêtons-nous là, mais faudra nous réunir de temps à autre. Ça fait du bien. On se cause, on se connaît.
Jean Hugues. — la Grève
Des voix. — Oui, oui, c'est ça, il a raison, c'est utile...
BoNTEMPS, plus grave. — Serrons-uous les coudes. D'ici quelque temps, des coupes noires seront faites en nos rangs. Ce sera le moment. Le patron donnera le signal, il faudra marcher.
Gros-Jean. — Et dur.
Un ouvrier. (4) — C'est ça.
Bontemps. — Et dans cette grève, nous pourrons réussir, nous réussirons...
Les ouvriers. — Oui! oui!
Les femmes. — A la soupe, en attendant.
Bontemps, souriant. — Elles ont raison aussi elles.
Il se lève, tous se lèvent; levant son verre : — A la prochaine ! Tous, gaiement et sans pose. — A la prochaine !
Rideau
Jean Hugues Paris, août 1900