‹ La Grippe à Bourges: Contribution à l'étude épidémiologique, clinique, anatomique et bactériologique de la grippe épidémique de 1918 dans le centre de la FranceChapitre 14 sur 33 · COQUE · texte numérisé non relu

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tion civile qui est atteinte en majeure partie à présent, soit sous forme d’épidémies circonserites -dans les usines, les asiles, les établissements pénitentiaires, soit de façon plus diffuse; par petits foyers de maisons ou de logements. Les troupes américaines cantonnées dans la région sont très atteintes ‘également et payent un lourd tribu à l'épidémie.

Au milieu de Septembre cab Hépféune fait en quelque sorte explosion; elle diffuse brusquement et de façon massive. Elle frappe en bloc la population civile tout entière, les groupements militaires jusque là indemnes, et s'étend simultanément à toutes les. agglomérations du Cher ainsi que de la Nièvre et des départements avoisinants. À partir de ce moment, et en l’espace de quelques jours, la physionomie de l’épidémie change du tout au tout. La maladie mainténant est partout, dans les villes comme dans les campagnes s elle court les rues en quelque sorte. Elle s'étend comme une vague uniforme et de densité égale sur la populalion tout entière, ‘sans que l'on puisse parler maintenant de foyers épidémiques ; elle frappe indistinctement les individus isolés ou vivant en collectivité. Pendant deux mois consécutifs, elle va sévir uniformément, sans périodes d'augmentation ni de diminution. La mortalité ne commencera à baisser qu'à la fin d'Octobre, tandis que la morbidité semblera augmenter plutôt, par suite du reflux dans les centres des BHIpes évacués du front ou provenant des campagnes.

C’est la période pandémique à proprement parler, la période la plus sombre de l'épidémie. Les hôpitaux

regorgent de malades tandis que le personnel hospitalier, atteinten grand nombre, se trouve en partie immobilisé.

Immunité. Foyers épidémiques.

L'étude de l'épidémie à celle période montre des faits intéressants d'immunité collective. Il apparait en effet, de façon très nette, que les collectivités frappées au prinlemps ne l'ont pas élé en automne, quoique exposées de nouveau à la contagion. Il en est ainsi pour les cantonnements de travailleurs chinois et indochinois et Nord africains; pour le camp d'Avord, la caserne du 95° d'Infanterie, les houillères de Decize qui, très éprouvés dans la première moitié de l'épidémie, n’eurent en automne que des atteintes individuelles et peu nombreuses. À l'École de rééducation des mutilés par exemple, située en pleine ville de Bourges et où avaient eu lieu 57 cas au mois de Juin, on ne relève que 2 cas de grippe dans l’arrière-saison.

Par contre, des collectivités ou des localités qui étaient demeurées indemnes au printemps, furent durement éprouvées dans la seconde partie de l'épidémie, tels par exemple la colonie pénitentiaire du Val d'Yèvre, l’Asile départemental de Saint-Fulgent, l’Asile d’aliénés de Beauregard.

. A la Colonie pénitentiaire du Val d’ Yèvre, située à la campagne à 6 kilomètres de Bourges, les premiers cas se produisirent le 25 Août et débutèrent chez les pupilles. Leur nombre, leur gravité surtout augmentent - : rapidement, et à partir du 29 Août, les entrées à l'infir-

merie sont les suivantes :

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DATE JOURS DE L'ÉPIDÉMIE CAS QUOTIDIENS 29 Août Be 33 30 = - 6° 13 es RS AMRENTS 2)

17 Septembre CAES 23 v 2? — 9° 13 3 = 10: 25 4 2, 11° | 22 Das SEoe 8 6 EST 4 Tee 14° A SE 8 __… 15° 2 9 — 16° 1

soit au total 161 malades dont 152 pupilles et 9. surveillants sur une population de 330 personnes. Le maximum de l'épidémie a été atteint le 5° jour avec 33 cas nouveaux, la durée totale a été d’une quinzaine. Le nombre des décès a été de 13 dont 12 pupilles et un surveillant.

La population de l'asile étant de 300 pupilles et de 30 surveillants, la morbidité a donc été de 50 p. 100 chez les pupilles et de 30 p. 100 seulement chez les surveillants. Inversement la mortalité a été de 8 p. 100 chez les pupilles et de 11 p. 100 chez les surveillants.

D'autre part, dans un groupementde cinquante pupilles logés à plusieurs centaines de mètres des bâtiments atteints, un seul a été atteint et le fut légèrement.

A l'asile départemental de Saint-Fulgent, à Bourges, peuplé de vieillards, d'incurables et d’indigents, et qui. avait été complètement respecté jusqu'alors, le premier cas de grippe eut lieu le 25 Octobre; il fut importé par

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une gardienne du service des enfants âgée de 60 ans et qui sdrtait fréquemment en ville. L'épidémie débute par le quartier des enfants, où elle revêt une allure traînante; elle atteint ensuite le quartier des hommes où elle fait des ravages considérables, surtout parmi les épileptiques; elle passe ensuite aux femmes où elle est beaucoup plus bénigne.

Les épileptiques furent atteints d'une façon toute particulière et décédèrent en grand nombre.

Les vieillards furent rarement atteints, et de façon bénigne; la mortalité chez eux ne fut pas sensiblement. différente de ce qu'elle était pendant les périodes précédentes eten l'absence d'épidémie. ur à

L'asile renfermait à ce moment 310 hospitalisés de tous âges, la moitié d'entre eux ayant de 15 à 40 ans lesquels furent atteints de beaucoup le plus souvent, et la mortalité fut considérable puisque, sur 75 cas de grippe, il y eu 60 décès. L'épidémie dura 3 semaines en tout. |

A l'asile d'aliénés de Beauregard”, l'épidémie débute le 18 Septembre. L’asile avait été épargné jusqu'alors ; deux cas seulement s'étaient produits au mois de Juin dans le personnel hospitalier mais n'avaient pas diffusé. Du 18 Septembre jusqu'au 24 Octobre, tous les services de l'asile, au nombre de 11, furent atteints les uns après les autres, et dans chaque service, l'épidémie évolua sui-

vant son cycle habituel.

* Ces renseignements nous ont élé obligeamment communiqués par le docteur Vernet, directeur de l'Asile, auquel nous adressons ici {ous nos remerciements.

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