‹ La Grippe à Bourges: Contribution à l'étude épidémiologique, clinique, anatomique et bactériologique de la grippe épidémique de 1918 dans le centre de la FranceChapitre 15 sur 33 · AAA · texte numérisé non relu

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L'épidémie débute à la première section du quartier des femmes le 18 Septembre, puis marque un temps d'arrêt. Elle frappe le premier jour ? personnes, et 6 le second jour. Les cas s'espacent ensuite, le dernier ayanWieu le 25 Octobre. Vingt personnes furent atteintes sur un effectif de 100, il ÿ eut 1 décès.

Les 1e et 2? Octobre, nouvelle poussée de l'épidémie qui apparaît dans cinq seclions à la fois.

Du 8 au 14 Octobre, quatre autres sections sont atteintes, la 11° le fut tardivement, le 24 Octobre seule-

ment. La durée totale de l'épidémie dans chaque section

fut d'une quinzaine en moyenne; le maximum d’atteintes

ayant lieu le 3€ jour.

Pour tout l'asile, sur une population de 622 tai ess il y eut 185 cas de grippe et 35 décès. La morbidité moyenne fut donc de 33 p.100, et la mortalité de 20 p. 100. Cependant, ces chiffres furent très variables suivant les services, bien que tous furent également encombrés et surpeuplés. La morbidité et la mortalité n'ont pas présenté de rapport apparent avec les formes mentales ou organiques. Cependant, et nous avons observé le même fait à l'asile de Saint-Fulgent, le quartier des déments et des épileptiques fut atteint d'une façon toute parliculière : sur 42 internés en effet, on relève 20 cas de grippe et 12 décès, soit une mortalité vraiment exceptionnelle de 60 p. 100 avec une morbidité de 47 p. 100. Le quartier des enfants, idiots pour la piupart, fut fortement atteint, mais de façon moins sévère. 30 enfants sur 44 furent atteints de grippe (68 p. ue il n'y eut que ? décès (6 p. 100).

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Au mois de Juillet, une épidémie de rougeole s'était déclarée à l'asile, et on fit cette remarque que la plupart des aliénés qui avaient contracté la rougeole furent par la suite indemnes de grippe, et ceux qui furent grippés ne le furent que légèrement.

Enfin la façon dont les atteintes de grinpe se réparürent sur le personnel de l’asile est très suggestive, car elle montre bien l’influénce qu'eut l’âge dans la réceptivité de la grippe, en 1918 tout au moins. Toutes les infirmières en effet, sauf une, ont été atleintes, et la plupart gravement. Un seul infirmier sur les 25 de l'asile a contracté la grippe. Les infirmières étaient âgées de 18 à 25 ans. La plupart des infirmiers présents à celte époque élaient au contraire, du fait de la mobilisalion, des hommes ayant dépassé la cinquantaine. Le seul infirmier atteint était un auxiliaire en sursis d'appel âgé de moins de 40 ans. ;

D'une façon très nette en effet, comme on l’a vu partout ailleurs pendant la présente épidémie, ce furent les adultes et les adolescents, entre 15 et 10 ans qui furent le plus souvent atteints, le plus sévèrement aussi; les exemples précédents en font foi.

Les enfants cependant contractèrent la grippe. Dans les crèches attenant aux établissements militaires, un grand nombre d'enfants âgés de 2 à 5 ans furent atteints, parfois même avec des complications, mais tous guérirent, cependant que plusieurs infirmières de ces mêmes crèches succombèrent. Par contre, les nourris- - sons ne furent pas atteints. | Les Hôpitaux de tuberculeux situés dans la région, ,

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stations sanitaires et hôpitaux sanitaires, ont été à peu près complètement épargnés par la grippe. C'est là un fait d'ordre général d’ailleurs et qui a été observé dans toute la France par notre maître, le Professeur Léon Bernard *. Les tuberculeux d’autre part, qui dans les hôpitaux contaminés ont contracté la grippe, ont fait en général des formes légères sans que la grippe parût avoir une influence quelconque, se manifestant immédiatement tout au moins, sur l’évolution ultérieure de leur tuberculose. L'immunilé des tuberculeux vis-à-vis de la grippe nous a semblé réelle, quoique relative. Quant à lPinfluence possible de la grippe sur une tuberculose préexistante, en évolution ou non au moment où le malade a contracté la grippe, si l’on envisage les faits avec un recul de plusieurs mois, on ne peut se défendre d’une certaine indécision.

Nous avons observé couramment en effet, dans le service de notre maitre à l'Hôpital Laënnec et pendant l'année 1919, un certain nombre de tuberculeux en poussée évolutive et, dont la poussée semble avoir coïncidé chronologiquement avec la période la plus forte de l’épidémie de grippe. Les malades très fréquemment d'ail leurs disent avoir contracté à ce moment une grippe dont ils ne se seraient pas relevés, L'étude attentive deees faits nous a montré dans plusieurs cas, surtout chez des militaires, qu'il s'était agi en réalité de poussées évo- ‘ lutives et commençanies de tuberculose, avec présence

* Discussion d'une communication de P. J. Ménard : Une épidémie de

grippe dans un milieu de luberculeux. Société Médicale: des Hôpitaux, 7 Février 1919.

reconnue à ce moment de bacilles dans les crachats, et non de grippes véritables.

Dans beaucoup de cas-cependant l'atteinte grippale iniliale a élé indiscutable. Il semble que la grippe ait provoqué chez ces sujets une poussée évolulive, à titre de reviviscence probablement chez d'anciens tuberculeux guéris. Et le nombre de soldats qui sont entrés dans la tuberculose aprés l'armistice, en pleine période épidémique alors qu'ils n'avaient plus à souffrir. des fatigues de la guerre. s’est montré en 1919 assez impressionnant. =

La conclusion à tirer de ces faits est encore imprécise. Nous faisons connaître ailleurs, en collaboration avec Debré *, ce que l’on peut en penser.

- Mentionnons également l’immunité relative des hôpitaux de paludéens, que l'on a relevée également d'une façon générale **. L'hôpital des paludéens de Sancerre fut atteint par l'épidémie le 5 Octobre. Parmi les 67 pa-ludéens hospitalisés, 19. contractèrent la grippe mais sans complications, il n'y eut aucun décès. A l'H6pital 10, à Autun, dans la section des paludéens, la grippe en Septembre atteignit5 malades sur un effectif de 107 hospitalisés; un d’entr’eux fit ure broncho-pneu- - monie, un autre une pleurésie purulente, il y eutun décès.

Certaines races humaines se sont comportées diffé remment les unes des autres vis-à-vis de l'épidémie.

* Robert Debré et Paul Jacquet. Grippe et tuberculose. L’anergie grippale et la bacillose de l'adulte. Paris Médical, Janvier 1920. (Numéro consacré

à la tuberculose). Sous presse.

* Marcel Aynaud. Paludisme et infections associées Société de Biologie,

9 Novembre 1918.,

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