‹ La Grippe à Bourges: Contribution à l'étude épidémiologique, clinique, anatomique et bactériologique de la grippe épidémique de 1918 dans le centre de la FranceChapitre 26 sur 33 · DE QUELQUES FAITS CLINIQUES EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DE QUELQUES FAITS CLINIQUES EN PARTICULIER

Symptômes respiratoires.

Parmi les manifestations respiratoires que l’on peut voir. survenir au cours de la grippe, les unes sont atténuées, bénignes, constantes si l’on veut bien les recher- ‘cher de parti pris; elles semblent faire partie du syndrome grippal et constituent en quelque sorte les symptômes respiratoires de la grippe.

D'autres, au contraire, sont épisodiques: elles arrivent par séries à certaines époques seulement de l'épidémie, à peu de chose près les mêmes aux différentes époques. La gravité de leur pronostic, leur caractère contingent en font des complications à proprement parler de la maladie grippale. Parmi celles-ci, deux tout au moins nous ont paru assez caractéristiques : la congestion pulmonaire diffuse et l'œdème aigu du poumon.

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Nous avons décrit précédemment la érachéo-bronchite légère et constante du début, s’accompagnant de laryngite avec enrouement; la pharyngite, légère également mais plus inconstante; la toux sèche et douloureuse très pénible pour les malades.

Le coryza, contrairement à ce qui s’est passé pendant l'épidémie de 1889, a fait constamment défaut, et nous n'avons pas souvenir de l'avoir rencontré une seule fois. H en est de même pour les otites. Celles-ci, après avoir fait complètement défaut pendant la belle saison, sont apparues à l'automne, mais toujours en petit nombre. Nous en avons vu 7 cas en Octobre, chez une série de grippés évacués des armées. Il s'agissait généralement d'olites doubles avec suppuration très abondante et surdité presque complète. La guérison est survenue rapidement sauf chez un malade qui fit une mastoïdite avec phlegmon de Bezold.

L'épistaxis est un symptôme fréquent, et nous semble très importante au point de vue du diagnostic. Elle apparait avec une fréquence particulière chez les sujets jeunes et chez les enfants. Le plus souvent elle apparaît comme symptôme de début, accompagnant la congeslion faciale marquée des premières heures de la grippe, et ne se reproduit pas. Quelquefois cependant elle est plus tardive; elle se répète les jours suivants en devenant d’une abondance croissante, au point de nécessiter parfois des soins appropriés. Elle semble en rapport alors avec les tendances hémorragiques marquées que revêt parfois la grippe.

Voici un fait enfin que nous avons observé chez de

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nombreux malades atteints de grippe simple et non compliquée, et à tous les moments de l'épidémie. C'est en quelque sorte le premier pas vers l'œdème aigu du poumon dans sa forme pure, généralement bénin tel qu'ii nous est apparu, et où l’on peut saisir directement, semblet-il, le processus grippal. Chez un sujet atteint de grippe, alors que la courbe thermique est à son apogée ou commence à décroître, des râles fins envahissent tout un lobe, ou même toute la poitrine et par larges zones. Ce sont des râles de déplissement alvéolaire à type de râles crépitants, par grosses bouffées en certains points, d’ailleurs variables d'un jour à l’autre dans leur répartition et indépendants de la pesanteur, formant pluie de râles au moment de la toux. Il n’y a pas de souffle ou la respiration parfois est à peine soufflante, pas d'expectoration, la respiration est calme ou à peine accélérée, le malade ne se plaint de rien. Le pouls est normal ou relativement peu rapide, l'affection est complètement latente, et seule, l’auscultation fait connaître ce qui se passe. La température accomplit sa descente ou ne subit qu'une réascension de quelques dixièmes et d’ailleurs passagère, la guérison survient dans les délais normaux. Les râles fins persistent fréquemment pendant une semaine, survivant à la maladie. Mais dans aucun de ces cas n'est survenue, comme nous le redoutions, l'expectoration albumineuse, ni l’orthopnée traduisant au dehors les phénomènes d'œdème.

Ces faits, à notre avis, sont de grande importance, car ils forment transition vers les accidents graves des formes compliquées, el nous font toucher du doigt en

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quelque sorte, dans les formes bénignes, le processus d’æœdème pulmonaire qui semble propre à la grippe.

Bien plus, si l’on envisage la latence complète de ce processus atténué de congestion et d’œdème, el sa très grande fréquence quand on le recherche systématiquement, on est amené à se demander s’il ne fait pas partie normalement du syndrome de la grippe, et s'il n'existe pas toujours, à un degré quelconque, et chez tous les malades.

La congeslion diffuse et aisément constatable des voies respiratoires, constante chez les grippés, semble favorable à cette hypothèse. Ce que l’on sait d’autre part sur la pauvreté en signes physiques des congestions pulmonaires dans leurs formes habituelles, ne se traduisant que par de minimes modifications, en plus ou en moins, de la sonorité thoracique et du murmure vésiculaire, n’est pas défavorable à cette manière de voir.

Un fait positif est apporté à cette conception par la notion suivante sur laquelle notre maître le Doeteur Laubry a attiré notre attention : dans la plupart des cas de grippe suraiguë, précocement décédés, qu'un certain nombre d’observateurs ont pu rencontrer, quoique en très petit nombre, l’autopsie a montré une congestion intense et diffuse, étendue aux deux poumons. Nous avons observé pour notre part un fait de cet ordre.

Dans le courant de Juillet, en milieu épidémique, et alors que la grippe s'était toujours montrée d’une parfaite bénignité, un jeune soldat tombe brusquement malade, à 10 heures du matin. On l'hospitalise l’après-

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midi, dans un élat très grave: température au-dessus de 41°, aspect anxieux très particulier, pouls extrêmement hypotendu, à peu près impossible à prendre ; en outre, absence complète de signes pulmonaires malgré une auscultation attentive que nous pratiquâmes dans la pensée d’une pneumonie centrale. Dans la nuit, le malade est pris d’agitation violente et meurt à l'aube, ayant élé vu par le médecin de garde qui n'a constaté, ainsi que nous-même, à aucun moment, de phénomènes dyspnéiques. L’autopsie nous à montré une congestion sans œdème, intense et diffuse des deux poumons, qui ont de façon uniforme un aspect de betterave rouge. La nature .très probablement grippale de l'affection fut méconnue sur le moment, l'épidémie ne nous ayant montré jusqu'à présent aucun fait de cet ordre, et le cas fut classé.

Un autre fait également va à l'appui de cette notion de congestion initiale et souvent latente du poumon chez les grippés : pendant les premières semaines d'Octobre, les épanchements pleuraux apparaissaient très fréquemment au décours de la grippe, sous forme séreuse et parfois purulente. Recherchant systématiquement ces collections pleurales, nous avons fait un grand nombre de ponclions exploratrices en des points obscurs ou soufflants du thorax de nos malades. Il nous est arrivé de la sorte, et très souvent, de ramener de pleines seringues de sang, comme lorsque l’on fait une hémoculture.

Nous ignorons si le fait a été relevé communément par d’autres observateurs; il nous a semblé assez intéressant pour être rapporté.

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Syndrome cardio-vasculaire.

Les surrénales dans la grippe.

Nous avons décrit précédemment les Lendances hémorragiques de la grippe se traduisant dans les cas simples par des épistaxis, dans les formes compliquées par des hémoptysies.

Les métrorragies nous ont paru habituelles. L’apparition des règles coïncidait chez la plupart des malades femmes avec l'atteinte de grippe, ce fait expliquant vraisemblablement les accouchements prématurés et les avortements occasionnés par la grippe de façon si fréquente.

Nous avons insisté sur la dissociation légère. du pouls et de La température, qui nous a semblé habituelle dans la grippe épidémique. La tension artérielle dans cette maladie est normale en générale, et contraste avec Fhypotension de la convalescence dans les formes compliquées.

En ce qui concerne le fléchissement cardiaque rapide des formes broncho-plégiques, disons seulement qu'il ne répond à aucun substratum anatomique, et que nous n'avons trouvé dans aucun de ces cas de lésion histologique de la fibre cardiaque. |

Dans une dizaine de cas, la grippe à ses débuts s’est accompagnée de phénomènes impressionnants, passagers d’ailleurs et bénins, et qui nous ont semblé en rapport avec un syndrome d'insuffisance aigu des surrénales tel que l'ont décrit MM. Sergent et Bernard.

Les malades qui en furent atteints présentèrént comme phénomènes de début de la grippe, des vomissements répétés avec état nauséeux persistant, s'accompagnant de douleurs lombo-abdominales vives, irradiant à l’épigastre et aux hypochondres, mais sans manifestation objective du côté de l'abdomen. Les malades étaient dans un état de grand abattement, le pouls pelit et rapide, nettement hypotendu sauf dans deux cas, le facies anxieux. L’adrénaline nous a paru dans ces cas avoir une aclion nette. Les phénomènes s’atténuaient d’ailleurs au bout de quelques heures, la grippe par la suite évoluant de façon quelconque.

Nous avons décrit précédemment l’asthénie consécutive aux grippes compliquées, avec hypotension artérielle, ligne blanche, etc., que l’on atiribue couramment à l'insuffisance capsulaire. Beaucoup de ces sujets nous ont semblé atteints en outre de myocardite passagère, le cœur apparaissant nettement dilaté à l’examen radioscopique.

Analomiquement les capsules surrénales nous ont paru peu touché par la grippe. Sur cinq examens histologiques que nous avons pratiqués dans les formes de Septembre, nous avons relevé un cas de surrénalite hémorragique avec tuméfaction trouble et état pycnotique des cellules corticales, avec suffusions hémorragiques diffuses le long des travées cellulaires. Dans les quatre autres pièces, au contraire, les surrénales étaient intactes et ne présentaient même pas, chose assez curieuse, cette hypertrophie de la corticale avec aspect spongyocylaire des cellules qui est de règle dans les

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élats infectieux, et qu'ont décrite MM. Bernard et

.Bigart” dans différentes intoxications. Les surrénales dans les cas que nous rapportons paraissaient quiescentes ou même hypoplasiées, en hypoépinéphrie en un mot, comme incapables de réagir à l'infection grippale.

Symptômes digestifs.

Contrairement à ce qui s’est passé dans les épidémies précédentes, la grippe nous a paru toucher très peu le tube digestif. À certains moments de l'épidémie, — au mois de Mai notamment, — les grippés avaient la langue chargée, un état saburral assez prononcé, une ou deux selles diarrhéiques parfois pendant les premières heures, mais la constipation pendant toute la durée de la maladie nous est apparue comme le fait habituel.

Dans le courant du mois d’Aoùût un certain nombre de diagnostics de « grippe à forme intestinale » ont été portés dans la région. Mais nous n'avons observé personnellement aucun fait probant à ce point de vue.

Il s'agissait la plupart du temps soit de gastro-entérites à forme grave, parfois, cholériforme, et dont quelques-unes mortelles; — soil d’entérites dysentériformes, ou de dysenterie confirmée. La dysenterie bacillaire s'observe chaque année à Bourges et dans les environs. Cette année, comme les précédentes, pendant

* Bernard et Bigart. Etude anatomo-pathologique des capsules surrénales

dans quelques intoxications expérimentales. Journal de Physiologie et «de Pathologie générale, Novembre 1902.

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