‹ La Grippe à Bourges: Contribution à l'étude épidémiologique, clinique, anatomique et bactériologique de la grippe épidémique de 1918 dans le centre de la FranceChapitre 27 sur 33 · HO ANE · texte numérisé non relu

HO ANE

la seconde quinzaine d'Août et la première quinzaine de Séptembre, de nombreux cas de dysenterie bacillaire à type Shiga, et dont le germe fut identfié par nous à plusieurs reprises, se sont produits dans l’armée et surtout dans la population.

En outre, pendant la première quinzaine d Août, nous avons eu l’occasion de suivre au Camp d’Avord, dans une unité alors exempte de grippe, une petité épidémie de gastro-entérites cholériformes. Sur 7 cas étudiés, nous avons isolé 3 fois des selles un bacille mobile, à réactions fermentatives variées, semblant se rapprocher des para-colibacilles.

C'est à des faits analogues vraisemblablement qu'il faut rapporter la plupart des cas de grippe abdominale qui ont été diagnostiqués pendant l'épidémie, en tenant compte de la lendance naturelle des médecins à rapporter à la maladie régnante tous les cas mal classés.

Il est intéressant de remarquer d’ailleurs que la grippe, la dysenterie, les gastro-entérites ont évolué parallèlement sans réagir l’une sur l’autre. Il ne nous a pas semblé que du fait de leur coexistence les différentes épidémies aient contracté un regain d'activité, ou se soient modifiées dans leur forme, de quelque façon que ce fut.

Les lésions gastro-intestinales n'ont élé relevées que rarement dans nos autopsies de grippes compliquées. Trois fois seulement nous avons trouvé des lésions congestives, d’ailleurs peu importantes, sauf dans un cas où 1l y avait des suffusions hémorragiques de l'estomac avec congestion de l'iléon dans sa partie

moyenne, avec hypertrophie des ganglions mésentériques, mais sans tuméfaction des plaques de Peyer.

Dans le cas auquel nous faisons allusion, le diagnostic avait hésité entre grippe à forme abdominale et paratyphoïde, mais il s'agissait bien d’une grippe à forme traînante, compliquée à la fin de vomissements, de diarrhée et d’une pneumonie mortelle.

Il est classique de décrire en outre à propos des. manifestations abdominales, une forme typhoïde de la grippe. Nous n'avons pas observé de faits analogues. À certains moments cependant, ‘pendant la période des formes graves, la grippe a revêtu l’allure d’une fièvre continue. Après un début de grippe bien caractérisée, avec les épistaxis initiales, le facies congestif habituel, la courbe thermique ne redescendait pas et se prolongeait en un plateau régulier de 4 à 6 jours en moyenne, sans détermination viscérale autre que de la bronchite, : comme si la grippe initiale soulevait derrière elle une seplicémie quelconque, probablement pneumococcique (4 fois sur 20 nous avons trouvé, dans ces formes, le pneumocoque en hémoculture). Le malade est un peu prostré, la rate est percutable; il n'y a pas de manifestations abdominales, la ressemblance avec la fièvre typhoïde est assez grossière en somme.

Ces formes cependant sont intéressantes car, au mois de Mars 1919, pendant la recrudescence assez meurtrière qui eut lieu un peu partout, elles ont pu s’accompagner, dans la région parisienne tout au moins, et chez quelques malades, d'hémorragies intestinales parfois. très abondantes. Nous n’avons pas observé personnelle

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ment de faits analogues. Un cas cependant nous a été communiqué par le Docteur Hudelo, un autre par le Docteur Harvier. Nous savons que d’autres observateurs

ont relevé des cas semblables.

Manifestations nerveuses.

Nous n'avons observé aucun cas de méningite attribuable à la grippe pendant tout le temps qu’a duré l’épidémie. Quelques cas de méningites cérébro-spinales sont apparus pendant cette période et ont été facilement identifiés. Il re semble pas qu’elles aient revêtu, du fait de leur apparition en milieu épidémique, un caractère anormal dans leur fréquence ou dans leur forme.

Dans quelques cas cependant, le diagnostic porté à l'admission des grippés a été celui de méningite; le cas a été particulièrement fréquent pendant la première quinzaine de Juillet. Nous voyions alors des sujets prostrés, répondant avec peine aux questions posées, fortement céphalalgiques, avec un pouls nettement dissocié mais régulier, semblant fuir la lumière, prenant volontiers l'attitude couchée sur le côté, et repliés en chien de fusil. Ils ne présentaient cependant dans aucun cas de signe vrai de méningite : la nuque, le tronc étaient constamment souples, le signe de Kernig faisait défaut, le dermographisme était normal. La ponction lombaire que nous avons pratiquée dans 8 cas montrait une hyperlension extrême du liquide céphalo-rachidien, fusant en jet par l'aiguille, mais sensiblement normal quant à sa teneur en albumine et en éléments figurés.

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Cette forme pseudo-méningitique de la grippe nerveuse nous a paru assez fréquente ; elle a évolué, dans tous les cas, de façon très normale et ne nous a pas semblé comporter de pronostic particulier.

= Manifestations psychiques. — Le DÉLIRE au cours

de la grippe, s'est montré communément dans les formes compliquées, avec manifestations pulmonaires intenses, et revêtait les caractères habituels du délire des pneumoniques. Fréquemment l'apparition d'un délire bien caractérisé au cours d'une grippe simple s’est montré le symplôme avant-coureur, 36 heures à l'avance, d’un foyer pulmonaire.

Dans les formes purement nerveuses cependant, le délire nous à paru très fréquent, et revêtir certains caractères assez particuliers : c'est un délire vespéral, le soir du premier jour, de forme discrète et calme, une sorte de délire vigil dont les malades ont conscience et dont ils font part le lendemain au médecin qui les soigne. Les malades sont en proie à des rêvasseries; ils ont un aspect prostré, ne sont pas présents à la conversation, mais répondent néanmoins avec précision el parfois même avec vivacité aux questions qu'on leur pose. Ce délire peut prendre une importance particulière chez des prédisposés et apparaitre en même temps que les premiers symptômes : c’est ainsi qu’une jeune femme récemment accouchée est entrée dans la grippe par une crise délirante.

Le délire bien caractérisé, par contre, survenant dans les formes simples, nous a paru beaucoup plus fréquent

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