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Cantonnement annamite de l'Ecole de Pyrotechnie.
DATE JOURS DE L'ÉPIDÉMIE CAS QUOTIDIENS 27 Avril. 1er 1 28 — | 2e 0 29 — 34 3 30 — 4e 4
1 Mai. 5° 11
2 — (0 et L7 3 — 7e 13 4 — 8° 11 5 — 9e »
Soit un total 68 hommes atteints de grippe sur un effectif de 145. Durée totale de l’épidémie locale : 12 jours. Maximum de l’épidémie le 6° jour.
L'épidémie dans son ensemble s’est développée par poussées successives, séparées par des intervalles d'accalmie, de durée à peu près équivalente.
Peu développée pendant la première quinzaine d'Avril, l'épidémie a subi une première poussée du 20 Avril au 10 Mai. Du 10 au 20 Mai, elle subit une rémission à laquelle fait suite une poussée nouvelle plus importante encore que la précédente (épidémie de camps, d'aérodromes), s’atténuant elle-même au milieu du mois de Juin. Nouvelle et légère recrudescence pendant la première quinzaine de Juillet, atténuation consécutive : jusqu’à la fin du mois d'Août. Ces poussées épidémiques
sont apparues spontanément, et nous n'avons pu les rattacher dans leur apparition à aucune influence connue. Elles ne correspondent pas, en effet, dans leurs dates, aux différentes offensives de 1918, qui, s’accompagnant chaque fois de grands mouvements de troupes, auraient pu -jouer un rôle important dans la diffusion de la maladie. Nous avons signalé le rôle des aviateurs dans la contamination des aérodromes, mais les camps d’aviation eux-mêmes ne nous ont pas semblé jouer un rôle essentiel dans la propagation de l'épidémie.
Enfin, et c’est là un fait sur lequel nous insistons, l'épidémie dans sa propagation, nous a paru complètement indépendante des perturbations atmosphériques, et cette indifférence complète de la grippe vis-à-vis des changements de temps nous a semblé un des éléments essentiels de son épidémiologie. Il est vrai que pendant toute cette période de printemps et du début de l'été le temps s’est maintenu assez régulièrement chaud et ensoleillé, sans grands écarts de température ou d’état hygrométrique. Cependant, le mois d'Avril a été parfois froid et pluvieux. Il y a eu une période prolongée de fortes chaleurs aux mois de Mai et Juin, et cette période de beau temps persistant a coïncidé précisément, chose assez curieuse, avec l'apparition des plus fortes recrudescences de la grippe. Le début du mois d’Août a été un peu incertain et pluvieux. Mais nous n’avons pu établir, d’une façon générale, aucune corrélation entre les changements de temps et les modifications quelles qu'elles soient, en plus ou en moins, de l'épidémie dans son intensité. Ce fait, à notre avis, doit retenir l'attention,
RE us
car ilest un élément de discrimination important, connu d'ailleurs, entre la grippe épidémique à type d'influenza, et les grippes sporadiques communes à forme saisonnière.
Un fait particulier que nous avons relevé et qui a été, croyons-nous, d'observation générale, est la rareté des maladies étrangères à la grippe pendant celte période. Il ÿ eut bien de ci, de là, quelques diphtéries isolées, de minimes foyers de rougeole ou de scarlatine en milieu militaire, mais en proportion sensiblement moindre de ce qu’elles avaient été les années précédentes. Il n’y eut pas à ce moment de méningites cérébro-spinales ; les affections des voies respiratoires firent à peu près défaut. Surtout nous n’avons observé à peu près aucun cas de rhume, de bronchite, de ces fièvres catarrhales si fréquentes à tous moments de l’année et que l’on baptise « grippes » dans le langage courant. La grippe épidémique occupait seule la scène, et nous avons pu l’étudier dans des circonstances exceptionnellement favorables, si nous nous reportons aux épidémies antérieures, étant donné sa pureté pendant ces cinq longs mois. Æ | = Nousavons été frappé par son allure épidémiologique, son exlension par bonds, le caractère explosif de son appärition, sa progression par foyers exactement délimités el sans tendance aucune à la diffusion, son indifférence enfin aux perturbations atmosphériques, la grippe se propageant avec une égale facilité en période sèche ou humide, par temps froid ou pendant les cha-
leurs. Déjà, par ces seuls caractères, elle nous est = LE | si
apparue comme une maladie propre, possédant hautement son autonomie, et s’écartant nettement de toutes les pandémies que nous sommes accoutumés à voir sous nos climats. Il nous a semblé que par ces seuls caractères épidémiologiques on devait parvenir à la reconnaître, la suivre, et l'identifier jusqu’à un certain point dans ses formes compliquées.
Faits cliniques : la grippe nerveuse.
La grippe, pendant cette période de cinq mois, du début d'Avril à la seconde quinzaine du mois d’Août, s'est montrée très bénigne et remarquablement constante dans ses manifestations. Elle a varié à peine suivant les périodes, et cela uniquement en intensité. Tous les cas ont été en queique sorte stéréotypés, la forme de la maladie n'étant modifiée ni par les circonstances dans lesquelles elle apparaissait, ni par le terrain sur lequel elle évoluait. Et cette quasi-immuabilité dans ses manifestations cliniques n’a pas été un des caractères les moins particuliers de la maladie qui nous occupe.
Cliniquement elle s’est présentée comme une maladie générale fébrile, extrémement vive et rapide dans son allure, avec absence presque complète de déterminations
viscérales, à symptomatologie nerveuse prédominante.
Ineubation. — L'incubation nous a paru courte, de
là 4 jours en moyenne, comme dans les exemples suivants observés en Septembre :
Di
Huit infirmiers venus successivement en renfort à l'Hôpital 73 affecté aux grippés à Dijon ont contracté la grippe dans les services dans des délais qui ont varié entre 4 et 5 jours.
-Une religieuse venant d’un milieu non contaminé est prise de céphalée avec frissons et fièvre moins de 24 heures après son arrivée dans le même hôpital, et meurt 6 jours après de broncho-pneumonie double.
Une famille de cultivateurs des environs de Dijon demande des travailleurs russes pour la culture. Deux soldats leur sont envoyés qui viennent l’un et l’autre d’un milieu contaminé. Ils accusent les premiers symptômes dans la nuit qui suit leur arrivée et sont évacués dès le lendemain. Trente heures après leur départ, le fils du cultivateur tombe malade, et sa fille est atteinte à son tour deux jours après.
Un malade, convalescent d’une angine légère et d’ailleurs apyrétique, est hospitalisé à 6 heures du soir dans une salle où sévit la grippe. Le lendemain dans l'après-midi il se sent mal à l'aise. La température prise à 4 heures du soir est à 39%. 11 fait une grippe bénigne évoluant en 5 jours.
L'incubation peut être plus réduite encore; elle est de 7 heures dans le cas suivant :
Une jeune femme relevant de couches, demeurant à la campagne, dans un endroit isolé et n'étant pas sortie depuis plusieurs semaines, fait sa première sortie, en voiture, au mois de Juin, à 3 heures de l’après-midi. Elle est accompagnée par une personne venue du dehors et qui pendant cetle courte promenade est prise
Un
de malaise, de frissonnements, et rentre s’aliter, atteinte de grippe.
A dix heures, le même soir, cette jeune femme après avoir diné tranquillement, est prise d’une douleur thoracique. À minuit, elle commence à délirer jusqu'à 4 heures du matin et fait une grippe bénigne évoluant en trois jours sans complication.
Le début de la grippe nerveuse est brutal, en pleine santé, et d'une telle brusquerie que les malades peuvent généralement préciser l'heure exacte du début de leur maladie. Elle s'annonce par de la courbature avec un. fort mal de tête, avec une élévation rapide et élevée de la température qui atteint 40° à Ja fin de la journée. Il n'y a pas de frisson généralement, ni de vomissement dans les cas habituels.
Il y a parfois une courte période prémonitoire pouvant durer quelques heures, caractérisée par un malaise vague, de petits frissonnements et des douleurs arthral-
‘giques; celles-ci notamment peuvent précéder d'assez longtemps les autres symptômes, et apparaître la veille ou l’avant-veille du début de la maladie.
Dans les formes légères, le début peut passer inaperçu, le sujet se sent mal à l'aise, le. thermomètre seul révèle l’état fébrile.
La maladie une fois constituée présente une : symptomatologie presque exclusivement nerveuse. Un fait important et sur lequel nous devons insister
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est la congestion de la face : les phénomènes de cong'estion céphalique sont constants en éffet et donnent à ces malades un aspect très particulier. La face est rouge, vultueuse, plus que dans une affection fébrile ordinaire; elle est parfois même légèrement bouffie. Les yeux sont brillants, mais non larmoyants; les conjonctives sont injectées. Le facies rappelle beaucoup celui du pneumonique, du rougeoleux, ou du typhoïdique. Une épistaxis est fréquente le premier jour; elle se répète parfois le [lendemain et le surlendemain, devenant alors d’une réelle abondance, au point de nécessiter parfois un tamponnement, comme nous l'avons observé à deux reprises différentes.
Ces: phénomènes congestifs avec tendances hémorra- giques ont élé constants au début de la grippe Simple, etse traduisaient en outre par des métrorragies. Toutes : Les femmes que nous avons observées, quel que fut le
moment de leur cycle cataménial, avaient leurs règles aux moment de l'accès de grippe.
L'herpès contrairement à ce, que l’on a observé dans les épidémies précédentes, fait presque constamment défaut; nous ne l’avons observé, et encore de façon peu fréquente, que dans les grippes compliquées, avec pneu-
+ mococcie associée; la grippe d’une façon générale ne nous a pas semblé être une maladie herpétigène.
Le malade est prostré, mais celte prostration est assez différente du tuphos habituel aux infections éberthiennes : le malade semble plutôt abasourdi du fait d’un délire léger, peut-être hallucinatoire, qui l’assaille
. à ce moment et dont il prend conscience; il n’est pas