APPAREIL DIGESTIF
L’appareil digestif est toujours atteint au moins d’une manière légère, comme en témoignent l’état saburral de la langue, l’anorexie et la pharyngite aiguë. Les vomissements qui peuvent marquer le début de la grippe sont passagers et ne constituent qu’un épiphénomène. Plus intéressantes sont les manifestations intestinales.
La constipation est fréquente, relevant peut-être moins de l’infection grippale que de la diète et du séjour prolongé au lit. Négligée, elle expose, surtout pendant la convalescence, à des poussées thermiques dont on cherche en vain la cause dans l’examen de l’appareil respiratoire.
La diarrhée existe parfois au début d’une manière passagère, comme les vomissements. Plus spéciales sont les formes où elle domine la scène, surtout quand elle apparaît chez des sujets qui ne présentaient pas auparavant une susceptibilité particulière du tube digestif :
Cliniquement, elle se présente sous deux aspects.
a) Ventérite dysentériforme, avec selles fréquentes, mais peu abondantes, constituées surtout par du mucus sanglant, accompagnées de ténesme rectal, de douleurs
sur le trajet du côlon descendant, rappelant tout à fait la dysenterie aiguë.
Z>) IJentérite aiguë à tyjye d'entérite infectieuse banale : les selles sont moins fréquentes, mais plus abondantes, liquides, brunes, souvent horriblement fétides, rappelant, à la coloration près, les selles de la dothiénenterie. Les douleurs abdominales sont modérées; on perçoit du gargouillement localisé à la fosse iliaque droite, cette région étant souvent douloureuse à la palpation, mais sans hyperesthénie cutanée ni contracture de défense.
Les phénomènes intestinaux accompagnent souvent les manifestations pulmonaires, mais existent aussi isolément, constituant la forme intestinale de la grif>f>e.
On peut discuter sur la nature de ces entérites infectieuses avec diarrhée observées au cours d’une épidémie de grippe. Sans doute, certains cas sont des dysenteries bacillaires méconnues, mais pour d’autres, l’évolution clinique, à défaut d’examens bactériologiques précis, permet d’afïîrmer l’origine grippale. Deux faits confirment cette conception- :
1 ° La coexistence chez un même individu de troubles intestinaux et d’accidents pulmonaires d’origine sûrement grippale.
2° La succession, dans certaines épidémies familiales, de grippes à forme pulmonaire et de grippes à forme intestinale.
APPAREIL CARDIO-VASCULAIRE
L’état du cœur dans la grippe grave a une importance capitale. Si l’atteinte de l’endocarde est exceptionnelle, la péricardite s’observe dans quelques cas, satellite de la pleurésie purulente, mais c’est surtout le myocarde qui réagit à
l’infection, et à ce point de vue la grippe est comparable à de la fièvre typhoïde.
Les renseignements les plus importants sont fournis par Vexamen du pouls. Alors que dans les formes légères, le pouls est ralenti relativement à la température (dissociation sphygmo-thermiqne), plein, bien frappé, dans les formes cardiaques au contraire, il s’accélère, montant à loo, 120 et même 140, de plus il est petite dépressible, parfois irrégulier, plus souvent inégal. L’auscultation fait constater parfois, tout au début, un bruit de galop passager ; mais le signe le plus habituel est l’assourdissement des bruits du cœur et, dans les cas graves, le rythme fœtal. Ce sont là les seuls troubles qui traduisent vraiment l’atteinte du cœur; on décrit quelquefois des douleurs précordiales accompagnées d’angoisse, fait assez rare ; plus fréquente est la tendance au collapsus, et même la syncope accompagnée de sueurs froides. L’étude de la pression artérielle indique dans ces formes, de l’hypotension (T. minim. 6 ou 7. T. max. 10 ou 11), parfois même la tension maxima s’abaisse jusqu’à 9, mais cette hypotension dépend plutôt d’une insuffisance aiguë des surrénales, mise en évidence, d’autre part, par la fréquence et la netteté de la raie blanche de Sergent. Elle peut persister très longtemps pendant la convalescence.
Reste à déterminer l’origine des accidents cardiaques. Y a-t-il myocardite vraie ou troubles de l’innervation cardiaque? Si la première hypothèse est vraisemblable dans les formes à terminaison fatale où l’autopsie montre une dilatation du cœur qui est mou, pâle (exceptionnellement feuille morte), par contre, lorsque les troubles cèdent rapidement au traitement, on est tenté d’admettre une origine neuro-cardiaque.
De ces faits, résulte une conclusion pratique : la tachycardie même modérée, quand elle persiste, est un élément
de mauvais pronostic, et les sujets dont le pouls dépasse 100, seront toujours minutieusement surveillés.
Les recherches hématologiques indiquent une hyperleucocytose polynucléaire avéc anémie; le réticulum fibrineux est toujours beaucoup moins dense, moins résistant que dans la pneumonie franche aiguë. L’examen du sang n’explique pas les hémorragies parfois très fréquentes dans certaines formes (épistaxis à répétition, métrorragies),