SYSTÈME NERVEUX
Le système nerveux réagit toujours à l’infection grippale. Il n’y a pas lieu de revenir sur la céphalée intense, les douleurs généralisées avec sensation de courbature, l’insomnie, qui ne manquent jamais, même dans les grippes légères à évolution rapide. Plus intéressante est l’étude des délires au cours de la grippe.
Dans l’ensemble, étant donné le grand nombre de cas de grippe, le délire n’est pas très fréquent, même avec des hyperthermies considérables et persistantes chez des malades affaiblis par une diète prolongée et une diarrhée profuse ; le sujet est prostré indifférent, dans un état qui rappelle le tuphos de la dothiénentérie ; il se plaint d’une manière assez monotone, mais il ne délire pas. Le délire, quand il s’observe, a une physionomie variable.
d) Délire tranquille, répondant au type de confusion mentale : le malade parle, ou plus exactement, marmotte des mots incompréhensibles ; il ne reconnaît pas son entourage, réagit à peine aux excitations.
/>) Délire violent de paroles et d’action, d’apparition brusque, qui peut précéder de quelques heures la défervescence et disparaître avec elle, après un sommeil profond.
Si le délire, lié à l’infection grippale pure, paraît rare, par contre, on observe souvent du délirium tremens chez les grippés (délire nocturne avec hallucinations, tremblement, loquacité, tendance au mouvement, à la fuite); on retrouve toujours à l’origine de ces accidents, l’alcoolisme avoué par le malade et son entourage et d’ailleurs confirmé par la coexistence de signes d’atteinte du foie ; foie un peu hypertrophié, douloureux, teint subictérique. Dans ces condi-
rions, le délire rappelle très éxactement le délirium tremens de la pneumonie des buveurs.
Il faut réserver une place à part aux complications nerveuses proprement dites de la grippe. La méningite grifypale existe. Encore faut-il distinguer la méningite vraie, rappelant par ses caractères la méningite cérébro-spinale, avec raideur de la nuque, signe de Kernig, et les accidents de méningisme ou pseudo-méningite; dans les premiers cas, la ponction lombaire donne issue à un liquide louche, parfois purulent, où l’on peut mettre en évidence le streptocoque, le pneumocoque, ou le bacille de Pfeiffer.
Dans le méningisme, le liquide céphalo-rachidien s’écoule sous une forte pression, il est hypertendu, mais reste clair, et ne présente pas, à l’examen microscopique, les caractères de liquide inflammatoire. On peut observer d’ailleurs tous les intermédiaires entre le liquide purulent et le liquide d’apparence normale. Certains liquides céphalo-rachidiens limpides sont hyperalbumineux et renferment des polynucléaires altérés, indice d’une réaction inflammatoire atténuée, mais certaine.
Mention doit être faite des névralgies post-gripljales, en particulier de la névralgie faciale, dont le diagnostic peut se poser avec une sinusite compliquant la grippe.
Des manifestations nerveuses, on peut rapprocher les complications qui frappent les organes des sens ; une seulement doit être retenue : l’otite moyenne aiguë, assez fréquente, facile à reconnaître à cause de sa symptomatologie bruyante, mais qui, chez des sujets très abattus, très affaiblis, risque de passer inaperçue, ne se traduisant alors que par une élévation thermique inattendue au cours de la défervescence.
Tous ces accidents qui surviennent dès le début de l’infection grippale réalisent xxa& forme nerveuse de la grifjfte.
mais à côté d’eux il faut décrire les accidents nerveux tardifs de la convalescence.
En dehors de l’asthénie prolongée, certains malades ont une dépression nerveuse caractérisée par de l’inaptitude au travail, une fatigue intellectuelle rapide, une amnésie passagère, de la tendance à la mélancolie. Quant aux f)sychoses post-grif>l}ales, elles n’apparaissent guère que chez des sujets manifestement prédisposés, la grippe ne jouant alors que le rôle de cause occasionnelle.
Manifestations Cutanées
Elles ne sont pas fréquentes, mais présentent un réel intérêt.
Tels les érythèmes, rarement généralisés, d’hahitude localisés aux membres, de type scarlatiniforme ou morhilliforme, qui peuvent être suivis de desquamation^^ furfuracée ou en lames, en lambeaux. Ce dernier type rappelle tout à fait celui de la fièvre scarlatine, d’où la tendance à rapprocher ces formes de grippe de l’infection décrite autrefois sous le nom de scarlatine puerpérale.
Lherfiès est fréquent, d’ordinaire limité à la face et plus spécialement aux lèvres. Plus rares sont les pétéchies apparaissant surtout aux membres inférieurs, et qui se voient dans les grippes graves, à forme septicémique ; elles ont coïncidé dans quelques cas avec des bulles hémorragiques, rappelant le pemphigus. Des manifestations cutanées, on doit rapprocher les cas de coexistence de la grippe et de manifestations streptococciques, comme Vérysipèle.
Voici quelques exemples très démonstratifs.
1° Une jeune fille atteinte de grippe grave présente au troisième jour, une plaque érysipélateuse typique qui reste limitée pendant quatre jours, puis s’étend à toute la face.
2o Une mère contracte la grippe en soignant sa fille atteinte d’érysipèle de la face.
3° Une jeune fille contracte un érysipèle de la face au contact de sa sœur atteinte de manifestations pulmonaires graves.
4 ° Un enfant hospitalisé depuis deux mois pour une vaste plaie du cuir chevelu qui ne présentait pas de signes de réaction inflammatoire contracte un éi-ysipèle de la face trois jours après l’admission dans la salle de malades atteinte de grippe pulmonaire.
Cette coïncidence confirme la notion de l’intervention du streptocoque, sinon comme agent pathogène exclusif, au moins comme facteur des complications pulmonaires au cours de la grippe.