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ÉVOLUTION DE LA GRIPPE

S’il est difficile de donner une description vraiment clinique de la grippe, en raison de la diversité de ses formes, il est non moins difficile, pour la même raison, de schématiser son évolution.

Il n’y a pas lieu de revenir sur la grippe simple dont souvent les deux chapitres symptômes et évolution pourraient être confondus, tellement sa marche est rapide.

L’évolution de la grippe à forme pulmonaire prête au contraire à de plus amples développements.

Même dans la grippe pulmonaire, les cas bénins sont fréquents. Parfois, la maladie, d’allure grave au début, tourne court dès le cinquième jour, la toux se calme, l’expectoration diminue sans cesser tout à fait, la température tombe et le malade entre en convalescence avant la fin du premier septénaire : cas heureux au point de vue individuel, défavorables au point de vue collectif, le malade, qui se croit guéri, étant trop souvent un foyer de contagion.

Chez d’autres sujets, plusieurs foyers pulmonaires se

succèdent ; la courbe de la température est irrégulière avec des reprises après une ébauche de défervescence ; la toux, l’expectoration sanglante continuent pendant dix à quinze jours, le malade s’affaiblit, maigrit et la convalescence demande plusieurs semaines.

Dans les formes à terminaison fatale, la mort peut survenir par intensité particulière des phénomènes infectieux (grippe infectieuse à forme hypertoxique d’emblée), ce qui est rare, par le poumon ou par le cœur. Cette distinction semble un peu artificielle, en réalité, elle repose sur des considérations cliniques et thérapeutiques.

La mort par le poumon est la mort par asphyxie due à la diminution progressive ou brutale du champ de l’hématose, çondition réalisée par des foyers de congestion multiples ou par un foyer unique ou bilatéral très étendu, ou encore par œdème infectieux du poumon.

Deux faits dominent la scène :

d) La dyspnée intense avec accélération des mouvements respiratoires (jusqu’à 6o par minute) et douleurs thoraciques, parfois si violentes, qu’elles rappellent celle des grosses embolies pulmonaires.

Ij) La cyanose de la face et des extrémités.

Le dénouement fatal peut être très rapide, en 24 ou 48 heures à partir du moment où la dyspnée est apparue ; dans les dernières heures, la température s’élève pour atteindre et même parfois dépasser 41°. Ces formes rapides répondent au catharre asphyxique grippal de l’épidémie de 1889.

Dans la mort par le cœur, l’évolution peut souvent être prévue plus longtemps à l’avance et redoutée, si l’on tient compte de la tachycardie. Ici, la dyspnée est moins intense, mais il y a de la tendance au collapsus, un malaise indéfinissable, de l’angoisse et, chez beaucoup de malades, des

pressentiments sinistres ; il est rare que la terminaison fatale soit brusque (mort subite peut-être due à la thrombose cardiaque) ; plus souvent la respiration s’embarrasse, la poitrine se remplit de râles fins, distincts des foyers pulmonaires constatés auparavant, le pouls devient filiforme, les extrémités se refroidissent et le sujet meurt dans l’algidité.

C’est d’ordinaire vers la fin du premier septénaire que les accidents pulmonaires ou cardiaques amènent la terminaison fatale-

Mais il existe des formes à évolution rapide souvent hyperthermiques où dès le deuxième jour le pouls faiblit, la mort survenant au troisième ou quatrième jour. Les formes foudroyantes évoluant en vingt-quatre ou trente-six heures, et qui ont été signalées au cours de l’épidémie de Suisse, paraissent tout à fait exceptionnelles en France.

Par contre, il existe des formes traînantes, persistant pendant douze à quinze jours avec des alternatives d’amélioration et d’aggravation que traduit une courbe thermique très irrégulière. Ce ne sont pas des formes à rechutes, car la température ne descend pas à la normale, et les signes physiques ne disparaissent pas au moment des phases de rémission. Les rechutes, dans la grippe, paraissent d’ailleurs exceptionnelles.

Certaines grippes se prolongent davantage encore, mais une enquête minutieuse établit presque toujours que ces formes très prolongées sont l’apanage de sujets ayant un passé pulmonaire, et la question se pose du réveil possible d’une tuberculose latente par l’infection grippale. Ce fait paraît certain, établi par quelques autopsies qui montrent des lésions tuberculeuses jeunes, alors que les lésions pulmonaires grippales sont en voie de résolution ; dans d’autres cas, ce sont des signes de méningite tuberculeuse qui éclatent ainsi pendant la convalescence.

Il semble bien aussi que, même chez des sujets sains, la grippe, du fait de la longue convalescence et de la dépression profonde qu’elle entraîne, puisse réaliser pour plus tard un terrain favorable à la tuberculose.

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